UN VOYAGE QUI TOURNE AU CAUCHEMAR

 

Un roman écrit durant l'année scolaire 1996-1997

 

par les élèves de la classe de 6ème A

 

 

BELAMRI Réda

BUCOURT Juliette

DELBREIL Katia

DUFOUR Fanny

GUILLET Marion

LE SENECHAL Aude

MARIE-JOSEPH Mario

RICECLA Clarisse

SAINTRAPT Céline

THEBAULT Jean-Christophe

 

 

 

CHAPITRE I

 

 

- Dépêchez vous ! On va rater l'avion !

 

Nous étions tout excités à l'idée de partir tous en vacances à New York. Nous étions le 10 juillet 1983 et l'avion s'envolait à 10 h 30 du matin. Nous arrivâmes à l'aéroport à 8 heures 40. J'étais très impatiente d'arriver à New York et je m'exclamai :

"Quand l'avion arrive-t-il ? Il devrait être déjà là !"

 

Mais ma mère m'expliqua qu'il fallait toujours venir longtemps à l'avance et pendant que mes parents s'occupaient des papiers, assise sur un siège de la salle d'attente, je réfléchissais à ce que j'allais faire aux Etats-Unis.

" Allez les enfants : c'est l'heure d'embarquer."

 

Une voix assez forte annonça :

"L'avion en direction des Etats-Unis va partir : veuillez éteindre vos cigarettes et attacher vos ceintures."

C'était la première fois que je prenais l'avion et je serrais un peu les dents. Mais finalement tout se passait bien. Il y avait à côté de moi d'autres enfants et nous fîmes connaissance. L'un s'appelait Jean et l'autre Sylviane.

Je m'endormis...

 

Quand je me réveillai, je regardai ma montre : elle marquait 15 heures 30 et il ne restait plus qu'une demi-heure de voyage.

 

Soudain l'avion commença à bouger dans tous les sens. C'était peut-être une zone de turbulence. Une hôtesse nous rassura :

"Surtout restez où vous êtes, attachez vos ceintures et calmez vous, tout se passera bien".

Mais l'avion bougeait de plus en plus. Certains passagers criaient. D'autres se taisaient mais on lisait la peur sur leurs visages crispés. Par haut-parleur, une voix voulut nous dire quelque chose mais on ne comprenait rien.

Moi qui regardais par le hublot, je crus voir le soleil en face de moi et du sable ; le paysage se rapprocha très vite. Ensuite il y eut un bruit puis une grande secousse puis je m'évanouis...

 

 

CHAPITRE II

 

 

 

Lorsque je m'éveillai, il faisait tout noir et tout était brouillé dans ma tête. Je ne savais pas où j'étais et j'avais très peur. Derrière, au loin, j'entendais des sirènes : je supposai que c'étaient les secours, peut-être des pompiers.

J'avais une atroce douleur dans les jambes et à la tête, et d'horribles sifflements dans les oreilles. Je m'effondrai en larmes et m'évanouis à nouveau.

 

Je me réveillai dans un endroit inconnu et vis à côté de moi une infirmière.

"Ca y est ! Elle a ouvert les yeux", chuchota l'infirmière en anglais.

Je compris très bien cette phrase car mon père était d'origine anglaise et m'avait appris à parler couramment cette langue.

D'autres personnes en blanc accoururent et me posèrent des questions.

"Comment t'appelles-tu ? Quel âge as-tu ? D'où viens-tu ? Te souviens-tu de quelque chose ?

 

Ils savaient sûrement ce qui s'était passé mais ils voulaient savoir si je m'en souvenais. Moi, je me rappelais juste l'avion qui descendait à toute vitesse.

 

Je me rendis compte que j'étais sûrement gravement blessée car je ne sentais plus mes jambes et j'avais beaucoup de pansements. Mon bras gauche me faisait mal : je vis une aiguille au niveau de mon coude reliée à un tuyau : c'était sans doute une perfusion. Les médecins partirent de la chambre pour me laisser me reposer.

 

Il y avait une autre petite fille à côté de moi qui s'appelait Elise.

 

- Pourquoi es-tu là?

- Je me suis cassé la jambe.

- Ca fait longtemps ?

- Non c'était hier. Et toi, qu'est-ce qui t'est arrivé ?

