Les grandes lignes de l'histoire romaine
Quatrième partie
Le IIme et le Ier siècles avant J.C.
Sommaire de cette fiche
I) Politique extérieure
C'est essentiellement une politique de conquête
1. En Espagne
70 années de guerre contre les Carthaginois puis contre les Espagnols eux-mêmes aboutissent à la conquête de l'Espagne. Une date clé : 133, qui marque la prise de Numance par Scipion-Émilien. La majeure partie de l'Hispania devient dès lors province romaine.
2. En Asie
C'est le début de l'extension du pouvoir romain dans cette région du monde avec, en particulier, l'année 129, la création de la Province d'Asie qui comprend l'ancien royaume de Pergame, au sud de la Turquie actuelle, légué aux Romains dans un testament par le roi qui se trouvait sans héritier.
3. En Gaule
Après avoir "protégé" la cité de Marseille contre les attaques des Allobroges et des Arvernes, en 125, Rome remporte des victoires qui aboutissent à la fondation d'Aix en 122 et de Narbonne en 118. La Gaule narbonnaise est sous contrôle romain. De 113 à 101, Marius mène dans le sud de la Gaule des guerres contre les Cimbres et les Teutons.
4. En Grèce
Depuis 272, date de la prise de Tarente et de la défaite finale de Pyrrhus, les Grecs ont perdu tout contrôle du sol de la péninsule italienne.
En 200, Philippe V de Macédoine attaque la Grèce. Rome décide d'intervenir et Flamininus bat Philippe en 197. C'est le début d'une conquête progressive de la terre grecque par les Romains.
En 146, la Macédoine et la Grèce sont annexées et deviennent provinces romaines, malgré le soulèvement de la population organisé par la Macédoine.
5. En Afrique du nord
Cette région est essentiellement marquée par l'importante guerre que mena Marius contre Jugurtha, en Numidie, de 111 à 105.
La Numidie comprenait l'actuel Constantinois et quelques régions de l'actuelle Tunisie où vivaient des tribus berbères. Elle se situait donc dans la partie orientale du Maghreb et sa population était essentiellement nomade.
Au IIIme siècle furent constitués deux royaumes numides, bientôt unifiés par Massinissa qui sédentarisa ses sujets, pasteurs pour la plupart, et les convertit à l'agriculture.
C'était une civilisation qui voulait garder son indépendance mais restait très proche de Carthage. Une alliance fut conclue avec les Romains, mais sans assujettissement.
En 148, lors de la mort de Massinissa, Scipion Émilien préside au partage de la Numidie entre les trois fils du roi. À la mort des deux autres, seul Micipsa garde le pouvoir jusqu'en 118. Il lègue alors le royaume à ses deux fils et à son neveu Jugurtha. Ce dernier attaque et tue ses cousins successivement en 116 et 113, en bravant les ordres de Rome. C'est le début de la guerre, dont le déclenchement fut provoqué par le massacre de marchands italiens à Cirta, capitale de la Numidie.
De 109 à 108, Metellus remporta plusieurs victoires ; l'année suivante, ce furent des succès décisifs grâce à Marius. En 105, Jugurtha, capturé par Sylla, alors questeur, est mis à mort à Rome. La Numidie est alors confiée au gouvernement de rois vassaux de Rome.
II) Politique intérieure
L'équilibre social, déjà très précaire au IIIme siècle, se trouve complètement rompu.
Un afflux de blé à bas prix fait s'endetter les petits agriculteurs. Les sénateurs rachètent alors les petits domaines et usurpent la plupart des terres de l'ager publicus, c'est-à-dire de territoires confisqués aux vaincus et appartenant à l'État qui les louait normalement aux paysans pour des périodes déterminées.
La classe des chevaliers s'enrichit tandis que le peuple connaît une misère croissante. Le clivage entre ces deux catégories sociales grandit d'année en année.
