Première partie

II) L'autobiographie

Dominante : Notions clés

L'autobiographie : un genre littéraire

I) Généralités

1. Définition

Étymologiquement, le terme vient des trois mots grecs suivants : autos (soi-même) ; bios (la vie) et grafein (écrire). Une autobiographie est donc un récit dans lequel une personne raconte sa propre vie.

2. Repères historiques

C'est un genre littéraire connu dès l'Antiquité : Saint Augustin, par exemple, a publié des Confessions au IVme siècle après J.-C. pour rendre compte de son évolution spirituelle et de sa conversion au christianisme.

Au XVIme siècle, Montaigne publie les Essais, oeuvre dans laquelle il mêle récit d'événements de sa vie publique, de quelques événements de sa vie privée, et réflexions sur son époque ; mais c'est au XVIIIme siècle que naît vraiment l'idée que parler de soi peut revêtir un intérêt certain pour autrui (à ce siècle se développe en effet le goût pour l'individualité, la subjectivité). La première grande autobiographie, Les Confessions, a été écrite par Rousseau entre 1765 et 1770

 

II) Les caractéristiques de l'autobiographie

1. Un récit rétrospectif de sa propre vie

Toute autobiographie prend pour personnage central l'auteur lui-même de l'oeuvre, et lui seul. Tous les événements n'existent que par rapport à lui. Tout est rapporté selon son point de vue. Une autobiographie est toujours un récit rétrospectif, c'est-à-dire le récit d'événements passés de la propre vie de l'auteur. Il arrive que l'auteur se réfugie derrière un pseudonyme (prénom ou nom de famille imaginaire) : le récit reste autobiographique si les événements sont ceux qu'a vécus l'auteur.

Une autobiographie passe nécessairement par le récit de l'enfance de l'auteur, de manière plus ou moins brève, car l'enfance constitue un moment essentiel de la vie, celui où se forge la personnalité du futur adulte.

Par la suite, l'auteur choisit d'insister sur certains épisodes ou d'en passer au contraire d'autres sous silence. Ces choix sont significatifs de la personnalité de l'auteur et de son projet autobiographique.

2. Le pacte autobiographique

Lorsqu'il publie son autobiographie, l'auteur passe une sorte de pacte avec son lecteur, appelé "pacte autobiographique" : il s'engage à dire le vrai ; il convie son lecteur à juger le récit en fonction de son authenticité. Il se pose à la fois comme auteur, narrateur, personnage principal du récit, respectant la règle implicite de la vérité. Le lecteur, de son côté, devient témoin, juge, confident, voire complice de l'auteur dont il lit la vie.

Toutefois, il est évident que ce souci avoué de sincérité comporte des limites : le souvenir est toujours sélectif et subjectif ; il y a toujours interprétation et mélange entre souvenir et imaginaire. Consciemment ou non, l'auteur omet certains détails, en enjolive d'autres, les invente même, parfois... Certes, l'auteur rend compte de sa vie, mais il la reconstruit en même temps. On peut donc toujours s'interroger sur la sincérité de l'auteur, car une autobiographie n'est pas seulement un inventaire neutre, objectif, des événements de la vie de l'auteur.

3. Les enjeux de l'autobiographie

On peut s'interroger sur les raisons qui poussent quelqu'un à publier son autobiographie. Ces raisons sont de deux types : les unes concernent la relation que l'écrivain entretient avec lui-même ; les autres sa relation au lecteur.

a) L'autobiographie comme miroir

Écrire le récit de sa propre vie peut, vis-à-vis de soi-même :

- constituer un plaisir : le plaisir de revivre des moments passés ; l'auteur

contemple sa vie, souvent en particulier son enfance, avec une joie mêlée de nostalgie. Il peut éprouver ainsi l'impression d'arrêter le cours du temps, voire de l'inverser, puisqu'il peut, grâce à la réminiscence, retrouver les moments privilégiés qu'il a vécus dans un passé pourtant révolu.

