{(r)UN VOYAGE QUI TOURNE AU CAUCHEMARª} Un roman ‚crit durant l'ann‚e scolaire 1996-1997 par les ‚lŠves de la classe de 6Šme A {(r)BELAMRI R‚da BUCOURT Juliette DELBREIL Katia DUFOUR Fanny GUILLET Marion LE SENECHAL Aude MARIE-JOSEPH Mario RICECLA Clarisse SAINTRAPT C‚line THEBAULT Jean-Christopheª} CHAPITRE I - D‚pˆchez vous ! On va rater l'avion ! Nous ‚tions tout excit‚s … l'id‚e de partir tous en vacances … New øYork. Nous ‚tions le 10 juillet 1983 et l'avion s'envolait … 10 h 30 du matin. Nous arrivƒmes … l'a‚roport … 8 heures 40. J'‚tais trŠs impatiente d'arriver … New øYork et je m'exclamai : "Quand l'avion arrive-t-il ? Il devrait ˆtre d‚j… l… !" Mais ma mŠre m'expliqua qu'il fallait toujours venir longtemps … l'avance et pendant que mes parents s'occupaient des papiers, assise sur un siŠge de la salle d'attente, je r‚fl‚chissais … ce que j'allais faire aux Etats-Unis. " Allez les enfants : c'est l'heure d'embarquer." Une voix assez forte annon‡a : "L'avion en direction des Etats-Unis va partir : veuillez ‚teindre vos cigarettes et attacher vos ceintures." C'‚tait la premiŠre fois que je prenais l'avion et je serrais un peu les dents. Mais finalement tout se passait bien. Il y avait … c“t‚ de moi d'autres enfants et nous fŒmes connaissance. L'un s'appelait Jean et l'autre Sylviane. Je m'endormis... Quand je me r‚veillai, je regardai ma montre : elle marquait 15 heures 30 et il ne restait plus qu'une demi-heure de voyage. Soudain l'avion commen‡a … bouger dans tous les sens. C'‚tait peut-ˆtre une zone de turbulence. Une h“tesse nous rassura : "Surtout restez o— vous ˆtes, attachez vos ceintures et calmez vous, tout se passera bien". Mais l'avion bougeait de plus en plus. Certains passagers criaient. D'autres se taisaient mais on lisait la peur sur leurs visages crisp‚s. Par haut-parleur, une voix voulut nous dire quelque chose mais on ne comprenait rien. Moi qui regardais par le hublot, je crus voir le soleil en face de moi et du sable ; le paysage se rapprocha trŠs vite. Ensuite il y eut un bruit puis une grande secousse puis je m'‚vanouis... CHAPITRE II Lorsque je m'‚veillai, il faisait tout noir et tout ‚tait brouill‚ dans ma tˆte. Je ne savais pas o— j'‚tais et j'avais trŠs peur. DerriŠre, au loin, j'entendais des sirŠnes : je supposai que c'‚taient les secours, peut-ˆtre des pompiers. J'avais une atroce douleur dans les jambes et … la tˆte, et d'horribles sifflements dans les oreilles. Je m'effondrai en larmes et m'‚vanouis … nouveau. Je me r‚veillai dans un endroit inconnu et vis … c“t‚ de moi une infirmiŠre. "Ca y est ! Elle a ouvert les yeux", chuchota l'infirmiŠre en anglais. Je compris trŠs bien cette phrase car mon pŠre ‚tait d'origine anglaise et m'avait appris … parler couramment cette langue. D'autres personnes en blanc accoururent et me posŠrent des questions. "Comment t'appelles-tu ? Quel ƒge as-tu ? D'o— viens-tu ? Te souviens-tu de quelque chose ? Ils savaient s–rement ce qui s'‚tait pass‚ mais ils voulaient savoir si je m'en souvenais. Moi, je me rappelais juste l'avion qui descendait … toute vitesse. Je me rendis compte que j'‚tais s–rement gravement bless‚e car je ne sentais plus mes jambes et j'avais beaucoup de pansements. Mon bras gauche me