- Je ne sais pas trop... Je crois que l'avion dans lequel j'étais s'est écrasé. Je me demande où sont mes parents.

 

Soudain une infirmière entra dans la chambre :

- Camille et Elise, il ne faut plus parler ; je vais prendre votre température.

- Oh non, quelle horreur !

 

Je demandai à l'infirmière si mes parents étaient encore vivants. Elle me répondit "oui" d'un air triste et gêné mais je compris qu'à travers ce "oui" s'installait un "non" sur son visage.

 

 

 

CHAPITRE III

 

 

Le lendemain je me réveillai et fis quelques mouvements. J'avais mal partout. J'étais courbatue. J'entendis une petite voix qui parvenait du lit d'à coté :

- Comment vas-tu ce matin ?

- Ca va mieux mais j'ai des douleurs partout et c'est insupportable. Et toi, Elise comment va ta jambe ?

- Ca va beaucoup mieux. Merci Camille.

 

Elise me raconta comment elle s'était cassé la jambe : alors qu'elle se promenait avec ses parents et son petit frère Victor, une voiture était passée trop près et l'avait renversée.

Une semaine plus tard, Elise quitta l'hôpital et je restai seule dans la chambre.

 

Beaucoup de journalistes venaient me voir pour me poser des questions et me demandaient des détails sur l'accident. Je détestais leur conduite : cela me faisait de la peine. Heureusement, les infirmières ordonnaient :

- Laissez-la tranquille : elle doit se reposer.

 

J'allais beaucoup mieux maintenant et j'avais hâte de partir. Mais pour aller où ? Une dame, un jour, frappa à la porte :

 

- Bonjour, es-tu bien Camille Dumont !

- Oui c'est moi.

- Je suis assistante sociale et je voudrais te parler.

- D'accord, on peut aller dans le salon d'accueil. On sera mieux installées.

 

Une fois assise sur un canapé à fleurs, la dame me dit :

- Bon, comme je te l'ai dit, je suis assistante sociale et je suis chargée de te trouver une nouvelle famille.

Je ne savais pas quoi dire.

- Normalement, dans une heure, j'ai rendez-vous avec une famille. Bien, maintenant je te laisse : tu dois être fatiguée.

 

Je restai muette à l'idée de m'intégrer dans une nouvelle famille et je regagnai ma chambre.

 

Une semaine plus tard, j'étais dans ma chambre, toute seule, lorsqu'on frappa de nouveau à ma porte.

Depuis la venue de l'assistante sociale, j'avais réfléchi à beaucoup de choses : je voulais donner mauvaise impression à ma nouvelle famille, faire la tête et ne pas répondre aux questions. Mais je savais bien aussi que tout cela ne servirait à rien et qu'il fallait bien un jour ou l'autre habiter dans une famille.

 

- Bonjour Camille, dit l'assistante sociale. Te souviens-tu de moi ? Comme je te l'avait dit, je te présente une famille qui sera désormais la tienne.

- Bonjour Camille, dit un homme d'un ton qui se voulait joyeux. Tu vas venir habiter chez nous : moi, je m'appelle Franck et voici Lydia et ta petite soeur Julia.

 

Lydia était brune avec des yeux noirs, des cheveux raides et longs. Elle était mince et grande. Son mari, lui, blond et trapu, tenait une cigarette à la main.

 

J'étais émue et je ne savais pas quoi dire. Je voyais bien que les autres étaient aussi embarrassés que moi.

Ils me regardaient. Je me sentais bête... Heureusement la petite Julia âgée de cinq ans environ, prit la parole :

 

- Nous avons un chien, un chat, cinq oiseaux et trois poissons rouges. Ca fait longtemps que tu es ici ? Tu ne t'ennuies pas toute seule ?

- Oui, cela fait longtemps que je suis là. Avant il y avait une fille avec moi, qui s'appelait Elise mais elle est partie.

 

Le père s'approcha :

- Tu fatigues Camille avec tes questions, Julia. Camille, nous viendrons te chercher définitivement dimanche prochain et tu t'installeras dans ta nouvelle maison.

