Autour de la révolution de 1848
Rappel des principales dates
2 décembre 1804 : début du Ier empire : Napoléon Ier prend tous les pouvoirs.
1815 : Waterloo : défaite des armées napoléoniennes et fin du premier empire.
1815-1830 : la Restauration (retour de la monarchie) :
- 1815-24 : Louis XVIII, frère de Louis XVI : une monarchie constitutionnelle, modérée ;
- 1824-1830 : Charles X : une monarchie beaucoup plus conservatrice, qui provoque des mouvements d'émeute.
1830 : révolution, au mois de juillet.
1830-1848 : Monarchie de Juillet : Louis-Philippe, fils de Philippe Égalité, qui avait voté la mort de Louis XVI.
1848 : révolution ; 2de République.
2 décembre 1851 : coup d'état de Louis Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier.
4 septembre 1870 : chute de l'Empire
Quelques traits marquants du Ier empire
Le régime devient rapidement despotique : l'empereur légifère souvent par décrets rédigés en Conseil d'État ou par sénatus-consultes, au lieu de convoquer les assemblées législatives.
Toute puissance de la police d'état, dirigée par Fouché : on peut être arrêté sur la simple indication "mesure de sécurité" ; on peut interner ceux "qu'il n'est convenable ni de traduire devant les tribunaux, ni de mettre en liberté". De même, tous les écrits sont soumis à une censure sévère.
Napoléon cherche à établir son pouvoir sur une noblesse : la Légion d'honneur, initialement, devait être un corps de citoyens dotés de droits et devoirs particuliers. Une noblesse impériale voit le jour, avec des titres héréditaires et la réapparition du droit d'aînesse.
En annexant peu à peu les états pontificaux, Napoléon s'attire la disgrâce de l'Église et du pape Pie VII, qui l'excommunie : les catholiques se tournent massivement vers le royalisme.
En ce qui concerne l'économie, il cherche à enrichir la France : agriculture et industrie se développent ; de grands travaux d'utilité publique sont entrepris (ports, routes, embellissement de villes, dont Paris). Enfin, il fonde l'Université à laquelle il donne le monopole de l'enseignement secondaire, qui reste réservé aux fils de la bourgeoisie.
Quelques traits marquants de la Restauration
Louis XVIII cherchait d'abord à pacifier les esprits. Pourtant, il repoussait l'idée de souveraineté du peuple, mais promulgua une "charte" qui reconnaissait les conquêtes sociales de la Révolution : certes, le drapeau tricolore est abandonné au profit du drapeau blanc, mais l'égalité devant la loi, la propriété des biens nationaux, le Code civil, la liberté de culte, l'admissibilité de tous à tous les emplois, par exemple, sont maintenus dans la charte.
Pourtant, cela ne suffit pas à calmer les esprits : les royalistes reprochèrent au roi ces concessions ; les révolutionnaires voulaient tout simplement abolir la royauté.
À la mort de Louis XVIII, son frère lui succède, sous le nom de Charles X. Il se met d'emblée au service des ultra conservateurs. Une nouvelle loi permet aux riches de voter deux fois ; des lois sur la presse permettent de poursuivre les journaux libéraux ; l'université passe sous le contrôle du clergé. L'hostilité croît ; aux élections de 1828, l'opposition connaît un triomphe. Mais Charles X appelle au pouvoir Polignac, un des chefs des ultras. Malgré la force grandissante de l'opposition, qui remporte encore les élections de 1830, Charles X maintient Polignac et prononce des ordonnances illégales, parce qu'elles n'ont pas été votées par les assemblées.
Dès que le peuple de Paris eut connaissance de ces ordonnances, c'est le soulèvement : les 27, 28 et 29 juillet, ce sont les Trois Glorieuses : les troupes du roi sont chassées de Paris.