faisait mal : je vis une aiguille au niveau de mon coude reli‚e … un tuyau : c'‚tait sans doute une perfusion. Les m‚decins partirent de la chambre pour me laisser me reposer. Il y avait une autre petite fille … c“t‚ de moi qui s'appelait Elise. - Pourquoi es-tu l…? - Je me suis cass‚ la jambe. - Ca fait longtemps ? - Non c'‚tait hier. Et toi, qu'est-ce qui t'est arriv‚ ? - Je ne sais pas trop... Je crois que l'avion dans lequel j'‚tais s'est ‚cras‚. Je me demande o— sont mes parents. Soudain une infirmiŠre entra dans la chambre : - øCamille et Elise, il ne faut plus parler ; je vais prendre votre temp‚rature. - Oh non, quelle horreur ! Je demandai … l'infirmiŠre si mes parents ‚taient encore vivants. Elle me r‚pondit "oui" d'un air triste et gˆn‚ mais je compris qu'… travers ce "oui" s'installait un "non" sur son visage. CHAPITRE III Le lendemain je me r‚veillai et fis quelques mouvements. J'avais mal partout. J'‚tais courbatue. J'entendis une petite voix qui parvenait du lit d'… cot‚ : - Comment vas-tu ce matin ? - Ca va mieux mais j'ai des douleurs partout et c'est insupportable. Et toi, Elise comment va ta jambe ? - Ca va beaucoup mieux. Merci øCamille. Elise me raconta comment elle s'‚tait cass‚ la jambe : alors qu'elle se promenait avec ses parents et son petit frŠre øVictor, une voiture ‚tait pass‚e trop prŠs et l'avait renvers‚e. Une semaine plus tard, Elise quitta l'h“pital et je restai seule dans la chambre. Beaucoup de journalistes venaient me voir pour me poser des questions et me demandaient des d‚tails sur l'accident. Je d‚testais leur conduite : cela me faisait de la peine. Heureusement, les infirmiŠres ordonnaient : - Laissez-la tranquille : elle doit se reposer. J'allais beaucoup mieux maintenant et j'avais hƒte de partir. Mais pour aller o— ? Une dame, un jour, frappa … la porte : - Bonjour, es-tu bien øCamille øDumont ! - Oui c'est moi. - Je suis assistante sociale et je voudrais te parler. - D'accord, on peut aller dans le salon d'accueil. On sera mieux install‚es. Une fois assise sur un canap‚ … fleurs, la dame me dit : - Bon, comme je te l'ai dit, je suis assistante sociale et je suis charg‚e de te trouver une nouvelle famille. Je ne savais pas quoi dire. - Normalement, dans une heure, j'ai rendez-vous avec une famille. Bien, maintenant je te laisse : tu dois ˆtre fatigu‚e. Je restai muette … l'id‚e de m'int‚grer dans une nouvelle famille et je regagnai ma chambre. Une semaine plus tard, j'‚tais dans ma chambre, toute seule, lorsqu'on frappa de nouveau … ma porte. Depuis la venue de l'assistante sociale, j'avais r‚fl‚chi … beaucoup de choses : je voulais donner mauvaise impression … ma nouvelle famille, faire la tˆte et ne pas r‚pondre aux questions. Mais je savais bien aussi que tout cela ne servirait … rien et qu'il fallait bien un jour ou l'autre habiter dans une famille. - Bonjour øCamille, dit l'assistante sociale. Te souviens-tu de moi ? Comme je te l'avait dit, je te pr‚sente une famille qui sera d‚sormais la tienne. - Bonjour øCamille, dit un homme d'un ton qui se voulait joyeux. Tu vas venir habiter chez nous : moi, je m'appelle øFranck et voici Lydia et ta petite soeur Julia. Lydia ‚tait brune avec des yeux noirs, des cheveux raides et