 

Durant les quatre derniers jours à l'hôpital, j'étais très anxieuse car je savais que je devais reprendre ma vie à zéro. J'allais mieux et je pouvais presque courir mais j'étais très fatiguée car, dès que je m'endormais, je faisais des cauchemars j'entendais des avions, des explosions, des cris, je voyais du sang partout. Je criais et je me réveillais en larmes. J'entendais aussi mes parents me traiter d'égoïste parce qu'ils croyaient que je ne pensais plus à eux.

 

 

 

CHAPITRE IV

 

Le dimanche suivant, vers dix heures, Franck, Lydia et Julia arrivèrent à l'hôpital. L'assistante sociale m'avait envoyé, la veille, des vêtements neufs et quelques objets car j'avais perdu toutes mes affaires dans l'accident. Je dis au revoir à ceux que je connaissais et cela me donna un peu envie de pleurer mais je me retenais. Dans la voiture, Julia posa beaucoup de questions : elle voulait savoir tout ce que j'aimais, tout ce que je n'aimais pas. Ses parents étaient obligés de lui dire d'arrêter un peu, mais elle était très excitée. Bientôt, tout de même, tout le monde fut silencieux. Je commençais à m'endormir quand je sentis un coup de frein.

- Nous sommes arrivés, Camille : voici ta maison.

 

Julia s'empressa de me faire découvrir les lieux et nous parcourûmes les pièces de fond en comble. Je vis ma chambre en dernier. Elle avait l'air accueillante avec du papier peint bleu. Sur le lit, se trouvaient plein de peluches et différents jeux : scrabble, monopoly, et jeu d'échecs. Ensuite Julia me présenta à ses animaux. Il y avait Max le chien, Timothy le chat et deux des poissons rouges avaient un nom : Jojo et Betty. Sa mère entra dans la chambre.

- Les enfants, nous allons bientôt dîner car il faut que vous vous couchiez tôt : Camille est sûrement très fatiguée.

 

Lydia nous avait préparé un bon dîner, mais je n'avais pas faim. Pourtant je me forçais pour ne pas leur faire de peine. Julia parlait beaucoup et je trouvais que le repas durait longtemps.

- Allez les enfants, il faut prendre un bain. Vous devez vous laver les dents et au lit !

 

Quand je fus couchée, les parents vinrent me dire bonne nuit, chacun leur tour. Lorsque je fus seule dans le noir, je réfléchis à cette première journée dans ma nouvelle famille : ils étaient bien gentils avec moi, pourtant j'eus du mal à m'endormir et au milieu de la nuit je me levai d'un bond en criant : je venais de faire encore un affreux cauchemar. Lydia accourut en m'entendant.

 

 

 

CHAPITRE V

 

 

Cela faisait bientôt un mois que j'étais dans ma nouvelle famille. J'étais rentrée au collège. J'avais peur qu'on me reconnaisse parce que ma photo avait été publiée dans les journaux et montrée à la télévision. Mais personne n'avait semblé y faire attention.

A l'école, tout se passait bien. Je m'étais fait beaucoup d'amis et je travaillais bien : j'avais presque la meilleure moyenne de la classe. En fait, je préférais la journée à la soirée et quand je sentais que la fin des cours approchaient, je me disais : "Oh non !" A la maison, par contre, Julia et moi, nous nous disputions très souvent car elle me posait trop de questions et je n'aimais pas cela. Un jour, j'étais dans le salon et je regardais la télévision quand Julia est arrivée :

 

- Touche pas à ma poupée !

 

En effet, j'avais pris sa poupée blonde préférée.

 

- D'accord, je te la rends, mais arrête de crier.

 

Mais Julia continuait :

 

- Depuis que tu es ici, tu es chouchoutée par mes parents.

- Ça, ce n'est pas vrai !

- Si c'est vrai !

 

Nous commencions à nous battre, comme d'habitude, quand ma nouvelle maman arriva :

- Que se passe-t-il ici encore ?

- C'est Camille qui m'embête : elle a pris ma poupée.

- Camille ?

- C'est vrai, je l'avais prise, mais elle était sur le fauteuil à côté et je ne voulais pas la casser.

 

Lydia fronça les sourcils :

 

- Vous serez privées toutes les deux de télévision pendant une semaine.

 

Deux semaines plus tard je revenais de l'école quand j'entendis Julia crier et pleurer :

- Pourquoi pleures-tu ?

