L'identit‚ des personnages dans :$L'#‚cole des $Femmes de MoliŠre Introduction Dans cette com‚die de MoliŠre, comme dans toute piŠce du th‚ƒtre classique, tous les personnages sont nomm‚s sans ambigu‹t‚ et leurs liens de famille ou d'amiti‚ sont clairement d‚finis, y compris dans la liste qui pr‚cŠde le texte imprim‚. Toutefois, en examinant la piŠce, on se rend vite compte qu'il est moins facile qu'il n'y paraŒt de prime abord de connaŒtre pr‚cis‚ment l'identit‚ de certains de ces personnage. Tour ... tour, le spectateur s'aper‡oit qu'elle peut ˆtre modifi‚e, dans une recherche de statut social, masqu‚e pour exercer une pression d'ordre psychologique, et enfin r‚v‚l‚e pour ob‚ir aux rŠgles de la progression dramatique. I) L'identit‚ achet‚e : la marque d'un statut social Arnolphe est sans doute le personnage masculin le plus c‚lŠbre de la piŠce. C'est un bourgeois ambitieux qui cherche toujours ... dominer autrui et ne se satisfait pas de sa condition sociale. Son nom, premiŠre marque d'appartenance ... la classe bourgeoise, ne lui suffit donc pas : il en achŠte un autre, qui lui permette ainsi de s'anoblir et veut d‚sormais n'ˆtre que Monsieur de la Souche. Son ami Chrysalde, pourtant, ne s'y trompe pas : d'instinct, il appelle Arnolphe par son v‚ritable nom et lui reproche son extravagance dŠs la premiŠre scŠne de l'acte I : "Qui diable vous a fait aussi vous aviser, #... quarante et deux ans, de vous d‚baptiser, Et d'un vieux tronc pourri de votre m‚tairie Vous faire dans le monde un nom de seigneurie ?" Pour Chrysalde, quitter le nom de ses ancˆtres, mode dont il critique la vanit‚, constitue mˆme une insulte ... leur ‚gard, mais Arnolphe ne supporte aucune critique ... ce sujet. "... de la Souche est le nom que je porte", insiste-t-il avec une certaine emphase. Pourtant, le spectateur ne s'y trompe pas : la particule qu'a achet‚e Arnolphe n'y changera rien, pas plus que le vocabulaire grandiloquant de ses monologues : il reste un bourgeois m‚diocre et ridicule, un personnage de com‚die qui ne peut acc‚der ... la noblesse des personnages tragiques. Mˆme le jeune Horace, sans le savoir, nie la r‚alit‚ de cette identit‚ en butant sur le nom du pŠre de celle qu'il aime (acte I scŠne 4) : "C'est, je crois, de la Zousse ou Souche qu'on le nomme, Je ne me suis pas fort arrˆt‚ sur le nom". II) L'identit‚ cach‚e : la pression psychologique ParallŠlement ... ses efforts pour acc‚der ... la noblesse, Arnolphe a tout fait pour voler ... AgnŠs sa propre identit‚ : il lui a toujours fait croire qu'elle est d'origine paysanne, d'un "vil ‚tat de pauvre villageoise" (acte III, scŠne 2), et que sa mŠre, "de pauvret‚ press‚e" (acte I scŠne 1) l'a vendue. De cette maniŠre, Arnolphe s'est "mitonn‚e" la petite fille depuis sa petite enfance (il l'‚lŠve depuis qu'elle a 4 ans) jusqu'... ce qu'elle soit en ƒge de se marier. Il exerce un v‚ritable chantage sur la jeune fille en lui affirmant qu'elle lui est entiŠrement redevable et qu'elle ne peut donc se soustraire ... ses exigences. Plus encore, il pr‚tend que par ce mariage, AgnŠs connaŒtra un statut social sup‚rieur ... celui de sa naissance : double mensonge que le spectateur comprendra lorsqu'il apprendra de qui elle est la v‚ritable fille. Mais AgnŠs ne peut connaŒtre la v‚rit‚ sans une aide ext‚rieure qui lui fera d‚faut jusqu'... l'acte V et Arnolphe reste tranquille (acte III, scŠne 3) : "Ainsi que je voudrai, je tournerai cette ƒme ; Comme un morceau de cire entre mes mains elle est, Et je lui puis donner la forme qui me plaŒt." Au-del... de la personnalit‚ d'AgnŠs, c'est l'identit‚ f‚minine qu'il r‚cuse en g‚n‚ral : une femme qui cesse d'ˆtre un objet model‚ ... son gr‚ devient pour lui "un diable en intrigue" (acte III scŠne 3). Plus encore, c'est une autre marque de sa propre identit‚ qu'il refuse ainsi d'envisager, celle du cocu qu'il serait ... coup s-r s'il ‚pousait AgnŠs. III) L'identit‚ r‚v‚l‚e : les ressorts dramatiques de la piŠce Un tel comportement ne fait guŠre sourire. Face ... cet homme AgnŠs n'a pas le choix si quelque bonne f‚e ne vient ... son secours : elle ne survivra pas ... la vie conjugale qu'il lui impose de mener. Comme le craint Georgette (acte V scŠne 8), "Elle se pourrait bien jeter par la fenˆtre." Mais que le spectateur se rassure : ce n'est qu'une com‚die et la f‚e n'est pas loin... MoliŠre va d'abord nous faire rire par le quiproquo qui s'instaure entre Horace et Arnolphe : le jeune homme ignore la double identit‚ de l'ami de son pŠre et c'est tout naturellement qu'il va confier ... son rival ses amours avec AgnŠs. Tour ... tour, le spectateur s'effraie de ces confidences si na‹ves et si dangereuses, puis applaudit l'ing‚niosit‚ avec laquelle les deux jeunes gens ‚changent des messages dans un pot de fleurs ou s'embrassent ... la faveur de quelques coups de bƒton. Pourtant, la derniŠre p‚rip‚tie rend la situation p‚rilleuse : Horace, spontan‚ment, remet AgnŠs entre les mains d'Arnolphe pour la sauver, croyant "maintenant dormir en assurance" (acte V scŠne 3). Arnolphe jette le masque devant AgnŠs mais le carnaval continue pour Horace. Il faut donc une r‚v‚lation officielle, ‚manant d'une source ext‚rieure. C'est ... l'extrˆme fin de la piŠce qu'apparaissent les personnages d'Oronte et d'Enrique, dont le seul r"le est de constituer le {Deus ex machina} n‚cessaire pour que nous restions dans un climat de com‚die. AgnŠs se trouve donc en possession de sa v‚ritable identit‚ : elle est (acte V scŠne 9) "La fille qu'autrefois de l'aimable Ang‚lique Sous des liens secrets eut le seigneur Enrique" Sa position sociale n'a plus rien ... envier ... celle d'Arnolphe, f-t-il Monsieur de la Souche, nom dont d‚sormais on peut, avec Chrysalde, lui accorder la jouissance sans h‚sitation. Conclusion Tout au long de la piŠce, MoliŠre nous invite donc ... une r‚flexion sur l'opposition entre apparence et r‚alit‚ en ce qui concerne l'identit‚ de ses personnages et, par cons‚quent, la sinc‚rit‚ des relations qu'ils entretiennent. Cette question joue un r"le moteur dans le d‚roulement de l'intrigue de :$L'#‚cole des $Femmes. Ce thŠme du masque occupe ‚galement une place importante dans d'autres piŠces de MoliŠre ($øTartuffe, par exemple, ou encore $Le $Misanthrope) et lui permet de traiter d'autres sujets, comme l'hypocrisie religieuse ou la sinc‚rit‚ dans les relations sociales et affectives.