longs. Elle ‚tait mince et grande. Son mari, lui, blond et trapu, tenait une cigarette … la main. J'‚tais ‚mue et je ne savais pas quoi dire. Je voyais bien que les autres ‚taient aussi embarrass‚s que moi. Ils me regardaient. Je me sentais bˆte... Heureusement la petite Julia ƒg‚e de cinq ans environ, prit la parole : - Nous avons un chien, un chat, cinq oiseaux et trois poissons rouges. Ca fait longtemps que tu es ici ? Tu ne t'ennuies pas toute seule ? - Oui, cela fait longtemps que je suis l…. Avant il y avait une fille avec moi, qui s'appelait Elise mais elle est partie. Le pŠre s'approcha : - Tu fatigues øCamille avec tes questions, Julia. øCamille, nous viendrons te chercher d‚finitivement dimanche prochain et tu t'installeras dans ta nouvelle maison. Durant les quatre derniers jours … l'h“pital, j'‚tais trŠs anxieuse car je savais que je devais reprendre ma vie … z‚ro. J'allais mieux et je pouvais presque courir mais j'‚tais trŠs fatigu‚e car, dŠs que je m'endormais, je faisais des cauchemars j'entendais des avions, des explosions, des cris, je voyais du sang partout. Je criais et je me r‚veillais en larmes. J'entendais aussi mes parents me traiter d'‚go‹ste parce qu'ils croyaient que je ne pensais plus … eux. CHAPITRE IV Le dimanche suivant, vers dix heures, øFranck, Lydia et Julia arrivŠrent … l'h“pital. L'assistante sociale m'avait envoy‚, la veille, des vˆtements neufs et quelques objets car j'avais perdu toutes mes affaires dans l'accident. Je dis au revoir … ceux que je connaissais et cela me donna un peu envie de pleurer mais je me retenais. Dans la voiture, Julia posa beaucoup de questions : elle voulait savoir tout ce que j'aimais, tout ce que je n'aimais pas. Ses parents ‚taient oblig‚s de lui dire d'arrˆter un peu, mais elle ‚tait trŠs excit‚e. Bient“t, tout de mˆme, tout le monde fut silencieux. Je commen‡ais … m'endormir quand je sentis un coup de frein. - Nous sommes arriv‚s, øCamille : voici ta maison. Julia s'empressa de me faire d‚couvrir les lieux et nous parcour–mes les piŠces de fond en comble. Je vis ma chambre en dernier. Elle avait l'air accueillante avec du papier peint bleu. Sur le lit, se trouvaient plein de peluches et diff‚rents jeux : scrabble, monopoly, et jeu d'‚checs. Ensuite Julia me pr‚senta … ses animaux. Il y avait Max le chien, Timothy le chat et deux des poissons rouges avaient un nom : Jojo et øBetty. Sa mŠre entra dans la chambre. - Les enfants, nous allons bient“t dŒner car il faut que vous vous couchiez t“t : øCamille est s–rement trŠs fatigu‚e. Lydia nous avait pr‚par‚ un bon dŒner, mais je n'avais pas faim. Pourtant je me for‡ais pour ne pas leur faire de peine. Julia parlait beaucoup et je trouvais que le repas durait longtemps. - Allez les enfants, il faut prendre un bain. Vous devez vous laver les dents et au lit ! Quand je fus couch‚e, les parents vinrent me dire bonne nuit, chacun leur tour. Lorsque je fus seule dans le noir, je r‚fl‚chis … cette premiŠre journ‚e dans ma nouvelle famille : ils ‚taient bien gentils avec moi, pourtant j'eus du mal … m'endormir et au milieu de la nuit je me levai d'un bond en criant : je venais de faire encore un affreux cauchemar. Lydia accourut en m'entendant. CHAPITRE V Cela faisait