L'esclavage
dans l'antiquité.
Source : Dictionnaire de
l’Antiquité, publié aux éditions Robert Laffont en 1993 (pages 388-389)
Un
esclave est la propriété légale d'un homme qui exerce un droit absolu sur
toutes ses activités. Il n'a en fait aucun droit et son statut de possession
(outil vivant, selon la phrase d'Aristote) est souvent exprimé par le terme
"esclave marchandise".
I)
L'esclavage en Grèce.
Depuis
l'époque d'Homère, l'institution de l'esclavage a été considérée comme un fait
acquis tout au long de l'histoire ancienne. Même les philosophes qui croyaient
en la fraternité humaine (les cyniques et les stoïciens) ne s'y opposèrent
jamais, pas plus que ne le firent les premiers chrétiens, en grande partie
parce qu'ils se désintéressaient des considérations matérielles. Les esclaves
eux-mêmes, sauf dans certains cas particuliers, ne se rebellaient pas contre
leur destin.
On
s'approvisionnait en esclaves de deux manières différentes : par la guerre et
la conquête, qui incluaient la piraterie, du fait des Grecs et des Romains
eux-mêmes ; et grâce à des marchands d'esclaves dont c'était l'unique activité,
les esclaves étant soit les victimes de guerres entre les nations barbares,
soit acquis, achetés. Certains vendaient leurs enfants pour en faire des
esclaves. Les marchands d'esclaves semblent avoir été régulièrement et
abondamment approvisionnés. Aux yeux de leurs propriétaires, tous les esclaves
étaient, jusqu'à un certain point, des étrangers ; les Athéniens ne réduisaient
pas d'Athéniens en esclavage, ni des Romains d'autres Romains. En fait, la
plupart des esclaves n'étaient ni grecs ni italiens.
Il
n'existait pas d'occupation spécifiquement servile : les esclaves pouvaient
exécuter des tâches et se livrer à des occupations qui; à l'occasion, étaient
exercées par des hommes libres. Bien que les esclaves n'eussent pas de droits
politiques, on les utilisait à Athènes comme secrétaires et employés de police
dans la bureaucratie de l'Etat. Ils ne se battaient pas pour leur pays
d'adoption, sauf en temps de crises graves durant lesquelles on commençait par
les libérer, ils étaient alors engagés comme conscrits dan s l'armée ou la
marine. Les esclaves entraient rarement dans une profession, bien qu'il y eût
des esclaves docteurs. Une très grande partie d'entre eux étaient utilisés à
des tâches domestiques, auxquelles on n'employait pratiquement aucun homme ou
femme libre, et en quantités qui, vues à notre époque moderne, semblent
incroyablement abondantes. Tous ceux qui n'étaient pas très pauvres employaient
au moins un esclave. On ne sait au juste dans quelle mesure, en Grèce, on
employait les esclaves aux travaux des champs et on n'entend guère parler
d'esclavage agricole. Dans le cas de l'Attique, il est vraisemblable que des
esclaves furent employés en grand nombre dans les fermes de propriétaires
terriens importants aussi bien que petits. On employait couramment des esclaves
dans l'industrie. Tous les artisans et les commerçants qui en avaient les
moyens achetaient au moins un esclave et le formaient au métier de son maître
afin de pouvoir se retirer dans leur vieillesse et vivre des bénéfices du
travail de l'esclave. Certains citoyens possédaient des entreprises
considérables avec un personnel d'esclaves. Il semble qu'il ait été fréquent
que des propriétaires d'esclaves dans l'industrie les laissent travailler
indépendamment et conservent pour eux le reliquat de leurs gains après avoir
payé à leurs propriétaires un prix de location. On appelait cela "vivre
séparément". On utilisait intensivement la main-d'oeuvre servile dans les
mines d'argent.
Les calculs les plus fiables indiquent
que, à la fin du IV*me siècle avant J.C., la population servile d'Athènes se
montait à environ 20.000 personnes, c'est-à-dire un esclave pour trois
personnes libres adultes.