1. Les frères Gracchus
Tiberius, né en 163, et son frère Caius, né en 154, appartiennent à l'oligarchie sénatoriale et sont apparentés aux plus grandes familles de Rome, notamment à celle des Scipions. Ils reçoivent une éducation soignée, en particulier au contact des philosophes grecs. Leur choix politique (ils ont été tribuns de la plèbe) paraît curieux : on s'est demandé si leur attitude résultait d'une démarche sincère au service d'une cause démocratique ou s'ils ont agi en démagogues particulièrement habiles. Ils l'ont en tout cas payé chacun de leur vie
En 136 se déclenche une insurrection servile : il paraît alors urgent de rédiger des textes pour limiter les latifundia. En tant que tribun de la plèbe, Tiberius est chargé de leur rédaction. Il montre une conception nouvelle de la justice sociale en réclamant une redistribution de la propriété.
Devant la menace, les sénateurs, Scipion Nasica en tête, provoquent une rixe au cours de laquelle Tiberius et nombre de ses amis trouvent la mort.
Les textes ne sont pas votés, mais le parti reste vivant.
En 124, Caius, élu tribun à son tour, amplifie les projets de son frère. Il fait voter une loi frumentaire, qui exige la distribution de blé à prix réduit aux plus démunis. Plus encore, il demande que le recrutement du Sénat soit élargi, pour que les chevaliers, voire les plébéiens, y soient admis ; il veut également que les tribunaux politico-criminels soient confiés à la responsabilité des chevaliers.
Ces actions en faveur des chevaliers ont sans doute pour explication un souci d'alliance avec une classe politique enrichie et au pouvoir grandissant. Mais les sénateurs mènent une campagne de calomnie et une politique de surenchère : Caius est battu aux élections de 122. Il se retire alors avec ses amis sur le Capitole, mais une provocation l'oblige à tirer l'épée. La loi martiale est déclarée : elle causera près de 3000 morts.
Dès lors, la guerre civile paraît inévitable.
2. La première guerre des esclaves
De 136 à 132, le Syrien Eunus réunit environ 200 000 esclaves des latifundia de Sicile et réussit à les mener au combat contre Rome ; il prend lui-même le titre de roi et se retranche avec ses troupes à Enna et Tauromenium.
Mais la révolte échoue : les villes sont assaillies ; Eunus est fait prisonnier.
20 000 esclaves sont crucifiés.
3. Le gouvernement des sénateurs
Après la défaite des frères Gracchus, les sénateurs gouvernent de manière très autoritaire de 121 à 109.
La lutte politique entre les optimates, riches propriétaires fonciers qui soutiennent le Sénat, et les populares, reprend aux élections consulaires de 108.
C'est un chevalier originaire d'Arpinum, Marius (157-86), qui se trouve élu. Son prestige ne cesse de grandir tout au long de ces années : après la guerre contre Jugurtha, il réforme l'armée dont il fait une armée de métier ; il mène également de victorieuses guerres contre les Cimbres et les Teutons, et se trouve réélu en 104 et en 101.
I) Politique extérieure
Rome souhaite avant tout affermir ses conquêtes antérieures.
1. En Asie
Ce sont surtout les guerres menées contre Mithridate, roi du Pont. Profitant des guerres intestines de Rome, celui-ci avait conquis la région de Crimée, sorte de grenier à blé, et menait une politique expansionniste.
En 88, un ultimatum lancé par le Sénat n'est pas respecté : cela déclenche les hostilités. Sylla contraint le roi à la paix en 85 : c'est une paix orale, non approuvée par le Sénat.
De 74 à 63, les offensives reprennent, sans que Mithridate soit vraiment inquiété, jusqu'en 67, date à laquelle Pompée prend l'armée en main et obtient une victoire décisive. Mithridate se fait alors égorger par un mercenaire.
Les Romains conquièrent ensuite la Syrie et une bonne partie de l'Asie mineure. La dernière bataille est menée en 47 par César contre Pharnace, fils de Mithridate. César aurait prononcé à Zéla sa fameuse phrase : "Veni, vidi, vici."
2. En Espagne
Un soulèvement mené en 80 par des anciens partisans de Marius est réprimé par Pompée.