- Ce matin, tu m'as déchiré ma poupée blonde.

- Mais non, ce n'est pas moi.

- Si c'est toi.

 

Lydia arriva à ce moment-là et Julia lui raconta sa version des choses...

Lydia ne prit pas le temps de m'écouter :

 

- J'en ai assez, de cette histoire de poupée !

Camille, tu iras acheter à Julia la poupée qu'elle voudra avec ton argent de poche.

 

Vint le dernier jour du trimestre : c'était Noël. Après le dîner de fête, on allait enfin ouvrir les cadeaux. J'en avais beaucoup, et j'étais très contente mais Julia n'avait pas l'air de l'être. J'avais reçu un cadeau de plus qu'elle, un dictionnaire qui ne l'aurait guère intéressée.

Nous nous sommes encore disputées et cette soirée de fête se termina en catastrophe ; on me retira une peluche qui me plaisait beaucoup, parce qu'elle me rappelait mon ancien chien.

 

Le jour de la rentrée, je pris une décision : auparavant, nous étions végétariens dans ma famille et je n'avais toujours pas osé le dire à mes nouveaux parents. J'essayais de manger tout ce qu'ils me donnaient pour ne pas faire d'histoires. Mais cela me gênait beaucoup de manger de la viande.

Ce soir-là, Lydia nous avait préparé des côtelettes d'agneau avec des pâtes. Je pris mon courage à deux mains et dit :

- Excuse-moi Lydia, cela fait plusieurs mois que je suis ici et je n'ai pas encore osé vous le dire : je suis végétarienne et je ne veux donc que des pâtes.

- Ce n'est pas juste ! Moi aussi, je ne veux que des pâtes ! s'exclama Julia.

- Tais-toi Julia et mange sinon ça va refroidir. Camille, avec nous, tu mangeras de la viande.

- Mais ça me fait vomir : je n'en veux pas.

- Tu n'as pourtant pas vomi tous ces mois-ci !

 

Je ne répondis rien mais ma colère était si forte qu'aussitôt après le repas, je courus dans ma chambre, fermai la porte à clef et fis mes bagages.

 

 

CHAPITRE VI

 

 

Deux semaines plus tard, mes cours se terminaient ce jour-là à trois heures et demie mais à quatre heures, je n'étais pas encore partie de l'école car je savais que j'allais retrouver Julia et que nos disputes reprendraient.

 

Mon seul plaisir, en rentrant était de savoir que j'allais retrouver le chien et le chat et que je regarderais la télévision. Lorsque je rentrai enfin, par chance, les parents n'étaient pas là. Ils avaient laissé un mot pour me dire que j'étais chargée de garder Julia jusqu'à leur retour. Je comptais faire mon devoir d'histoire pour le lendemain, mais Julia m'en empêchait en voulant sans cesse que je joue avec elle. Comme je ne pouvais pas travailler à côté d'elle, je me suis enfermée aux toilettes, pour rédiger tranquillement mon devoir, la laissant toute seule dans le salon. Soudain, j'entendis un cri qui provenait du balcon du premier étage. Je courus voir ce qui s'était passé. Je vis d'abord sur le balcon un pot de fleurs renversé. Je regardai ensuite en bas dans la rue, et je vis des pompiers qui emmenaient Julia ensanglantée dans leur voiture. Je compris par la suite qu'elle avait dû grimper sur le pot de fleurs pour regarder les pompiers dans la rue, trébucher, perdre l'équilibre et tomber par-dessus le balcon. Je suis restée bêtement plantée là à regarder la scène sans savoir quoi faire.

 

Quelques minutes plus tard, Franck et Lydia rentrèrent. Je leur appris aussitôt ce qui s'était passé et pendant que Lydia pleurait et criait en m'accusant, Franck courut au téléphone pour appeler l'hôpital le plus proche. On lui annonça que Julia s'était cassé les deux jambes.

 

Je m'en voulais terriblement de cet accident : c'était ma faute puisque je n'avais pas surveillée Julia et les parents ne cessaient de me le reprocher. Je me sentais trop coupable. Ce n'était plus possible que je vive dans cette famille et je décidai de la quitter définitivement. J'eus l'idée d'appeler l'assistante sociale de l'hôpital où j'avais séjourné et je lui racontai mon problème. Quelques heures plus tard, elle arrivait à la maison. Nous nous installâmes avec Franck et Lydia dans le salon pour discuter.

