Classe de première
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Les figures de style
Les figures de style sont des ornementations qu'utilise l'auteur pour souligner son propos. Elles peuvent appartenir à différentes catégories, selon l'intention qu'elles révèlent, ou selon qu'elles portent sur le lexique utilisée ou sur la syntaxe choisie par l'auteur.
I) Les figures qui expriment une analogie ou qui opèrent une substitution
a) La comparaison
Elle fait apparaître clairement un lien entre deux éléments ; dans la comparaison apparaissent des termes de comparaison :
- soit des mots invariables : comme, ainsi, de même ;
- soit des adjectifs porteurs dont le sens implique la comparaison : tel ; semblable, pareil ;
- soit des adjectifs au comparatif : meilleur, pire ;
- soit des verbes dont le sens implique la comparaison : ressembler à, avoir l'air à.
On appelle le premier terme de la comparaison le comparant et le second terme le comparé.
Exemple : Luc ressemble à son père. Luc est comme son père. Luc est semblable à son père.
b) La métaphore
La métaphore est une comparaison dont le terme de comparaison a disparu. Elle suscite donc un effet de plus grande identité entre le comparant et le comparé.
Exemple : "Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois" (La Fontaine).
Si cette métaphore se poursuit dans le texte, on appelle cela une métaphore filée.
Si cette métaphore, à force d'être utilisée, a perdu son pouvoir suggestif et de son originalité, on appelle cela un cliché ; de nombreuses métaphores sont ainsi passées dans la langue courante sans qu'on prête désormais attention à la comparaison qu'elles suggèrent (exemple : un bourreau des coeurs ; la fleur de l'âge).
c) La personnification
Ce procédé de style consiste à donner à un animal ou à un objet les traits d'un être humain (caractéristique physique, comportement, trait de caractère, etc.). La Fontaine a beaucoup usé de ce procédé dans ses Fables, ne serait-ce qu'en faisant parler les animaux.
d) Le symbole et l'allégorie
Lorsqu'on utilise un symbole, on représente de manière concrète ce qui, normalement, reste abstrait (une idée, une notion). Ainsi peut-on dire que la colombe est un des symboles de la paix, ainsi que le rameau d'olivier. Lorsque ce symbole permet de représenter une idée sous les traits d'un être humain, on parle d'allégorie. Ainsi peut-on dire de Marianne qu'elle est l'allégorie de la République française.
e) La métonymie et la synecdoque
La métonymie est un procédé par lequel on emploie un mot pour un autre dont il fait comprendre le sens, ces deux mots entretenant entre eux un rapport de cause à effet, de sens abstrait à sens concret, etc.
Exemples : Je suis allée à Duroc (pour "je suis allée à l'INJA"). J'ai acheté une Renault (pour "une voiture de marque Renault). Je bois un verre (pour : "je bois le contenu de ce verre").
Lorsque le rapport qu'entretiennent ces deux mots est un rapport de contenant à contenu, on parle de synecdoque.
Exemple : "Et les voiles au loin descendant vers Harfleur" (Victor Hugo) : le terme "voile" est employé à la place du terme "bateau", dont font partie les voiles.
f) La périphrase
C'est un procédé qui consiste à désigner au moyen de plusieurs termes ce qu'on pourrait nommer grâce à un seul terme. En général, on emploie des périphrases lorsqu'on veut insister sur un caractère spécifique de ce qu'on veut désigner (parfois à des fins humoristiques ou ironiques).
Exemple : "mon voisin de table", pour désigner la personne qui se trouve assise à côté sans la nommer explicitement.
Un mouvement littéraire du XVII*me siècle, le mouvement précieux, a abusé des périphrases pour désigner les objets de la vie courante, jugeant que les mots habituels étaient trop "vulgaires". Molière a à son tour ridiculisé le adeptes de ce mouvement dans sa pièce, Les précieuses ridicules.
II) Les figures qui expriment une opposition
a) L'antithèse
L'antithèse apparaît dans une phrase (ou dans un groupe de phrase, voire dans l'ensemble d'un texte) lorsque des notions s'y opposent. Cette antithèse peut se manifester par le biais du lexique, de l'emploi des temps et des modes, du jeu sur les négations, des types de phrases utilisés, etc.
b) L'oxymore
C'est une figure qui consiste à unir dans une même expression deux termes de sens totalement opposé. Ces termes peuvent appartenir à la même classe grammaticale (deux noms, deux adjectifs, etc.) ou appartenir à des classes grammaticales différentes (un nom et un adjectif, par exemple). Ainsi Nerval parle-t-il du "soleil noir de la Mélancolie".
c) L'antiphrase
C'est un procédé assez souvent utilisé, même dans la conversation courante ; il consiste à exprimer le contraire de ce qu'on pense (tout en espérant que le locuteur ou l'un des locuteurs présents comprendra le procédé utilisé). Les antiphrases apparaissent fréquemment dans des énoncés ironiques.