3. Les pirates
En 67, juste avant la victoire qu'il remportera sur Mithridate, Pompée leur mène une guerre sans merci. Le Mare Nostrum devient dès lors une mer presque pacifiée, ce qui favorise grandement le commerce extérieur romain.
4. En Gaule
De 58 à 51, César mène une importante guerre, communément appelée "guerre des Gaules".
Les troupes romaines sont alors les meilleures du monde occidental : c'est une armée de métier bien entraînée, bien encadrée, à laquelle s'adjoignent des mercenaires venus de Gaule, de Germanie, de Grèce ou encore des Baléares.
En 60, Arioviste, chef Suève, s'immisce dans les querelles intestines entre Éduens, Séquanes et Arvernes, au sujet de la domination de la Gaule par les uns ou les autres.
Les Helvètes prétendent alors envahir la Saintonge et passer par le nord de la province romaine où campent 100 000 guerriers expérimentés. César leur coupe le seul pont, à Genève, et les empêche de passer le Rhône. Il laisse le lieutenant Labienus les surveiller et rentre à Rome lever cinq légions supplémentaires.
À son retour, les Helvètes ont envahi le territoire des Éduens, amis des Romains. Les Helvètes ont l'avantage en nombre : un rapport de trois contre un. La bataille s'engage à Bibracte (actuelle Autun) et tourne à l'avantage de César grâce à son habileté militaire : les Helvètes sont mis en fuite.
César envoie alors un ultimatum à Arioviste pour qu'il quitte la Gaule. Devant le refus d'Arioviste, il occupe la forteresse de Besançon ; devant la panique de ses soldats qui ont entendu d'effroyables récits au sujet de la cruauté des Germains, César leur tient un vigoureux discours d'exhortation. Un combat corps à corps s'engage. La situation romaine, d'abord périlleuse, est sauvée par Publius Crassus, fils du triumvir. L'armée d'Arioviste, qui s'enfuit, est bientôt écrasée. César est désormais maître des deux tiers de la Gaule.
Pendant l'hiver 58-57, les Belges s'arment contre une éventuelle attaque romaine. Effectivement, César attaque, le premier et remporte plusieurs victoires. Seuls les Nerviens résistent, au bord de la Sambre. Les troupes de César sont sur le point de capituler devant eux, lorsque Labienus leur amène des troupes de renfort.
Parallèlement, en Armorique, les Vénètes se révoltent. Une bataille navale se déclenche. Les Gaulois possèdent une armada de 200 navires à voiles très robustes. Mais les Romains déchirent leurs voiles à l'aide de longues perches et remportent ainsi la victoire.
En 55, deux peuples de Germanie envahissent le territoire des Belges. César organise un véritable massacre, dénoncé par Caton qui souligne son inhumanité face aux femmes et aux enfants. César pousse jusqu'en Germanie où il dévaste la région pendant près de trois semaines.
Les Gaulois rebelles se réfugient en Grande Bretagne, en embarquant à Boulogne. César ne peut alors venir à bout de la tactique de guerilla des Bretons. Mais il s'organise : au printemps 54, 800 navires sont prêts à repartir : 5 légions et 4000 cavaliers. Les Bretons se retirent sur la rive nord de la Tamise. César obtient quelques victoires, mais doit repartir à l'automne en Gaule où éclatent de nombreux soulèvements, en particulier parce que, le blé étant réquisitionné pour les légions romaines, les populations sont affamées.
Les troupes de César sont éparpillées et parviennent tant bien que mal à affronter les très nombreux foyers de révolte. Mais les Gaulois eux non plus ne sont pas encore organisés. C'est alors que Vercingétorix parle de la nécessité d'une cohésion "nationale". Il résiste à César à Gergovie et réunit de nombreuses troupes pour attaquer la Gaule cisalpine. César fortifie Narbonne et attaque Vercingétorix qui, en pratiquant la tactique de la terre brûlée, réussit à échapper à l'ennemi pendant plusieurs mois.