 

- Je ne me plais pas ici, je me dispute trop souvent avec Julia et en plus je ne sais pas la garder. Je veux partir.

- Mais Camille, nous t'aimons bien, tu ne dois pas t'en aller comme ça !

- Si Camille ne se sent pas bien ici, elle peut aller dans un foyer. Ce sera mieux pour elle.

- Si tel est ton voeu, répondirent les parents, tu peux partir Camille. Mais nous ne t'oublierons pas.

 

L'assistante sociale m'aida à faire mes bagages. Quand tout fut réglé, elle me conduisit dans un foyer en attendant de me trouver une nouvelle famille.

 

 

 

CHAPITRE VII

 

Une fois arrivées au foyer, l'assistante sociale me demanda si je ne voulais pas changer d'avis et me dit qu'il était encore temps que je retourne dans mon ancienne famille. Je lui répondis que je ne reviendrais jamais chez Franck et Lydia. A ce moment, entra une femme habillée en noir et blanc.

 

- Bonjour Camille. Je m'appelle Angéla et je vais te présenter à notre directrice.

 

La directrice était une personne âgée qui avait l'air sévère. Elle m'explique au moins pendant une demi-heure qu'il fallait respecter le règlement, être polie avec tout le monde et ne jamais faire de mal à personne. L'assistante sociale me quitta alors :

- Ne t'inquiète pas Camille, je te laisse entre de bonnes mains et je vais bientôt, j'espère, te trouver une nouvelle famille.

 

Je suivis Angéla qui me montra ma chambre. C'était une pièce petite, de couleur claire. Je vis tout de suite qu'il y avait trois lits et au fond une grande armoire. Angéla ouvrit l'une des portes et me dit :

- Tu mettras tes affaires là ici en haut à gauche.

 

Elle me présenta ensuite Betty et Valérie, mes compagnes de chambre et nous laissa seules.

 

- Je te préviens, Camille, que tu n'as pas intérêt à laisser traîner tes affaires n'importe où et à nous accuser ensuite de les avoir volées.

- Valérie, laisse-la tranquille : Camille arrive juste et toi tu lui as dicté la loi !

- Tu es gentille, Betty. De toute manière je rangerai mes affaires.

 

On frappa à la porte. C'étaient Isabelle et ses amies qui venaient faire ma connaissance. Malgré ce mauvais début, cet endroit était mille fois mieux que celui où je vivais avant. Il n'y avait pas de filles comme Julia pour se disputer sans cesse avec moi. Oh, il y en avait bien quelques-unes avec lesquelles je me querellais parfois mais c'était bien moins grave. Au fil des jours je m'habituai.

 

L'emploi du temps était toujours le même : lever à six heures chaque matin, puis toilette et petit déjeuner et enfin départ pour l'école.

J'allais à l'école du quartier et je faisais le trajet avec Betty. Le soir après l'école, nous devions travailler avant le dîner. Ensuite nous pouvions nous rendre à la salle de jeux, ou à la bibliothèque, ou encore dans la pièce où se trouvait la télévision.

 

Enfin venait le moment que j'aimais le plus : pendant que Valérie restait en bas, je me retrouvais avec Betty dans notre chambre où nous discutions tard en toute confiance.

 

L'assistante sociale téléphonait assez souvent au foyer pour prendre de mes nouvelles. Elle me disait qu'elle continuait à me chercher une nouvelle famille mais qu'elle ne l'avait pas encore trouvée.

Elle me donna des nouvelles de Julia qui était rentrée chez elle et allait beaucoup mieux mais qui ne voulait plus me voir. C'était réciproque.

 

Un mois passa ainsi paisiblement. Or un matin, alors que j'étais dans ma chambre en train de lire, on frappa à ma porte...

 

 

 

CHAPITRE VIII

 

 

L'assistance sociale entra :

- Coucou Camille, j'ai une nouvelle famille pour toi.

 

Je restai silencieuse parce que j'attendais impatiemment qu'elle me donne des renseignements supplémentaires.

 

- Tu vas être surprise de connaître le nom de la personne qui va t'adopter. Cette personne a mis du temps à se décider mais je crois qu'elle a pris une bonne résolution.