Quelques traits marquants de la Monarchie de Juillet jusqu'à la révolution
Malgré la volonté de beaucoup d'insurgés de rétablir la République, les députés offrirent la lieutenance générale du royaume à Louis-Philippe, duc d'Orléans. On demande au nouveau roi d'accepter la charte, un peu révisée : le drapeau tricolore est de nouveau adopté, la religion catholique n'est plus la religion d'état, les Chambres peuvent comme le roi avoir l'initiative des lois.
Louis-Philippe est proclamé roi des Français le 9 août 1830.
C'est donc une monarchie constitutionnelle, mais le peuple reste exclu de la vie politique : c'est la haute bourgeoisie qui triomphe dans ce type de monarchie. Plusieurs mouvements d'opposition se créent : les légitimistes, les bonapartistes et les républicains. Les républicains, en particulier, tentent plusieurs insurrections : l'idée de suffrage universel et de république se répand dans le peuple.
Pour asseoir son autorité, il se choisit un ministre "docile", Guizot. Tous deux s'obstinent à refuser deux réformes demandées par l'opposition de gauche : l'abaissement du cens pour augmenter le nombre d'électeurs, et l'interdiction aux fonctionnaires d'être en même temps députés (tous les fonctionnaires votaient pour le gouvernement !).
Parallèlement, de profonds bouleversements affectent l'économie française : l'industrie et le commerce se transforment, du fait de l'apparition des machines et du chemin de fer ; les mouvements socialistes apparaissent ; l'instruction se développe (Guizot, ministre de l'éducation, crée par une loi de 1833 l'enseignement primaire public, dans chaque commune française). Le catholicisme gagne du terrain, avec le retour des ordres religieux, supprimés en 1792.
Mais, en 1845-1846, de mauvaises récoltes de blé et de pommes de terre engendrent des situations de famine ; le prix du pain augmente énormément ; de plus, survient une crise financière et industrielle : plus d'un million de personnes se retrouvent au chômage.
L'opposition lance la "campagne des banquets" en 1847 : au cours de banquets, les orateurs attaquaient avec virulence le ministre qui refusait toujours la réforme électorale. À la suite d'un de ces banquets éclatent des émeutes le 22 février 1848 dans les rues de Paris. Le lendemain, la Garde Nationale se range aux côtés des insurgés : le roi renvoie Guizot.
Le soir même, à la suite de manifestations, seize personnes sont tuées : les Républicains appellent à l'insurrection. Le lendemain matin, Paris entre en révolution.
Le 25 février, le roi abdique, en faveur de son petit-fils, le comte de Paris et gagne l'Angleterre. Le peuple envahit la Chambre des députés et exige la République.
Quelques traits marquants de la seconde République
Dès le 25 février 1848, le régime politique français est totalement bouleversé. On convoque une Assemblée constituante élue au suffrage universel. Une indemnité parlementaire est votée, pour que les pauvres puissent être députés. De 240 000, le nombre des électeurs passe à plus de 9 millions. La liberté de presse est totalement accordée ; l'esclavage est aboli aux colonies.
Mais la crise économique et financière qui durait depuis un an s'aggrave : à Paris même, 450 industries et commerces ferment leurs portes. Les Républicains s'opposent à ce sujet : certains, les bourgeois, ne demandent que des réformes politiques ; les autres, les socialistes et les ouvriers, veulent transformer l'ensemble des rouages de la société. Les socialistes font pression pour que le gouvernement crée des ateliers nationaux qui résorbent le chômage : ils sont créés, mais sous forme d'ateliers de charité qui employaient tout le monde à effectuer des travaux souvent inutiles et coûteux. Peu à peu, ouvriers et bourgeois se dressent les uns contre les autres : le bruit court que les socialistes veulent le partage général des biens et les manifestations des ouvriers à Paris effrayent la population.