- répondre à un besoin : le besoin de comprendre, d'analyser par l'intermédiaire

de l'écriture, ce qu'on a vécu : on nomme introspection ce souci d'analyser sa propre vie ; dans certains cas, l'auteur éprouve le besoin de chercher un sens à sa vie ; de résoudre une crise personnelle.

b) L'autobiographie comme témoignage

Écrire le récit de sa propre vie peut également, vis-à-vis des lecteurs :

- correspondre à un désir : le désir de laisser un témoignage des événements

dont on a été témoin, aux yeux de la postérité.

- répondre à un besoin : le besoin de laisser un autoportrait qu'on juge plus

fidèle que ceux que d'autres peuvent dresser de soi ; dans certains cas, le besoin de se justifier aux yeux de la postérité, lorsqu'on estime avoir été mal jugé par ses contemporains.

Ces différents enjeux expliquent pourquoi il est si difficile à l'auteur d'être parfaitement sincère dans son oeuvre : il nous rend compte de sa vie, certes, mais tout en étant encore en quête de sa propre identité ; d'où une impossibilité de rester totalement fidèle au pacte qu'il a conclu avec son lecteur, malgré son souci d'honnêteté souvent réel. Hésitations, incertitudes, erreurs, parsèment l'autobiographie, pour des raisons autant psychologiques qu'esthétiques. Si l'on veut connaître avec exactitude les épisodes de la vie d'un auteur, il ne faut pas se contenter de la lecture de son autobiographie, mais la comparer avec des biographies d'un intérêt documentaire plus évident.

 

 

 

III) Les genres apparentés à l'autobiographie

1. Le journal intime : c'est un genre littéraire pratiqué par bien des gens : contrairement à l'autobiographie, le journal intime ne propose pas, en général, de retour en arrière, mais les événements y sont racontés au jour le jour, nourris de commentaires personnels. Le journal intime n'est pas d'abord écrit pour autrui ; d'où la difficulté qu'on peut éprouver à le lire : il n'a pas d'autre destinataire que l'auteur lui-même (sauf si l'auteur décide de le publier : c'est un "faux journal", dans ce cas). On appelle diariste l'écrivain qui tient un journal intime.

2. La correspondance : comme le journal intime, la correspondance entre deux personnes n'a pas pour but premier d'être publiée et lue par le public. C'est souvent après la mort d'une personne célèbre que son entourage accepte de publier une partie de sa correspondance, lorsqu'il apparaît que les lettres qu'elle contient éclairent la personnalité de leur auteur sous un jour intéressant pour la postérité.

3. Le roman personnel, ou autobiographie romancée : C'est un récit écrit à la première ou à la troisième personne ; mélange d'événements réels et d'autres, fictifs, l'autobiographie romancée transfigure, recompose le réel ; dans ce type d'ouvrage, l'auteur ne conclue pas de pacte avec son lecteur, puisqu'il ne s'engage pas à rendre compte véritablement de ce qu'il a vécu.

4. Les mémoires (masculin pluriel) : Ils constituent un témoignage sur l'époque à laquelle on a vécu, sur les hommes qu'on a côtoyés, sur les événements auxquels on a participé. Va et vient entre l'histoire personnelle et l'histoire collective. Le mémorialiste se veut objectif : il veut apporter un témoignage fiable pour les historiens de demain auxquels il veut transmettre sa vision personnelle de la période à laquelle il a vécu.

5. La biographie : Une biographie est le récit de la vie d'une personne (en général célèbre) racontée par quelqu'un d'extérieur, qui peut l'avoir côtoyée, mais qui peut également vivre à une époque bien ultérieure (on peut actuellement écrire, par exemple, une biographie de Molière).

Conclusion

L'autobiographie aujourd'hui

De très nombreux écrivains publient leur autobiographie à notre époque. Beaucoup parlent de difficultés d'ordre social (rejet lié à des réactions racistes, à des difficultés économiques, etc.).

Par ailleurs, on assiste, ces dernières années, à l'éclosion d'un nouveau genre autobiographique, lié à la démocratisation de l'Internet : la création de "journaux en ligne", où, selon les adresses, certains livrent aux internautes leur journaux intimes, au jour le jour, et d'autres invitent les internautes à écrire un journal collectif dans lequel chacun peut réagir à ce qu'a écrit l'autre.

Voici deux adresses en exemple :

www.colba.net/~micheles/ (journal intime en ligne)

www.multimania.com/jic/index.html (journal intime collectif en ligne)