- Qui est ce ?

- Tu connais bien cette personne.

- Mais qui est-ce ?

- Je suis sûre que tu ne te doutes pas de qui il s'agit...

 

Je me mis à crier :

- Mais qui est-ce donc ?

 

Tout le monde devait se demander ce qui se passait tellement j'avais crié fort.

L'assistante éclata de rire et me répondit:

- Camille, c'est moi qui vais t'adopter !

 

Alors là, je restai bouche-bée car je ne m'attendais pas à cela. Comme je ne savais pas quoi dire, je répondis comme une idiote :

- Ah bon ?

- Demain samedi tu viendras avec moi pour voir si tu te plais chez moi.

- D'accord, Madame.

- Camille, si nous devons vivre ensemble, ne m'appelle plus "Madame", appelle-moi Ann.

 

Je ne savais toujours pas quoi dire : j'étais très contente de cette bonne nouvelle mais en même temps je n'étais pas très rassurée et je me demandais si tout allait bien se passer.

 

Le lendemain samedi, Ann vint me chercher au foyer. Comme le voyage durait longtemps, je commençais à avoir mal au coeur et je vomis sur la belle banquette en cuir de la voiture juste avant l'arrivée.

 

Ann habitait dans une très grande maison avec un immense jardin. A notre arrivée, le reste de la famille vint nous accueillir. Mais avant tout, Ann me conduisit dans la salle de bains pour que je me lave !

 

Pendant ce temps, des jus de fruits et des biscuits étaient préparés sur la terrasse du jardin. Ann me présenta ses enfants, Kelly et Nathan âgés de vingt et de dix-sept ans, ainsi que son mari Steve qui me parut très sympathique.

 

Ce week-end fut merveilleux et cela faisait longtemps que je ne m'étais pas autant amusée.

Le samedi midi on pique-niqua dans le jardin puis nous nous baignâmes dans la piscine que possédait la famille.

Le soir venu, après un excellent barbecue, on me donna du poisson et des pommes de terre cuites sous la cendre. Nous fîmes une balade au clair de lune dans la forêt.

 

Le lendemain nous partîmes nous promener en barque et avant que Ann me raccompagnât au foyer, nous allâmes au cinéma.

Dès que je rentrai dans ma chambre au foyer, je m'allongeai sur mon lit pour réfléchir. Certes Betty allait me manquer mais j'étais impatiente de retourner pour toujours chez Ann et Steve dans cette maison où je me sentais chez moi.

 

 

 

CHAPITRE IX

 

 

Soudain le téléphone sonne.

 

- Va décrocher, Olivier, dit Camille.

- J'espère que c'est Mamie Ann, s'écria Leslie.

- Tais-toi Leslie ! Continue, s'il te plaît, Maman.

- Rasseyez-vous les enfants. De toute manière, j'ai bientôt fini...

 

C'était décidé ! Steve et Ann allaient m'adopter.

 

Les démarches d'adoption me parurent durer une éternité et il fallut à peu près trois mois pour que l'adoption soit définitive. J'ai grandi comme dans un rêve heureux mais je n'ai jamais réussi à oublier ces années de mon enfance. J'ai connu votre père à vingt ans, lors d'une soirée organisée pour les vingt-cinq ans de votre oncle Nathan.

 

Nous nous sommes mariés l'année d'après et je décidai de retourner en France pour rechercher quelques membres de ma famille d'origine ; mais je me posais beaucoup de questions : comment pourrais-je reconnaître quelqu'un ? Cela faisait si longtemps .... Peut-être aussi certains d'entre eux ne se souviendraient-ils pas de moi ?

Mes questions étaient en fait inutiles : je n'ai retrouvé qu'une vieille tante de 71 ans que je connaissais à peine.

 

Nous repartîmes pour les Etats-Unis et quelque temps plus tard, Leslie, tu vins au monde. Deux ans après, ce fut ton tour, Benjamin. Trois ans plus tard, Alexandre, tu es arrivé dans notre famille. Et enfin, il y a quatre ans que tu es née, Caroline.

 

- Moi aussi, s'écria Alexandre, quand je serai grand, j'adopterai un enfant et puisque je serai écrivain, je publierai ton histoire, Maman !

 

 

FIN

 

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