bient“t un mois que j'‚tais dans ma nouvelle famille. J'‚tais rentr‚e au collŠge. J'avais peur qu'on me reconnaisse parce que ma photo avait ‚t‚ publi‚e dans les journaux et montr‚e … la t‚l‚vision. Mais personne n'avait sembl‚ y faire attention. A l'‚cole, tout se passait bien. Je m'‚tais fait beaucoup d'amis et je travaillais bien : j'avais presque la meilleure moyenne de la classe. En fait, je pr‚f‚rais la journ‚e … la soir‚e et quand je sentais que la fin des cours approchaient, je me disais : "Oh non !" A la maison, par contre, Julia et moi, nous nous disputions trŠs souvent car elle me posait trop de questions et je n'aimais pas cela. Un jour, j'‚tais dans le salon et je regardais la t‚l‚vision quand Julia est arriv‚e : - Touche pas … ma poup‚e ! En effet, j'avais pris sa poup‚e blonde pr‚f‚r‚e. - D'accord, je te la rends, mais arrˆte de crier. Mais Julia continuait : - Depuis que tu es ici, tu es chouchout‚e par mes parents. - €a, ce n'est pas vrai ! - Si c'est vrai ! Nous commencions … nous battre, comme d'habitude, quand ma nouvelle maman arriva : - Que se passe-t-il ici encore ? - C'est øCamille qui m'embˆte : elle a pris ma poup‚e. - øCamille ? - C'est vrai, je l'avais prise, mais elle ‚tait sur le fauteuil … c“t‚ et je ne voulais pas la casser. Lydia fron‡a les sourcils : - Vous serez priv‚es toutes les deux de t‚l‚vision pendant une semaine. Deux semaines plus tard je revenais de l'‚cole quand j'entendis Julia crier et pleurer : - Pourquoi pleures-tu ? - Ce matin, tu m'as d‚chir‚ ma poup‚e blonde. - Mais non, ce n'est pas moi. - Si c'est toi. Lydia arriva … ce moment-l… et Julia lui raconta sa version des choses... Lydia ne prit pas le temps de m'‚couter : - J'en ai assez, de cette histoire de poup‚e ! øCamille, tu iras acheter … Julia la poup‚e qu'elle voudra avec ton argent de poche. Vint le dernier jour du trimestre : c'‚tait No‰l. AprŠs le dŒner de fˆte, on allait enfin ouvrir les cadeaux. J'en avais beaucoup, et j'‚tais trŠs contente mais Julia n'avait pas l'air de l'ˆtre. J'avais re‡u un cadeau de plus qu'elle, un dictionnaire qui ne l'aurait guŠre int‚ress‚e. Nous nous sommes encore disput‚es et cette soir‚e de fˆte se termina en catastrophe ; on me retira une peluche qui me plaisait beaucoup, parce qu'elle me rappelait mon ancien chien. Le jour de la rentr‚e, je pris une d‚cision : auparavant, nous ‚tions v‚g‚tariens dans ma famille et je n'avais toujours pas os‚ le dire … mes nouveaux parents. J'essayais de manger tout ce qu'ils me donnaient pour ne pas faire d'histoires. Mais cela me gˆnait beaucoup de manger de la viande. Ce soir-l…, Lydia nous avait pr‚par‚ des c“telettes d'agneau avec des pƒtes. Je pris mon courage … deux mains et dit : - Excuse-moi Lydia, cela fait plusieurs mois que je suis ici et je n'ai pas encore os‚ vous le dire : je suis v‚g‚tarienne et je ne veux donc que des pƒtes. - Ce n'est pas juste ! Moi aussi, je ne veux que des pƒtes ! s'exclama Julia. - Tais-toi Julia et mange sinon ‡a va refroidir. øCamille, avec nous, tu mangeras de la viande. - Mais ‡a me fait vomir : je n'en veux pas. - Tu n'as pourtant pas vomi tous ces mois-ci ! Je ne r‚pondis rien mais ma colŠre ‚tait si forte qu'aussit“t aprŠs le repas, je courus dans ma