Techniques littéraires
L'énonciation
Première partie : Cours
"Énoncer" signifie, selon le dictionnaire Robert, "Exprimer en termes nets, sous une forme arrêtée (ce qu'on pense, ce qu'on a à dire)".
L'acte d'énonciation est donc la formulation écrite ou orale d'une pensée, d'un sentiment... du locuteur (celui qui écrit ou qui parle) vers un destinataire (celui qui lit ou qui écoute).
Locuteurs et destinataires peuvent être clairement nommés dans le texte ou dans le propos par des marques d'énonciation ; parfois, au contraire, celles-ci ne sont pas explicites. La première démarche, pour le comprendre, consiste donc à repérer ces marques, en cherchant en particulier qui parle (ou écrit), à qui, où et quand.
A) Qui parle à qui ?
1. Les indices ou repères personnels
Les pronoms personnels de première et deuxième personnes sont les pronoms de la présence. Dans la communication orale, on comprend facilement ce qu'ils désignent. Dans la communication écrite, on rencontre ces pronoms de la présence dans les lettres et dans les discours rapportés (voir dans la suite du cours).
Les pronoms personnels de troisième personne sont les pronoms de l'absence. On les rencontre dans la plupart des récits.
Attention : le pronom on peut revêtir plusieurs significations ; selon les cas, il équivaut à :
- quelqu'un ;
Exemple : On a sonné à la porte : je vais ouvrir.
- tout le monde ;
Exemple : On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
- un pronom personnel de première ou deuxième personne :
Exemple : On va manger ! On se tait, au fond de la classe ! (Nous allons manger ; taisez-vous, au fond de la classe !).
2. Les marques de jugement et de sentiments ; les modalisations
Il est rare qu’un texte soit neutre ; le locuteur peut exprimer par des "modalisateurs" sa certitude ou son incertitude, la vérité ou la fausseté des propos qu'il rapporte. Parmi les modalisateurs figurent des adverbes (certainement, peut-être, sans doute...) ou des verbes (croire, douter, ignorer...).
Le locuteur peut aussi exprimer son impression ou son jugement. Il utilisera pour cela des adjectifs péjoratifs ou mélioratifs (bon, mauvais, beau, laid...), des noms (chauffard, type, génie...) ou tout autre mot ou suffixe affectif ou évaluatif (interjections, phrases exclamatives ou interrogatives...)
B) Où et quand parle-t-on ?
1. Les indices de lieu et de temps
Le locuteur peut utiliser des indices de lieu ou de temps par rapport à lui-même : ici, devant moi... ; maintenant, hier, demain....
D'autres repérage de lieu et de temps sont indépendants de la situation d'énonciation.
- Ils peuvent être objectifs. Exemple : à Rome en 753 avant J.C.
- Ils peuvent être relatifs, c'est-à-dire se rapportant à un lieu où à une date figurant dans l'énoncé. Exemple : non loin de là, la veille.
2. Les formes verbales
- Le présent exprime un événement qui coïncide avec le moment de l'énonciation ;
- le passé composé, le passé simple et l'imparfait, des événements antérieurs au moment de l'énonciation ;
- le futur simple un événement postérieur au moment de l'énonciation.
- Les autres temps (plus-que-parfait, futur antérieur...) situent les événements les uns par rapport aux autres et non par rapport au moment de l'énonciation.
C) Sous quelle forme parle-t-on ?
1. Le récit
Dans cette forme d'énonciation, le locuteur semble s'effacer derrière un narrateur (qui peut être un des personnages du récit). La personne la plus employée est la troisième ; le temps privilégié est le passé (passé simple et imparfait). Il est rare que les indices spatio-temporels fassent référence au lieu et au moment de l'énonciation ; ce sont essentiellement des indices relatifs qui sont employés. Certains récits présentent des marques de jugement du locuteur, mais c'est une situation assez rare.
2. Le discours
En général, dans un discours, le locuteur fait entendre clairement son opinion. Il arrive néanmoins que le discours se veuille objectif (par exemple lors d'exposés de nature scientifique), ou cherche à le paraître (dans ce cas, le point de vue du locuteur est implicite). Les marques spatio-temporelles font souvent référence au lieu et au moment de l'énonciation. Les pronoms personnels de la présence ponctuent le discours de manière plus ou moins fréquente, selon le sujet du discours.
De manière générale, dans un discours, on distingue deux pôles essentiels : le pôle narratif (qui concerne l’acte de raconter et de décrire) et le pôle argumentatif (qui concerne l’acte d’argumenter pour convaincre).
3. Le discours rapporté
Il existe trois manières de rapporter des propos.
a) Le style direct
Il rapporte, entre guillemets, le discours tel qu'il a été prononcé.
Exemple : Il m'a dit : "J'irai la voir demain ! Je le lui ai promis. Personne ne me l'interdira."
Cette forme de discours donne une impression d'authenticité et de vivacité.
b) Le style indirect
Il rapporte le discours sous la forme d'une proposition subordonnée introduite en général par un verbe de déclaration (dire, penser...). Les marques de personnes et de temps sont transformées. Il est possible de résumer les propos ou d'introduire un commentaire.
Exemple : Il m'a dit qu'il irait la voir lendemain, parce qu'il le lui avait promis, et que personne ne le lui interdirait.
Il m'a certifié qu'il irait la voir le lendemain pour tenir la promesse qu'il lui avait faite et m'a soutenu que personne ne le lui interdirait.
Cette forme de discours est assez lourde ; elle peut souligner les étapes de la réflexion qui s'organise peu à peu, voire avec difficulté.
c) Le style indirect libre
Il rapporte le discours sous forme de proposition indépendante, mais les marques de personnes et de temps sont celles du style indirect. En revanche, les marques du style parlé (discours direct) peuvent être conservées.
Exemple : Il avait parlé sans ambiguïté. Il irait la voir le lendemain ; il le lui avait promis et personne ne le lui interdirait !
L'emploi du style indirect libre permet de gagner en légèreté ; mais il est parfois difficile de discerner s'il s'agit vraiment de propos rapportés ou s'il s'agit d'un commentaire du narrateur, à l'intérieur d'un récit.