On ne badine pas avec l'amour

Musset

 

Les personnages de la pièce

 

 

Introduction

 

Deux types de personnages, qui ont des fonctions bien différentes :

1. les personnages bouffons : le Baron, Blazius, Bridaine, dame Pluche

2. les personnages qui ont une réelle consistance et un rôle sérieux, voire tragique : Perdican, Camille, Rosette.

 

 

I) Les bouffons

 

Un type de personnages que l'on rencontre dans d'autres pièces de Musset (par exemple, le personnage de Claudio, mari ridicule dans Les Caprices de Marianne).

 

1. Leur consistance

a) Ce sont des types, reconnaissables à leurs manies et à leur profession :

Blazius : le précepteur

Bridaine : le curé (toujours ridiculisé chez Musset)

Ils n'ont pas de prénom, mais sont identifiés par leur nom de famille, leur catégorie sociale ou professionnelle.

 

b) Leurs manies ressemblent parfois à des vices : l'ivrognerie, le pédantisme, la conception étroite et bornée de la religion.

 

c) Avec ces personnages, Musset ne se livre à aucune analyse psychologique : ils n'ont pas d'individualité et réagissent de manière automatique.

 

2. Leur ridicule

a) Leur apparence physique, exagérée, fait rire : la bedaine de Blazius, la maigreur de dame Pluche...

 

b) Leurs propos sont émaillés de tics de langage, et leur parole est vide (exemple : le latin de Blazius). Ils s'appuient sans cesse sur les conventions, seul mode de pensée qu'ils connaissent (cf. la caricature de cette attitude dans I, 5.).

Des personnages qui incarnent en quelque sorte la bêtise humaine !

 

3. Leur intérêt pour l'intrigue

Ils forment un arrière-plan rigide par rapport aux trois jeunes gens, et constituent une gêne supplémentaire pour que les héros parviennent à se comprendre.

Exemple : c'est Blazius qui arrache la lettre de Camille et en conséquence, Perdican va s'en emparer (III 2).

Bridaine dénonce (III 5) les avances que Perdican fait à Rosette.

 

Des personnages souvent présents au début de la pièce (ce sont eux qui l'ouvrent), et qui disparaissent quand l'atmosphère devient tragique.

Des fantoches qui donnent un moment l'illusion de la comédie et dont la vanité (la futilité) fait ressortir la complexité de Camille et de Perdican.

 

 

II) Perdican, Camille et Rosette

 

Ce sont trois personnages qui n'apparaissent jamais ni tous les trois ensembles ni de manière isolée, mais toujours deux à deux.

Perdican et Camille sont actants ; Rosette est passive.

Jusqu'à la dernière scène, Perdican et Rosette sont en lutte l'un contre l'autre et se servent alternativement de Rosette.

À la dernière scène, ils se sont enfin avoué leur amour et se trouvent donc réunis, mais Rosette, qu'ils ont oubliée, intervient contre eux pour les séparer par sa mort (dont on ne sait si elle est subie ou voulue).

 

1. Rosette

C'est le personnage le plus simple et le plus innocent de la pièce.

Elle a exactement le même âge que Camille (c'est sa soeur de lait). Jolie physiquement ("il n'y a pas de plus jolie fille que toi", I 4), elle est de condition sociale médiocre : c'est une paysanne. Mais elle est assez intelligente pour se méfier de Perdican, quoi qu'elle en dise (V 3).

Elle semble très fragile, ce qui va à l'encontre de l'image traditionnelle de la forte fille des champs.

Ses deux traits principaux :

- c'est une enfant : une victime désignée et particulièrement innocente ;

- c'est un être sensible et intelligent, qui essaie de résister à l'amour de Perdican, dont elle mesure plus ou moins les conséquences, mais qui s'y donne totalement, au point de mourir de chagrin à la dernière scène.

 

2. Camille

"la plus complexe des héroïnes de Musset", selon l'expression de P. Gastinel ; une complexité due au jeu qu'elle joue avec les autres et avec elle-même tout au long de la pièce. Conséquence : on ne sait jamais vraiment qui elle est.

 

a) Le premier masque

Celui modelé par soeur Louise : refus de l'amour, qui lui fait peur, et méfiance à l'égard de la vie ; elle refuse donc toute relation avec son cousin.

 

b) Le second masque

Quand Camille devient amoureuse aux yeux du spectateur, elle refuse encore de se l'avouer à elle-même, et donc de l'avouer à Perdican. Deux raisons à cela :

- sa volonté de punir Perdican, qui l'a fait souffrir : elle ne veut renoncer à la vie qu'après avoir éprouvé son pouvoir ; elle veut donc se faire aimer de lui, puis partir en le laissant désespéré.

- sa coquetterie (exemple de la robe).

 

 

 

c) ses traits principaux

- la fierté : elle agit en aristocrate, en orgueilleuse ;

- la soif d'absolu, la passion : elle se donnait toute à dieu ; elle se donnera toute à Perdican quand elle comprendra que l'amour humain peut être aussi magnifique que l'amour de Dieu.

 

3. Perdican

C'est le seul personnage masculin qui ne soit pas un fantoche.

C'est un personnage simple et un homme d'élite au début de la pièce : très savant, mais non pédant. Un peu désabusé par toute la science qu'il a apprise et à laquelle il préfère presque la simplicité et l'authenticité de la nature (cf. l'épisode de la fleur, I 2).

Sincérité du personnage vis-à-vis de Camille, qu'il est prêt à aimer tant il est imprégné de ses souvenirs d'enfance.

La nostalgie de l'enfance pèse beaucoup dans l'évolution des sentiments du jeune homme.

 

À partir de l'arrivée de Rosette, dédoublement du personnage :

- il est épris de Camille depuis l'enfance ; de plus, elle correspond à sa nature : ils sont "nés l'un pour l'autre".

- il est attiré par la fraîcheur et la simplicité de Rosette qui ne le repousse pas réellement.

 

Perdican ne se contrôle alors plus et se trompe sur les intentions réelles de ses actes. Ainsi, il n'a pas conscience que c'est par jalousie et dépit qu'il veut épouser Rosette, et non par amour réel pour elle.

C'est seulement à la fin de la pièce, quand il comprend enfin Camille, qu'il redevient lui-même : Camille réunit alors les qualités qu'il cherchait en Rosette, et celles qu'elle possédait elle-même.

Comme Camille, il "croyait" être sincère en voulant épouser Rosette, mais était en fait sa propre dupe.

 

Traits principaux de son caractère :

- un caractère passionné et émotif : il agit selon ses impulsions ;

- une intelligence brillante ;

- un attachement au passé sur lequel il cherche à s'appuyer.

 

 

Conclusion

Apparition ou disparition des personnages bouffons et évolution des personnages principaux conforme à l'évolution de la pièce elle-même.

Une pièce qui oscille entre la comédie et la tragédie, entre le romantisme et le classicisme.

Une fin précipitée, à l'image du brusque retournement des personnages de Camille et de Perdican.

 

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