Bien
qu'un esclave appartînt en toute propriété à son maître et pût être traité
comme n'importe quel autre bien meuble, vendu, légué ou donné, il ne semble pas
qu'il fût permis au propriétaire de tuer un esclave ; il pouvait toutefois le
battre ou lui infliger d'autres mauvais traitements. Quand un esclave souffrait
trop, il pouvait se réfugier dans un temple ou un autel, qui lui fournissait
asile, tout comme aux hommes libres. Le témoignage d'un esclave n'était
admissible devant un tribunal que s'il avait été obtenu sous la torture ; on
estimait que l'esclave ne dirait la vérité que quand la crainte ou une torture
nouvelle l'emporterait sur la crainte de son maître.
Les
esclaves étaient souvent exclus des cultes religieux, comme les femmes.
Une
personne dont les parents étaient esclaves était elle-même esclave de
naissance.
Les
métèques.
S'il
le désirait, un maître pouvait donner sa liberté à un esclave : tout ce que
l'on exigeait était une simple déclaration devant témoins. L'ancien esclave,
lorsqu'il devenait un homme libre, était enregistré non comme un citoyen mais
comme un métèque. Les métèques jouissaient de tous les droits civiques (mais
non des droits politiques) à l'exception du droit de posséder la terre et de se
marier avec des citoyens. Ils payaient un impôt supplémentaire par rapport aux
citoyens. En tant que classe; ils se consacraient aux activités commerciales et
industrielles, et géraient des affaires importantes dans la banque, la
construction navale, le commerce d'importation et le bâtiment. Certains étaient
médecins, philosophes, sophistes et orateurs.
Les
hilotes.
Les
hilotes de Sparte entraient dans une autre catégorie d'esclaves. Celle-ci
constitua toujours une menace pour les dirigeants qui ne cessaient de craindre
des révoltes. Les hilotes partageaient une langue commune et un sentiment de
conscience nationale. Ils étaient les descendants des habitants initiaux soumis
par les envahisseurs doriens. Ils appartenaient à l'état qui, seul, avait le
droit de les affranchir, mais ils étaient attribués à des citoyens privés pour
effectuer le travail de la terre ou les tâches domestiques, ou au service de
leur maître lorsqu'il partait en campagne. Ils étaient tenus de rapporter à
leur maître un montant fixe de produits, tout en gardant l'excédent pour eux.
Ils vivaient en famille et ne pouvaient contracter d'union qu'entre eux. Ils
n'avaient aucun droit politique et étaient maintenus en esclavage à la fois par
les individus et par l'état. Quand les éphores (les chefs de l'état) entraient
en fonction, ils déclaraient systématiquement la guerre aux hilotes, afin que
l'on pût les tuer comme ennemis sans amener de souillure sur le meurtrier.
L'affranchissement était rare, bien qu'occasionnellement le manque d'effectifs
obligeât les Spartiates à enrôler des hilotes dans l'armée ; une fois
affranchis, on les appelait $néodamodes.
II)
L'esclavage à Rome.
L'institution
de l'esclavage existait à Rome depuis les temps anciens, mais le nombre
d'esclaves que possédaient les Romains ne prit de l'importance qu'à partir du
II*me siècle avant J.C., lorsque les guerres constantes, de même que la
piraterie débridée, amenèrent des centaines de milliers de captifs sur le
marché. Tout comme à Athènes, les esclaves étaient utilisés à grande échelle
dans les mines ; Polybe note que 40.000 esclaves travaillaient à son époque
dans les mines d'argent près de Carthagène en Espagne (milieu de II*me siècle
avant J.C.). C'est dans l'agriculture que l'emploi des esclaves au cours du
II*me siècle était le plus remarquable. L'expansion territoriale avait eu pour
résultat dans les classes supérieures romaines, sénatoriale comme équestre,
l'acquisition de vastes richesses qu'elles investissaient dans la terre. De
grands domaines virent le jour et des paysans fermiers furent obligés de vendre
leurs petites propriétés ; les nouveaux propriétaires préféraient en général
utiliser une main-d'oeuvre servile bon marché qui convenait au fonctionnement
de leurs domaines, plutôt que des ouvriers libres dont ils ne louaient les
services qu'au moment de la moisson ou des vendanges.