Aux élections d'avril 1848, la défaite des socialistes est réelle : 200, contre 450 républicains modérés et 250 monarchistes. En juin, les ateliers nationaux sont fermés, ce qui soulève l'indignation des ouvriers. Une terrible répression s'ensuit : les Jounées de Juin (23-26 juin), particulièrement sanglantes, dans les rues de Paris (3000 ouvriers massacrés après les combats qui avaient déjà causé près de 500 morts).
Les bourgeois prennent peur. Comme ils sont majoritaires au gouvernement, la Constitution de 1848 reflète en grande partie leurs appréhensions : le droit au travail, à l'instruction, à l'assistance, ne sont pas pris en compte. Seul le suffrage universel est maintenu. L'Assemblée législative détient le pouvoir législatif ; le Président le pouvoir exécutif : il est élu au suffrage universel et n'est pas rééligible immédiatement après son premier mandat.
Aux élections du 10 décembre 1848, Louis-Napoléon obtient 5 millions et demi de voix (Lamartine n'en a que8000). Il se choisit des ministres royalistes. Des mesures sont prises contre la liberté de la presse. La loi Falloux supprime le monopole de l'Université pour l'enseignement secondaire et permet l'ouverture de nombreuses écoles catholiques rivales des écoles publiques. L'Université elle-même passe sous le contrôle de l'Église. Enfin, on réduit le nombre des électeurs : on doit avoir habité depuis trois ans dans le même canton pour obtenir sa carte (3 millions de personnes sont exclues du vote).
Mais l'Assemblée est surtout composée de royalistes et cherche à rétablir la monarchie, tandis que le Président veut devenir empereur. Celui-ci cherche à obtenir le droit de se représenter aux élections de 1852, mais cela lui est refusé. S'appuyant sur la police de Paris (dont il avait donné le commandement à des hommes sûrs), Louis-Napoléondissout l'Assemblée et rédige une nouvelle Constitution : c'est le coup d'état du 2 décembre 1851. Celui-ci eut lieu sans effusion de sang le jour même. Mais des barricades s'élèvent (peu nombreuses) et le 4, des promeneurs sont massacrés au cours d'une fusillade sur les boulevards. En province, ce sont les paysans qui cherchent à se soulever : le gouvernement fait alors croire aux bourgeois qu'il s'agissait d'une jacquerie et qu'il a sauvé l'ordre social. La répression est massive et cause la déportation de milliers de personnes.
Pourtant, le peuple ne désavoue pas le Prince Président : il est plébiscité le 20 décembre 1851 et la nouvelle Constitution a des apparences démocratiques. Mais le Prince est un souverain absolu : il choisit ses ministres ailleurs que parmi les députés : ceux-ci ne dépendent que de lui ; les sénateurs, nommés par le Président, peuvent exercer un droit de veto sur les mesures votées par les députés.
Un nouveau plébiscite permet le rétablissement de l'empire le 2 décembre 1852.
Quelques traits marquants du Second Empire
En 1853, l'empereur épouse Eugénie de Montijo, une noble espagnole très pieuse qui favorisa les intérêts de l'Église auprès de l'empereur.
De 1852 à 1860, c'est un régime vraiment dictatorial : on peut être arrêté pour un simple propos critique ; les journaux sont arbitrairement supprimés; l'enseignement est muselé... Presque tous les chefs républicains ont été déportés ou proscrits.
Mais l'opposition se maintient et obtient même l'élection de quelques républicains aux élections de 1857 et 1858, malgré l'interdiction de campagne électorale.
Peu à peu, les industriels s'éloignent de l'empereur, mécontents de l'abaissement des droits de douane entre la France et l'Angleterre. Les républicains s'organisent. Napoléon doit adoucir le régime et accepter le retour progressif à un régime parlementaire. Les ouvriers obtiennent le droit de grève ; la presse peut à nouveau paraître plus librement. Mais il faut attendre la guerre contre l'Allemagne et l'emprisonnement de l'empereur pour que l'Empire soit renversé, le 4 septembre 1870.
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