Grammaire : Chapitre 2

Discours et récit

 

On oppose souvent deux catégories de textes appelées discours et récit.

 

I) Le discours

En grammaire, le mot discours ne désigne pas, comme en français courant, une allocution prononcée devant un public, mais un ensemble d'énoncés dans lesquels l'auteur ou le locuteur intervient en disant "je", exprime ses idées, ses opinions, ses sentiments. Par exemple, un article de presse où l'auteur s'implique directement sera un discours, de même qu'une confession ou des mémoires.

 

Le discours se caractérise en général de la manière suivante :

 

a) la première personne du singulier représente le locuteur, qui s'adresse à son interlocuteur en employant la deuxième personne (singulier ou pluriel), ou parle de personnes absentes en utilisant la troisième personne.

 

b) le temps de référence est le présent de l'indicatif, moment où parle le locuteur. Les temps du passé (surtout le passé composé) ou du futur, éventuellement employés, se réfèrent à ce présent.

 

c) "ici" et "maintenant" servent de repères spatio-temporels : le locuteur se trouve "ici" et parle "maintenant".

 

Exemple de discours direct : dans un devoir, un élève exprime son opinion en employant la première personne du singulier : "je pense que..."

 

On dit donc que le discours est en situation, c'est-à-dire qu'il implique celui qui parle : tout s'organise par rapport à lui.

 

 

II) Le récit

 

Le récit rapporte des faits réels ou imaginaires sans que le locuteur intervienne directement dans leur déroulement. On trouve des récits aussi bien dans des romans que dans des articles de journaux qui relatent des faits divers.

 

Le récit se caractérise en général de la manière suivante :

 

a) La troisième personne (du singulier ou du pluriel) est la personne de référence.

 

b) le temps de référence est le passé (imparfait ou passé simple). Les autres temps se situent par rapport à ce passé (on emploiera par exemple un plus-que-parfait pour parler d'une action antérieure, un futur antérieur ou un futur dans le passé pour parler d'une action postérieure).

 

c) le lieu et le temps de référence ne peuvent pas être "ici" et "maintenant" ; on dira "à cet endroit", "là", et "à ce moment", alors"... Les autres notations prennent leur sens par rapport à ces mots. Par exemple : "là", "plus loin" ; "à ce moment", "auparavant", "par la suite"...

 

 

 

Exemple de récit : "En 1980, un orage dévasta toutes les cultures de la région ; l'année suivante, au même endroit, c'est la sécheresse qui provoqua des dégâts considérables. Les habitants savaient qu'il faudrait attendre longtemps avant que la vie reprenne un cours normal après ces deux catastrophes."

 

On dira donc que le récit n'est pas en situation, parce qu'il n'implique pas le narrateur.

 

 

III) Le discours rapporté

 

À l'intérieur d'un récit, le discours rapporté permet d'insérer les paroles des personnages. L'auteur peut les rapporter de trois manières : en style direct, en style indirect, en style indirect libre.

 

1. Le discours direct

Il rapporte des paroles sous la forme exacte où elles ont été prononcées. Il se caractérise de la manière suivante :

 

a) il est annoncé par une ponctuation forte (deux points ou point) et souvent encadré par des

guillemets.

b) s'il y a un dialogue, un tiret de dialogue annonce l'intervention de chaque interlocuteur et un

verbe en incise (dit-il, déclara-t-elle...) précise qui parle.

c) les temps, les personnes, les adverbes de temps et de lieu sont ceux du discours : présent de

l'indicatif comme référence ; "je" ; "ici", "maintenant".

 

Voici un exemple de discours direct emprunté à {Flaubert (Madame Bovary)} :

 

Rodolphe brusquement prit un sentier, entraînant Madame Bovary ; il cria :

- Bonsoir, monsieur °Lheureux ! Au plaisir !

- Comme vous l'avez congédié, dit-elle en riant.

- Pourquoi, reprit-il, se laisser envahir par les autres ? et puisque aujourd'hui j'ai le bonheur d'être

avec vous...

°Emma rougit.

 

L'intérêt du discours direct est de restituer les propos dans leur spontanéité et d'en conserver ainsi toute la portée.

 

2. Le discours indirect

Il rapporte des paroles en les modifiant pour les intégrer dans une phrase de récit. Il se caractérise de la manière suivante :

 

a) il est introduit par un verbe de déclaration ou d'interrogation (dire, demander...). Le plus souvent, ce verbe introducteur est à un temps du passé.

 

b) si le verbe introducteur est un verbe déclaratif, le discours indirect est formé de subordonnées conjonctives introduites par $que. Si le verbe introducteur est un verbe interrogatif, le discours indirect est formé de subordonnées interrogatives (ou interrogations indirectes).

Exemple : °Pierre dit : "je travaille" ; °Pierre dit qu'il travaille.

°Pierre demande : "°Jean, veux-tu venir avec moi ?" ; °Pierre demande à °Jean s'il veut

venir avec lui.

 

c) Les pronoms personnels de première et de deuxième personnes du style direct deviennent tous des pronoms de troisième personne.

 

d) Les temps et les modes utilisés obéissent à des règles de concordance des temps, selon le modèle suivant :

°Pierre promet à °Jean : "je viendrai si je le peux".

°Pierre promet à °Jean qu'il viendra s'il le peut.

°Pierre a promis à °Jean qu'il viendrait s'il le pouvait.

°Pierre dit : "je suis fatigué ; j'ai beaucoup marché."

°Pierre dit qu'il est fatigué et qu'il a beaucoup marché.

°Pierre disait qu'il était fatigué et qu'il avait beaucoup marché.

 

e) Enfin, les marques de temps et de lieu sont le plus souvent modifiées au discours indirect. Ainsi, on ne dit plus "aujourd'hui", mais "ce jour-là" ; on ne dit plus "ici", mais "à cet endroit"...

 

Le discours indirect a pour intérêt de créer une distance entre le locuteur et les propos qu'il rapporte. Cette distance peut suggérer la désapprobation, le doute, ou simplement la prudence, lorsqu'on n'est pas vraiment sûr de la véracité des propos que l'on rapporte.

 

 

3. Le discours indirect libre

 

C'est un intermédiaire entre le discours direct et le discours indirect. Les paroles sont modifiées selon les règles du discours indirect, mais elles ne sont pas introduites par des mots subordonnants. Le discours indirect libre est introduit par des verbes de déclaration, d'interrogation ou encore de sentiments (s'indigner, se lamenter, s'étonner...). Une proposition indépendante fait suite à ces verbes introducteurs.

 

Exemple : Elle s'indignait : elle allait encore devoir apprendre cette leçon de grammaire et se faire ensuite interroger. Quelle horreur ! Si seulement son professeur voulait bien tomber malade le lendemain...

 

Le discours indirect libre a pour intérêt de rendre un texte plus léger que le discours indirect, tout en gommant la spontanéité parfois un peu brutale du discours direct. Mais il est plus difficile à manier que les deux formes de discours précédentes.

 

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