Dans la conversation courante, il fréquent d'entendre des antiphrases comme : "Te voilà propre !", "C'est du beau travail !", pour qualifier un état de grande saleté de la personne ou de grande médiocrité (voire de nullité) du travail qu'on montre.
d) Le paradoxe
Étymologiquement, un paradoxe est une idée "contraire à l'opinion commune". L'emploi d'un paradoxe peut traduire la volonté de choquer ou au moins de surprendre, pour faire naître la réflexion sur un sujet donné. "Être fatigué de ne rien faire" est un propos paradoxal ; voici comment le traduit Boileau : "Le pénible fardeau de n'avoir rien à faire".
e) Le chiasme : voir IV) dans ce chapitre
III) Les figures qui expriment une amplification ou une atténuation
a) L'anaphore
C'est un procédé assez facile à identifier, puisqu'il consiste à répéter un même mot ou une même expression en début de phrase, de proposition ou de vers (en poésie). L'insistance est alors nettement perçue par le lecteur.
b) la gradation
Une gradation se rencontre en général lors d'une énumération : il s'agit alors de présenter des termes (ou des expressions) selon une progression croissante (dans la signification des termes, dans leur degré d'intensité, de dramatisation, etc.). Cyrano de Bergerac utilise ce procédé dans la célèbre "tirade du nez" dans l'expression suivante : "C'est un pic, c'est un cap, c'est une péninsule".
c) La litote
La litote est employée pour suggérer ce qu'on ne veut pas dire directement. On utilise alors souvent des tournures négatives pour transmettre un message en réalité affirmatif. Ainsi dit-on "ce n'est pas mal" d'un travail dont on reconnaît véritablement la qualité. Une litote très célèbre est celle que prononce Chimène au moment où elle congédie Rodrigue : "Va, je ne te hais point."
d) L'euphémisme
Un euphémisme est l'emploi d'un terme modéré pour rendre moins brutale qu'elle ne le serait une idée ou une réalité. Ainsi connaît-on l'épithète que s'attribue Obélix : "je suis un petit peu enveloppé". Dans un contexte tragique, on hésite parfois à dire de quelqu'un qui vient de mourir, "il est mort" ; on préférera dire, dans certains cas : "il nous a quittés."
e) L'hyperbole
L'hyperbole est une exagération dans les mots employés pour traduire une idée. Certaines hyperboles sont totalement passées dans le langage courant. Exemple : "Je meurs de faim !"
f) La prétérition
C'est une figure qui consiste à annoncer qu'on ne parlera pas de.. ce dont on va justement parler ! Beaucoup de gens utilisent des prétéritions dans la conversation courante, pour susciter la curiosité de leurs interlocuteurs. Ils commencent ainsi leur discours par "Je ne vous raconte pas comment...", "Je ne vous dirai pas que..." et "racontent" ou "disent" la suite.
g) La redondance ou le pléonasme
Une redondance est en général un faute de style (lorsqu'elle n'est pas volontaire). C'est une répétition de termes de sens équivalents dont l'un est donc superflu. Toutefois, elle peut créer un effet d'insistance pour le lecteur (à moins que l'auteur ne se moque de son personnage par ce biais !). Certains pléonasmes sont passés dans la langue courante, comme dans l'expression "je l'ai vu de mes propres yeux".
IV) Les figures qui font intervenir la construction de la phrase
a) Le chiasme
Un chiasme peut concerner quatre mots seulement comme il peut concerner l'ensemble de la structure de la phrase : deux groupes de mots (au minimum deux paires de mots) s'opposent quant au sens ; par ailleurs, chaque terme de chaque groupe est en parallèle avec un terme de l'autre groupe (en ce qui concerne la grammaire, le sens, le lexique, etc.) ; le chiasme joue donc à la fois sur l'opposition et sur le parallélisme entre les termes (chacun ayant à la fois un parallèle et un opposé dans l'autre groupe). Ainsi peut-on d'abord noter le chiasme suivant : "Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger" (Molière). Les termes "manger" et "vivre" sont répétés, mais leur ordre est inversé.
Plus complexe, voici un autre chiasme, de Victor Hugo :
"Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens
Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière."
Le chiasme consiste à établir un parallèle entre "flamme" et "lumière" (thème de la lumière) et entre "jeunes gens" et "vieillard" (thème de la destinée humaine, du temps qui passe). Par ailleurs, Hugo oppose la "flamme" des jeunes, fugace, à la "lumière" des vieillards, plus intense et plus durable. Le chiasme est rendu visible par l'emploi de "mais".
b) L'anacoluthe
Une anacoluthe est une rupture de construction (ce que, dans une copie d'élève on appellerait une faute de syntaxe !).
