Apollinaire

Alcools

Structure du recueil

Introduction

Multiplicité des thèmes, qui s'entrecroisent d'un poème à l'autre et désordre apparent total dans la structure. Y a-t-il une unité cachée dans le recueil ?

$Alcools est fait pour l'essentiel de poèmes parus dans des revues depuis 1901. Quelques poèmes sont ajoutés. Beaucoup de poèmes non publiés resteront inédits jusqu'à sa mort.

 

1. Désordre apparent

a) désordre chronologique : sous le titre $Alcools figurent des poèmes rédigés entre 1898 et 1913.

Or la chronologie n'est pas du tout suivie : "Zone", le premier poème, est le plus récent (1912) ; "Le pont °Mirabeau", postérieur à 1907, précède "La chanson du Mal-aimé", qui date de 1904.

b) désordre thématique : le thème initial du recueil était sans ambiguïté : la Rhénanie et le séjour du poète, de 1903 à 1904 (titre initial : $Vent $du $°Rhin).

Ce n'est plus le cas dans $Alcools où les poèmes d'amour sont éparpillés comme ceux sur la Rhénanie, ceux consacrés à Marie ou à °Annie.

c) désordre stylistique : alternance de poèmes longs et courts ou encore de suites de poèmes juxtaposées sans rythme constant.

Même constatation pour le choix de la métrique : vers longs et courts, vers rimés ou vers libres.

 

2. L'unité sous-jacente

Propos d'°Apollinaire en février 1912 :

"Tout est sacrifié par l'artiste à la composition de son tableau. Le sujet ne compte plus ou s'il compte c'est à peine."'

Il semble donc évident qu'il a construit son recueil.

a) Le recueil est encadré par deux poèmes qui se répondent :

"Zone" : lassitude du monde ancien ; tristesse ; fin très sombre ("soleil cou coupé")

"Vendémiaire" : ivresse spirituelle ; une vendange miraculeuse ; l'homme est uni à la nature.

b) Pas de progression réelle pour les autres poèmes du recueil, mais alternance de poèmes sombres et d'autres plus optimistes ; cette alternance devient un des thèmes constitutifs du recueil.

Une récurrence qui rend inutile la chronologie (celle-ci indiquerait une progression) ; une cohésion qui est donc assurée par les contraires.

Des thèmes récurrents : la ville (ville moderne ; lumières ; thème de la modernité) ; le temps (fuite du temps, saisons ; permanence et passage) ; la mort (l'automne, la fuite du temps ; la femme ; les souvenirs ; l'eau et la noyade ; l'ombre) ; la renaissance (la lumière ; le feu ; l'alcool) ; l'amour (°Annie, Marie, les autres femmes).

c) Le sens du titre

Un titre était presque définitif : Eau-de-vie. Puis °Apollinaire choisit, en octobre-novembre 1912, celui d'$Alcools, peut-être sur les conseils de {Blaise Cendrars.}

Cf. "Zone" :

Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie

Ta vie que tu bois comme une eau de vie

Cf. la dédicace du recueil à Marie °Laurencin :

"Mon ALAMBIC vos yeux ce sont mes ALCOOLS

Et votre voix m'enivre ainsi qu'une eau-de-vie

Ivresse de la passion et de l'inspiration ; union de l'amour et de l'ivresse ; l'amour et l'esprit voisinent avec le cabaret ; éclairage des cafés mêlé au lyrisme :

"Je buvais à plein verre les étoiles" ("Nuit Rhénane")

Un terme direct, presque brutal. Refus de toute allégorie (définition possible du modernisme selon °Apollinaire), à la différence de °Baudelaire (symbolisme du titre $Fleurs $du $Mal).

Adhésion d'°Apollinaire à toutes les formes de vie.

 

Conclusion

Un recueil qui s'inscrit plutôt dans une perspective cubiste : abandon d'une perspective unique pour une ordonnance qui multiplie les points de vue, présentés simultanément.

Un bouleversement volontaire des lois traditionnelles de l'espace et du temps.

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