Lecture méthodique

"Boule de Suif, dans la hâte... espérant qu'on ne la verrait pas."

(Vers la fin de la nouvelle)

 

Introduction

Fin de la nouvelle, mais situation analogue au début : les voyageurs sont montés dans la diligence et c'est l'heure du repas.

Par contre, à l'inverse du début, tous les personnages, sauf Boule de Suif, ont apporté de quoi manger.

De plus, l'attitude des personnages à l'égard de Boule de Suif s'est révélée particulièrement méprisante à son arrivée dans la diligence : personne ne daigne lui parler.

Thème principal du passage : le comportement de Boule de Suif face à l'indifférence générale.

Annonce des axes de lecture :

1. la montée de l'exaspération

2. les larmes

 

1. La montée de l'exaspération

a) Jeu d'oppositions

Premier paragraphe : "hâte et effarement" : conséquence de l'état d'esprit dans lequel Boule de Suif a consenti à accorder ses faveurs au Prussien. Elle, qui est si gourmande, n'a même pas songé à emporter de quoi manger !

"tous ces gens" : ils sont confondus dans une masse indistincte, digne de mépris, alors que ce sont eux qui manifestent ce sentiment.

"placidement", "colère tumultueuse" : opposition totale entre l'attitude de Boule de Suif et celle des autres.

b) analyse psychologique

allusion aux origines populaires de Boule de suif : "crier... avec un flot d'injures" : elle n'a pas la langue dans sa poche d'ordinaire. Mais son exaspération est ici trop intense pour qu'elle puisse parler.

Simplicité très dure de la premier phrase : opposition entre le singulier "elle" et le pluriel "tous ces gens" ; intensité de la coordination "et" qui souligne l'état d'impuissance de la jeune femme.

c) Le regard de Maupassant

"gredins honnêtes" : l'auteur juge ses personnages dans l'ensemble de cette phrase ; termes très forts : "sacrifiée" "rejetée" "chose". Importance de la chronologie ("d'abord... ensuite") qui, à leurs yeux, justifie leur attitude. Allusion à l'acte sexuel par l'intermédiaire de l'adjectif "malpropre" ; dureté du terme "inutile" : le but de la manoeuvre a été atteint, puisque le voyage se poursuit : Boule de Suif n'est donc plus utile. Rétrospectivement, le lecteur comprend les calculs hypocrites des autres personnages et la raison de leur gentillesse d'un soir.

2. La montée des larmes

a) Une première phrase assez longue et hachée pour évoquer les souvenirs, auxquels le lecteur participe, puisque la situation est analogue et qu'il a lu ce qui s'est passé, dans les pages antérieures.

Un rythme et une pensée justifiés quand on se souvient que la jeune femme a faim et que la nourriture revêt beaucoup d'importance pour elle.

Au lieu de mener la fureur à son paroxysme, le souvenir la fait tomber. C'est l'apparition des larmes. Le souvenir semble trop chargé d'émotion et celle-ci l'emporte sur la colère.

b) Une fin de paragraphe entrecoupée de virgules : présence de nombreux verbes qui soulignent les efforts de Boule de Suif pour s'empêcher de parler.

Les larmes semblent animées d'une volonté propre. Lutte entre la femme et elles ; elles finissent par gagner la partie.

Lenteur des premières larmes (un début de phrase assez lent), puis séquence plus rapide et enfin régularité et abondance des pleurs, symbolisée par deux membres de phrases assez longs.

c) le souci de dignité de Boule de Suif

Après avoir suffoqué devant le mépris si blessant des autres, elle souhaite leur indifférence, parce qu'elle ne veut pas montrer son émotion. De manière implicite, on peut y lire qu'elle s'en veut de ne pas avoir su maîtriser ses larmes.

Une volonté à la fois extrême et bien naïve : ne pas regarder autrui n'empêche pas qu'elle soit elle-même regardée (cf. la naïveté de l'enfant qui se croit invisible quand il se voile les yeux).

Conclusion

Le dernier portrait de Boule de Suif. Une vision émouvante d'une jeune femme qui s'est sacrifiée pour les autres, puis s'est vu rejeter de façon ignoble par ceux-là même à qui elle a offert son sacrifice.

C'est le personnage le plus bas dans la société qui s'est montré le plus héroïque et le plus sensible. Une vision de la société qui remet en cause bien des clichés.

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