Don Juan

Acte I

 

Introduction

Rappel de notions fondamentales

Les actes : dans le théâtre classique l'acte est caractérisé par un lieu scénique particulier et constant. Une pièce classique comporte trois ou cinq actes, divisés chacun en cinq ou six scènes (en moyenne) ; dans une pièce en cinq actes, chaque acte représente donc environ 20% de la pièce. Entre chaque acte est ménagé un entracte : les différents moments du spectacle sont ainsi rigoureusement équilibrés, à la fois au nom d'un idéal de perfection et pour conserver l'attention soutenue du public.

Les scènes : un changement de scène correspond à l'arrivée ou au départ d'un ou plusieurs personnages sur la scène. Ce changement correspond aux nécessités d'écriture : changement de registre de langage, de style... Les allées et venues des personnages sont indiquées dans le texte, soit par l'intermédiaire de didascalies, soit dans les propos tenus par un personnage. D'une scène à l'autre existent ainsi deux types de liaison : les liaisons d'arrivée (les plus fréquente, propices à la modification d'une situation) et les liaisons de départ.

 

 

Analyse successive des scènes de l'acte I

 

Scène 1 : Sganarelle et Gusman

Le rideau se lève sur une conversation déjà en cours : ceci donne au spectateur l'illusion de la réalité, en supprimant toute impression de temps mort. Un procédé que Molière utilise dans d'autres pièces comme Le Misanthrope ou Le Malade Imaginaire. Pour renforcer cette illusion, on peut imaginer une mise en scène qui nous permette d'écouter les premiers propos échangés avant que le rideau ne se lève.

D'emblée, l'atmosphère est celle de la comédie : l'éloge du tabac n'est qu'une tirade bouffonne, parodie d'exercices de rhétorique à la mode latine.

Cette scène constitue une scène d'exposition dont la fonction est référentielle : le portrait de Dom Juan est brossé par son valet, homme du peuple : nous apprenons que le maître est jeune, marié, noble et séducteur ; nous obtenons des renseignements sur la situation initiale, sur les personnages principaux (et même sur Sganarelle dont nous mesurons la lucidité, le bavardage et la peur que lui inspire son maître) ; les obstacles à venir nous sont annoncés (avec la venue d'Elvire).

Dans ce jeu de questions-réponses, Gusman n'est qu'un prétexte : dans la fiction théâtrale, c'est l'interlocuteur de Sganarelle, mais c'est le spectateur qui est le véritable destinataire des propos du valet. Sganarelle, pourtant valet, est le seul personnage important de la scène : dans les comédies de Molière, il n'est pas rare qu'un subalterne occupe ainsi une position importante : il exerce un regard plus critique que ses maîtres ou leur sert de faire-valoir.

 

Scène 2 Sganarelle, Dom Juan

Après avoir parlé de son maître, Sganarelle va parler à son maître : c'est lui qui assure le lien entre les scènes et il constitue une sorte de pivot : nous voyons l'autre visage de Sganarelle (dans ses rapports directs avec son maître) et nous voyons Dom Juan, dont nous avons seulement entendu parler dans la scène précédente. La disparition de Gusman importe peu, puisqu'il n'était qu'un prétexte. Les rapports s'inversent : Sganarelle, qui dominait son interlocuteur à la scène 1, se voit dominé par Dom Juan : la taille des répliques est éloquente !

L'atmosphère de comédie est sauvegardée par le jeu de scène implicite de l'expression "je ne parle pas à vous".

Enfin, l'exposition continue au cours de cette scène : nous découvrons les rapports maître-valet ;nous obtenons des informations précises sur les intentions de Dom Juan ; nous assistons à une ébauche de la théorie de Dom Juan sur l'amour ; nous entendons enfin parler de la menace du commandeur.

La liaison avec la scène suivante se fait par les didascalies, mais elle est annoncée également dans le texte.

 

Scène 3 Elvire, Dom Juan, Sganarelle

Sganarelle est décidément le pivot de cet acte ; nous le voyons dans un nouveau rapport de forces, face au couple que forme Dom Juan et Elvire. Rapidement, le couple se défait aux yeux du spectateur : Dom Juan n'est pas le maître est, dans un jeu de scène bouffon, il forme un duo de comédie avec son valet, tandis que le personnage d'Elvire gagne en densité.

L'atmosphère et les rythmes sont ainsi différents selon les personnages :

Dom Juan et Sganarelle procèdent à un échange verbal superficiel, au rythme rapide, appuyé par de nombreuses didascalies qui soulignent le jeu de scène.

D'un autre côté, Dom Juan et Elvire emploient des champs lexicaux apparentés (l'amour, le ciel, la vengeance pour Elvire), mais avec des tournures syntaxiques, des rythmes et des ponctuations opposés (les phrases sont particulièrement hachées chez Elvire).

Cette scène marque la fin de l'exposition. Nous connaissons le caractère d'Elvire ; nous découvrons un nouveau trait du caractère de Dom Juan, son hypocrisie.

Cette fin d'acte n'est pas conforme à la tradition : elle est marquée par la sortie successive des personnages.

 

 

Synthèse sur l'acte

 

Situation : Dom Juan repousse définitivement sa femme ; il évoque le meurtre du commandeur ; il nous montre ses moeurs et son caractère. Les obstacles possibles sur sa route sont représentés par la famille d'Elvire et Elvire elle-même, ainsi que par la famille du commandeur.

Nous voyons l'importance physique que revêt le personnage de Sganarelle, toujours présent, mais avec des rôles différents (critique, valet aux mains de son maître, ahuri, atterré) ; nous découvrons l'insouciance et l'assurance de Dom Juan, et la résolution d'Elvire qui veut à tout prix tirer vengeance de son mari.

 

Conclusion

Cet acte constitue un acte d'exposition classique ; les passages comiques y alternent avec d'autres plus sérieux, où les personnages se livrent à leurs réflexion : Don Juan n'est pas une comédie bouffonne.

Le suspense est ménagé pour le spectateur captivé, puisque l'acte se termine sur un projet du personnage qui s'est attiré la sympathie du public (Elvire).

 

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