Une anacoluthe célèbre se trouve dans la syntaxe de ces deux vers de Baudelaire, extraits du poème L'albatros :
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
Une construction "classique" obligerait que le verbe ait pour sujet l'albatros, auquel renvoie le participe "exilé". Or, ce sont "les ailes" qui se trouvent sujet (pluriel) ; il y a donc rupture dans la construction, pour mieux rendre la difficulté que cet oiseau éprouve à "marcher" sur le sol, alors que son vol est si majestueux.
c) L'interrogation oratoire
Une interrogation oratoire (ou rhétorique) est une phrase interrogative dont le but n'est pas de poser une question, mais de donner un ordre de manière déguisée, ou de montrer un sentiment (étonnement, émotion, protestation, colère, etc.). Ce procédé est très souvent employé dans la conversation courante. Ainsi la question "Voulez-vous bien mettre le couvert ?", adressée par les parents à leurs enfants, équivaut-elle à un ordre (poliment exprimé). De même, la question "Comment ? Tu as réussi le concours ?" marque la surprise du locuteur.
d) L'asyndète
Une asyndète est une absence de liaison entre deux propositions, ce qui permet de suggérer de manière plus intense le lien supprimé. En voici un exemple : Tu n'as pas fait ton travail ; tu ne sortiras pas ce soir. (suppression de la conjonction "donc" ou de la ponctuation par les deux-points).
e) L'hyperbate
C'est une figure qui consiste à ajouter un élément à une phrase qui paraissait terminée. Elle permet de mettre cet élément en valeur. Voici un exemple : Il a un magnifique chien, et très bien dressé ("et très bien dressé" semble ajouté après une fin initiale de la phrase).
f) L'hypallage
C'est une figure qui consiste à attribuer à certains mots des qualités qui devraient normalement être attribuées à d'autres mots de la phrase. Néanmoins, l'hypallage ne peut pas prêter à confusion. Voici un exemple emprunté à Racine :
"Phèdre mourrait, Seigneur, et sa main meurtrière
Éteignait de ses yeux l'innocente lumière."
L'adjectif "innocent" devrait normalement être épithète du terme "yeux" et non du terme "lumière".
g) L'amphibologie
Il s'agit moins ici d'un procédé de style que d'une maladresse, du moins dans la plupart des cas, puisque l'amphibologie désigne une ambiguïté de sens due à une erreur de syntaxe ou à une confusion lexicale. Certains auteurs en jouent toutefois, pour créer des effets humoristiques en particulier. Ainsi en est-il de la phrase suivante : "J'ai acheté un rôti chez le boucher que j'ai fait cuire" (l'erreur est syntaxique : il faut déplacer "chez le boucher" et organiser la phrase de la manière suivante : J'ai acheté chez le boucher un rôti que j'ai fait cuire).
V) Les figures qui jouent sur les sonorités ou le sens des mots
a) L'assonance
Une assonance est une répétition d'un même son vocalique à l'intérieur d'un groupe de mots, d'une phrase, voire d'un ensemble de phrases. Voici un exemple d'assonance en "i" qui apparaît dans un vers de Phèdre, de Racine :
"Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire."
b) L'allitération
Une allitération est une répétition d'un même son consonantique à l'intérieur d'un groupe de mots, d'une phrase, voire d'un ensemble de phrases. Ainsi, dans le vers suivant de Baudelaire, on peut noter une prédominance du son "r" :
"Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé".
c) L'homéotéleute
Par ce procédé, on rapproche les sonorités finales de deux ou plusieurs mots. On utilise particulièrement les homéotéleutes pour les slogans publicitaires ou politiques, ainsi que dans les titres de la presse.
d) L'harmonie imitative
Ce procédé utilise l'assonance ou l'allitération de manière à imiter des bruits de la vie réelle. Un exemple célèbre nous est donné par Racine :
"Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ?" (allitération en "s").
e) L'onomatopée
Plus encore que l'harmonie imitative, l'onomatopée a pour but d'imiter des bruits de la vie réelle, notamment les cris des animaux et le bruit de certains objets familiers. Ainsi en est-il du "tic-tac" de la montre, du "cocorico" du coq ou du "croassement" du corbeau.
f) La paronomase
C'est un procédé qui consiste à rapprocher des paronymes dans une phrase. Des paronymes sont des termes de sons voisins, mais sans parenté de sens, comme "percepteur" et "précepteur", "incendie" et "incident". Il existe également des termes paronymes uniquement à l'oral, mais dont les différences orthographiques sont telles que toute confusion est levée à l'écrit, comme "ah, mère !" et "amer".
g) Le zeugma ou attelage
Ce procédé est employé en général avec les verbes qui peuvent avoir un sens propre et un sens figuré ; il consiste alors à unir deux compléments dont l'un renvoie au sens propre du verbe et l'autre à son sens figuré. Ainsi peut-on dire : "Il prit le paquet dans ses bras et ses jambes à son cou."