chambre, fermai la porte … clef et fis mes bagages. CHAPITRE VI Deux semaines plus tard, mes cours se terminaient ce jour-l… … trois heures et demie mais … quatre heures, je n'‚tais pas encore partie de l'‚cole car je savais que j'allais retrouver Julia et que nos disputes reprendraient. Mon seul plaisir, en rentrant ‚tait de savoir que j'allais retrouver le chien et le chat et que je regarderais la t‚l‚vision. Lorsque je rentrai enfin, par chance, les parents n'‚taient pas l…. Ils avaient laiss‚ un mot pour me dire que j'‚tais charg‚e de garder Julia jusqu'… leur retour. Je comptais faire mon devoir d'histoire pour le lendemain, mais Julia m'en empˆchait en voulant sans cesse que je joue avec elle. Comme je ne pouvais pas travailler … c“t‚ d'elle, je me suis enferm‚e aux toilettes, pour r‚diger tranquillement mon devoir, la laissant toute seule dans le salon. Soudain, j'entendis un cri qui provenait du balcon du premier ‚tage. Je courus voir ce qui s'‚tait pass‚. Je vis d'abord sur le balcon un pot de fleurs renvers‚. Je regardai ensuite en bas dans la rue, et je vis des pompiers qui emmenaient Julia ensanglant‚e dans leur voiture. Je compris par la suite qu'elle avait d– grimper sur le pot de fleurs pour regarder les pompiers dans la rue, tr‚bucher, perdre l'‚quilibre et tomber par-dessus le balcon. Je suis rest‚e bˆtement plant‚e l… … regarder la scŠne sans savoir quoi faire. Quelques minutes plus tard, øFranck et Lydia rentrŠrent. Je leur appris aussit“t ce qui s'‚tait pass‚ et pendant que Lydia pleurait et criait en m'accusant, øFranck courut au t‚l‚phone pour appeler l'h“pital le plus proche. On lui annon‡a que Julia s'‚tait cass‚ les deux jambes. Je m'en voulais terriblement de cet accident : c'‚tait ma faute puisque je n'avais pas surveill‚e Julia et les parents ne cessaient de me le reprocher. Je me sentais trop coupable. Ce n'‚tait plus possible que je vive dans cette famille et je d‚cidai de la quitter d‚finitivement. J'eus l'id‚e d'appeler l'assistante sociale de l'h“pital o— j'avais s‚journ‚ et je lui racontai mon problŠme. Quelques heures plus tard, elle arrivait … la maison. Nous nous installƒmes avec øFranck et Lydia dans le salon pour discuter. - Je ne me plais pas ici, je me dispute trop souvent avec Julia et en plus je ne sais pas la garder. Je veux partir. - Mais øCamille, nous t'aimons bien, tu ne dois pas t'en aller comme ‡a ! - Si øCamille ne se sent pas bien ici, elle peut aller dans un foyer. Ce sera mieux pour elle. - Si tel est ton voeu, r‚pondirent les parents, tu peux partir øCamille. Mais nous ne t'oublierons pas. L'assistante sociale m'aida … faire mes bagages. Quand tout fut r‚gl‚, elle me conduisit dans un foyer en attendant de me trouver une nouvelle famille. CHAPITRE VII Une fois arriv‚es au foyer, l'assistante sociale me demanda si je ne voulais pas changer d'avis et me dit qu'il ‚tait encore temps que je retourne dans mon ancienne famille. Je lui r‚pondis que je ne reviendrais jamais chez øFranck et Lydia. A ce moment, entra une femme habill‚e en noir et blanc. - Bonjour øCamille. Je m'appelle øAng‚la et je vais te pr‚senter … notre directrice. La directrice ‚tait une personne ƒg‚e qui avait l'air s‚vŠre. Elle m'explique au moins