Quand
les grandes guerres de conquête arrivèrent à leur terme, dans la période qui
suivit la mort de l'empereur Auguste, en 14 après J.C., et que l'instauration
de la loi et de l'ordre supprimèrent la piraterie, les principales sources
d'esclaves cessèrent d'exister. Il existe des preuves selon lesquelles le
nombre d'esclaves se multiplia à cette époque, en dépit du fait que plusieurs
années devaient s'écouler avant qu'un enfant esclave ne devienne un atout
économique. Le prix des esclaves augmenta ainsi considérablement. Dans
l'ensemble, sous l'Empire, les esclaves coûtaient trop cher pour être employés
à des fonctions non qualifiées, mais il était encore profitable de les employer
à des travaux spécialisés. Au IV*me siècle après J.C., c'étaient des hommes
libres et non des esclaves qui étaient employés dans les mines, et, bien que
l'on trouvât encore des esclaves dans l'agriculture et au service de l'état,
ils étaient rares dans l'industrie privée : dans les usines, on trouvait des
ouvriers qualifiés libres. Il est clair que l'on élevait encore des esclaves, à
tel point que sur certains domaines existait l'institution d'un esclavage
héréditaire. Mais cela était un héritage du passé qui devenait rapidement
exceptionnel. Vers la fin de l'Empire, les esclaves en vinrent à ressembler à
des hommes libres de par leur position sociale comme économique ; dans
l'industrie également, les esclaves spécialisés en raison de la forte valeur
qu'ils représentaient en capital recevaient des encouragements économiques qui
rapprochaient de très près leur position de celle des artisans libres.
La
condition générale des esclaves romains était très voisine de celle des
esclaves grecs. Ils n'étaient autorisés à assister qu'à un faible nombre de
cultes religieux, ils avaient peu de vacances. Un esclave pouvait recevoir sa
liberté en échange de ses bons services ou pouvait l'acheter en accumulant des
économies, mais, s'il s'enfuyait et était repris, il pouvait être marqué au fer
rouge ou mis à mort. S'il était libéré de l'une des façons prescrites, il
devenait un citoyen romain. L'affranchi (libertus) continuait à
appartenir à la famille de son ancien maître et les deux étaient liés par des
obligations mutuelles. L'affranchi assumait le nomen et le praenomen (nom
et prénom) de celui qui l'avait libéré, ajoutant généralement son propre nom ou
cognomen (surnom). Les affranchissements étaient très fréquents.
Il
existe peu de renseignements fiables sur le nombre d'esclaves à Rome et encore
moins dans toute l'Italie, aux diverses époques ; de même qu'à Athènes, il se
peut qu'ils se soient montés à environ un esclave pour trois membres de la
population adulte libre.
Les
révoltes d'esclaves.
Trois
grandes révoltes d'esclaves eurent lieu au cours de l'histoire romaine et ne
furent écrasées qu'avec peine. Les deux premières eurent lieu en Sicile vers
139-132 pour la première, et entre 104 et 100 pour la seconde, à une époque où
de grandes quantités d'esclaves de même nationalité étaient réunies. La
troisième eut lieu en Italie, de 73 à 71, et fut dirigée par Spartacus. Un
grand nombre d'esclaves de nationalité et de langue communes avaient alors été
réunis. Les esclaves impliqués visaient à s'emparer d'un territoire et à y
vivre librement, et non pas détruire l'institution de l'esclavage.
Spartacus
était un esclave thrace, vendu comme gladiateur, qui s'évada d'une école de
gladiateurs pour diriger une révolte à Capoue en 73 avant J.C. En un an,
Spartacus avait anéanti deux armées romaines et dévasté le sud de l'Italie. En
72, il avait écrasé trois autres armées romaines, atteint la Gaule cisalpine et
était redescendu en Italie pour se livrer au pillage. Il fut finalement vaincu
et tué en 71 par le général Crassus qui supplicia tous les rebelles capturés en
les crucifiant le long de la voie qui menait de Capoue à Rome. Pompée anéantit
le restant de ses troupes en Espagne et mit fin à la guerre. Spartacus devint
rapidement une figure légendaire, en raison de ses succès audacieux, mais aussi
pour ses qualités personnelles de bravoure, de force et d'humanité. Voir aussi
la fiche intitulée Spartacus.