Techniques littéraires

L’énonciation

Deuxième partie

Applications

Exercice 1.

Dans les textes suivants, analysez la valeur du pronom on.

Texte 1

Ce qui était embêtant, c'est que le premier banc était tout plein d'encre, la maîtresse a dit alors qu'il fallait passer ce banc au dernier rang, là où on ne le verrait pas. On s'est mis au travail et ça a été une drôle d'affaire, parce qu'il fallait remuer tous les bancs et on s'amusait bien et l'inspecteur est entré avec le directeur.

Sempé Goscinny, Le Petit Nicolas

Texte 2

La perte d'un époux ne va point sans soupirs,

On fait beaucoup de bruit ; et puis on se console :

Sur les ailes du temps la tristesse s'envole,

Le temps ramène les plaisirs.

La Fontaine, Fables, "La jeune Veuve"

Texte 3

Lisette : On dit que votre futur est un des plus honnêtes hommes du monde ; qu'il est bien fait,

aimable, de bonne mine ; qu'on ne peut avoir plus d'esprit ; qu'on ne saurait être d'un

meilleur caractère ; que voulez-vous de plus ? Peut-on se figurer de mariage plus doux,

d'union plus délicieuse ? (...) Pardi ! tout en sera bon dans cet homme-là ; l'utile et

l'agréable, tout s'y trouve.

Silvia : Oui, dans le portrait que tu en fais, et on dit qu'il y ressemble, mais c'est un "on dit", et je

pourrais bien n'être pas de ce sentiment-là, moi.

 

Marivaux, Le jeu de l'amour et du hasard, I 1.

 

Exercice 2

Repérez de quelle manière l'auteur de chacune de ces phrases exprime son jugement.

 

a) La France est, je crois, le seul pays où on conserve jusqu'à dix ans de suite le bénéfice

financier d'avoir été admissible à certains concours. (J. Gracq)

b) Il semble, hélas, que l'affaire d'Hiroshima ait fait pour toujours table rase de ces derniers

chevaliers de la commune mesure. (J. Gracq)

c) L'attitude réaliste m'a bien l'air hostile à tout essor intellectuel et moral. (A. Breton)

d) J'ai grand peur que tout ceci ne soit que pure chicane. (Pascal)

e) Ces messieurs Breton et Aragon se seraient rendus insupportables en prenant des airs de haut

commandement. (Breton)

f) Il faut être ignoble pour rapporter un tel ragot. (Le Roman de Renart)

Exercice 3

Relevez les différents discours rapportés présents dans cet extrait :

 

La maîtresse de maison et sa servante ont été victime d'un vol et en parlent à leurs voisins.

Un fermier d'à côté leur offrit ce conseil : "Vous devriez avoir un chien".

C'était vrai, cela ; elles devraient avoir un chien, quand ce ne serait que pour donner l'éveil. Pas un gros chien, Seigneur ! Que feraient-elles d'un gros chien ! Il les ruinerait en nourriture. Mais un petit chien (en Normandie, on prononce "quin"), un petit freluquet de quin qui jappe. (...)

L'épicier de Roleville en avait bien un, un tout petit ; mais il exigeait qu'on le lui payât deux francs, pour couvrir ses frais d'élevage. Madame Lefèvre déclara qu'elle voulait bien nourrir un "quin", mais qu'elle n'en achèterait pas.

  Maupassant, Contes de la Bécasse, "Pierrot".

 

Exercice 4

Analysez les repères spatio-temporels qui figurent dans ce début de L'Étranger, de Camus.

 

Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile : "Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués." Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier.

L'asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d'Alger. Je prendrai l'autobus à deux heures et j'arriverai dans l'après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir.

Exercice 5

Quelles marques de jugement se discernent à travers cette description des environs de Montsou ?

Maintenant, Étienne dominait le pays entier. Les ténèbres demeuraient profondes, mais la main du vieillard les avait comme emplies de grandes misères, que le jeune homme, inconsciemment, sentait à cette heure autour de lui, partout, dans l'étendue sans bornes. N'était-ce pas un cri de famine que roulait le vent de mars, au travers de cette campagne nue ? Les rafales s'étaient enragées, elles semblaient apporter la mort du travail, une disette qui tuerait beaucoup d'hommes. Et, les yeux errants, il s'efforçait de percer les ombres, tourmenté du désir et de la peur de voir.

Tout s'anéantissait au fond de l'inconnu des nuits obscures, il n'apercevait, très loin, que les hauts fourneaux et les fours à coke. Ceux-ci, des batteries de cent cheminées plantées obliquement, alignaient des rampe de flammes rouges ; tandis que les deux tours, plus à gauche, brûlaient toutes bleues en plein ciel, comme des torches géantes. C'était d'une tristesse d'incendie, il n'y avait d'autres levers d'astres, à l'horizon menaçant, que ces feux nocturnes des pays de la houille et du fer."

Zola, Germinal

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