pendant une demi-heure qu'il fallait respecter le rŠglement, ˆtre polie avec tout le monde et ne jamais faire de mal … personne. L'assistante sociale me quitta alors : - Ne t'inquiŠte pas øCamille, je te laisse entre de bonnes mains et je vais bient“t, j'espŠre, te trouver une nouvelle famille. Je suivis øAng‚la qui me montra ma chambre. C'‚tait une piŠce petite, de couleur claire. Je vis tout de suite qu'il y avait trois lits et au fond une grande armoire. øAng‚la ouvrit l'une des portes et me dit : - Tu mettras tes affaires l… ici en haut … gauche. Elle me pr‚senta ensuite øBetty et Val‚rie, mes compagnes de chambre et nous laissa seules. - Je te pr‚viens, øCamille, que tu n'as pas int‚rˆt … laisser traŒner tes affaires n'importe o— et … nous accuser ensuite de les avoir vol‚es. - Val‚rie, laisse-la tranquille : øCamille arrive juste et toi tu lui as dict‚ la loi ! - Tu es gentille, øBetty. De toute maniŠre je rangerai mes affaires. On frappa … la porte. C'‚taient øIsabelle et ses amies qui venaient faire ma connaissance. Malgr‚ ce mauvais d‚but, cet endroit ‚tait mille fois mieux que celui o— je vivais avant. Il n'y avait pas de filles comme Julia pour se disputer sans cesse avec moi. Oh, il y en avait bien quelques-unes avec lesquelles je me querellais parfois mais c'‚tait bien moins grave. Au fil des jours je m'habituai. L'emploi du temps ‚tait toujours le mˆme : lever … six heures chaque matin, puis toilette et petit d‚jeuner et enfin d‚part pour l'‚cole. J'allais … l'‚cole du quartier et je faisais le trajet avec øBetty. Le soir aprŠs l'‚cole, nous devions travailler avant le dŒner. Ensuite nous pouvions nous rendre … la salle de jeux, ou … la bibliothŠque, ou encore dans la piŠce o— se trouvait la t‚l‚vision. Enfin venait le moment que j'aimais le plus : pendant que Val‚rie restait en bas, je me retrouvais avec øBetty dans notre chambre o— nous discutions tard en toute confiance. L'assistante sociale t‚l‚phonait assez souvent au foyer pour prendre de mes nouvelles. Elle me disait qu'elle continuait … me chercher une nouvelle famille mais qu'elle ne l'avait pas encore trouv‚e. Elle me donna des nouvelles de Julia qui ‚tait rentr‚e chez elle et allait beaucoup mieux mais qui ne voulait plus me voir. C'‚tait r‚ciproque. Un mois passa ainsi paisiblement. Or un matin, alors que j'‚tais dans ma chambre en train de lire, on frappa … ma porte... CHAPITRE VIII L'assistance sociale entra : - Coucou øCamille, j'ai une nouvelle famille pour toi. Je restai silencieuse parce que j'attendais impatiemment qu'elle me donne des renseignements suppl‚mentaires. - Tu vas ˆtre surprise de connaŒtre le nom de la personne qui va t'adopter. Cette personne a mis du temps … se d‚cider mais je crois qu'elle a pris une bonne r‚solution. - Qui est ce ? - Tu connais bien cette personne. - Mais qui est-ce ? - Je suis s–re que tu ne te doutes pas de qui il s'agit... Je me mis … crier : - Mais qui est-ce donc ? Tout le monde devait se demander ce qui se passait tellement j'avais cri‚ fort. L'assistante ‚clata de rire et me r‚pondit: - øCamille, c'est moi qui vais t'adopter ! Alors l…, je restai bouche-b‚e car je ne m'attendais pas … cela. Comme je ne savais pas quoi dire, je r‚pondis comme une idiote : - Ah bon ? - Demain samedi tu viendras avec moi pour voir si tu te plais chez moi. - D'accord, Madame. - øCamille, si nous devons vivre ensemble, ne m'appelle plus "Madame", appelle-moi øAnn. Je ne savais toujours pas quoi dire : j'‚tais trŠs contente de cette bonne nouvelle mais en mˆme temps je n'‚tais pas trŠs rassur‚e et je me demandais si tout allait bien se passer. Le lendemain samedi, øAnn vint me chercher au foyer. Comme le voyage durait longtemps, je commen‡ais … avoir mal au coeur et je vomis sur la belle banquette en cuir de la voiture juste avant l'arriv‚e. øAnn habitait dans une trŠs grande maison avec un immense jardin. A notre arriv‚e, le reste de la famille vint nous accueillir. Mais avant tout, øAnn me conduisit dans la salle de bains pour que je me lave ! Pendant ce temps, des jus de fruits et des biscuits ‚taient pr‚par‚s sur la terrasse du jardin. øAnn me pr‚senta ses enfants, øKelly et Nathan ƒg‚s de vingt et de dix-sept ans, ainsi que son mari Steve qui me parut trŠs sympathique. Ce week-end fut merveilleux et cela faisait longtemps que je ne m'‚tais pas autant amus‚e. Le samedi midi on pique-niqua dans le jardin puis nous nous baignƒmes dans la piscine que poss‚dait la famille. Le soir venu, aprŠs un excellent barbecue, on me donna du poisson et des pommes de terre cuites sous la cendre. Nous fŒmes une balade au clair de lune dans la forˆt. Le lendemain nous partŒmes nous promener en barque et avant que øAnn me raccompagnƒt au foyer, nous allƒmes au cin‚ma. DŠs que je rentrai dans ma chambre au foyer, je m'allongeai sur mon lit pour r‚fl‚chir. Certes øBetty allait me manquer mais j'‚tais impatiente de retourner pour toujours chez øAnn et Steve dans cette maison o— je me sentais chez moi. CHAPITRE IX Soudain le t‚l‚phone sonne. - Va d‚crocher, øOlivier, dit øCamille. - J'espŠre que c'est Mamie øAnn, s'‚cria Leslie. - Tais-toi Leslie ! Continue, s'il te plaŒt, Maman. - Rasseyez-vous les enfants. De toute maniŠre, j'ai bient“t fini... C'‚tait d‚cid‚ ! Steve et øAnn allaient m'adopter. Les d‚marches d'adoption me parurent durer une ‚ternit‚ et il fallut … peu prŠs trois mois pour que l'adoption soit d‚finitive. J'ai grandi comme dans un rˆve heureux mais je n'ai jamais r‚ussi … oublier ces ann‚es de mon enfance. J'ai connu votre pŠre … vingt ans, lors d'une soir‚e organis‚e pour les vingt-cinq ans de votre oncle øNathan. Nous nous sommes mari‚s l'ann‚e d'aprŠs et je d‚cidai de retourner en øFrance pour rechercher quelques membres de ma famille d'origine ; mais je me posais beaucoup de questions : comment pourrais-je reconnaŒtre quelqu'un ? Cela faisait si longtemps .... Peut-ˆtre aussi certains d'entre eux ne se souviendraient-ils pas de moi ? Mes questions ‚taient en fait inutiles : je n'ai retrouv‚ qu'une vieille tante de 71 ans que je connaissais … peine. Nous repartŒmes pour les Etats-Unis et quelque temps plus tard, Leslie, tu vins au monde. Deux ans aprŠs, ce fut ton tour, øBenjamin. Trois ans plus tard, øAlexandre, tu es arriv‚ dans notre famille. Et enfin, il y a quatre ans que tu es n‚e, Caroline. - Moi aussi, s'‚cria Alexandre, quand je serai grand, j'adopterai un enfant et puisque je serai ‚crivain, je publierai ton histoire, Maman ! øFIN