Pour des raisons très controversées, Vercingétorix se retranche ensuite dans la forteresse d'Alésia et attend des renforts qui viendront trop tard. En 52, après un siège épuisant, il doit se rendre à l'ennemi et se constitue prisonnier. Il sera ramené à Rome et jeté dans un cachot où il attendra six ans son exécution. En 46, enfin, il sera étranglé dans la prison Mamertine, après avoir figuré au triomphe de César.
5. Au Moyen-Orient
En 63, Pompée s'empare de Jérusalem : la Judée devient "cliente", c'est-à-dire état vassal de Rome
Dans cette région du monde, la guerre la plus importante fut menée contre l'Égypte à partir de 47 : César, peu avant, battit les troupes de Pompée pour obtenir le pouvoir à Rome ; Pompée en fuite fut assassiné sur le rivage égyptien. Sous prétexte de punir l'assassinat de Pompée, survenu sur ordre du roi Ptolémée XIV, César installe au pouvoir Cléopâtre, sa soeur.
Cléopâtre avait déjà accédé au trône en mars 51. Mais de nombreuses intrigues politiques avaient divisé le frère et la soeur, qui auraient dû, selon la tradition, se marier et régner ensemble. Réfugiée en Syrie pour échapper à son frère qui menaçait sa vie, elle était en train de lever une armée pour reconquérir son trône quand César arriva. La jeune femme vint à lui en secret (cachée dans tapis porté à dos d'homme !) et César lui offrit sa protection, dans son palais d'Alexandrie.
La situation n'était pas favorable : César et Cléopâtre s'attirèrent l'hostilité de la population, très méfiante à l'égard des intentions colonisatrices de César, sans compter la haine de Ptolémée XIV, frère de la reine, et celle d'Arsinoé, sa jeune soeur qui convoitait également le pouvoir. Le couple fut menacé : les canalisations d'eau potable du palais furent polluées ; des incendies se déclarèrent dans la ville, dont celui, fameux, de la bibliothèque. Mais César obtint des renforts de Rome : Ptolémée trouva la mort et Arsinoé, prisonnière, fut envoyée en Italie.
De l'union entre César et Cléopâtre serait né un certain Césarion...
Cléopâtre séjourna à Rome jusqu'à la mort de César, puis retourna à Alexandrie.
En 41, Antoine, qui connaissait Cléopâtre depuis longtemps, obtint le gouvernement des régions africaines et vint voir la reine pour connaître ses intentions à propos des Parthes, peuple d'Asie mineure. Après cette première rencontre, Antoine épousa, pour convenances politiques, Octavie, soeur d'Octave. Mais en 37 se déclenche une guerre civile à Rome entre Octave et Antoine qui, tous deux, convoitent le pouvoir : Antoine vient à Alexandrie où Cléopâtre veut restaurer la dynastie des Lagides et rendre son pays indépendant de la tutelle romaine. Antoine l'aide dans son entreprise. Octave lance l'attaque et vainc les troupes d'Antoine en 31, à Actium.
Devant sa défaite, Antoine se suicide. Cléopâtre est faite prisonnière, mais réussit également à se suicider au moyen d'un aspic, pour échapper aux mains d'Octave.
II) Politique intérieure
Ce fut un siècle particulièrement troublé, où se révélèrent de hautes figures sur le plan politique.
1. Sylla (vers 138, 88)
Après avoir obtenu des succès militaires triomphants, Marius se révéla très insuffisant comme homme d'état. Aux élections de 88, Sylla, représentant le parti des optimates, lui enlève le consulat au moment où lui-même termine la "guerre sociale", une lutte armée menée par les cités alliées auxquelles Sylla finit par accorder le droit de cité qu'elles réclamaient.
Marius et Sylla continuent à lutter l'un contre l'autre, en particulier en lançant des proscriptions réciproques contre leurs partisans dès que l'un d'eux s'absentait de Rome. Mais en 86, Marius meurt. Sylla prend aussitôt le pouvoir et lance peu après des listes de proscriptions qui plongent la cité dans un bain de sang.
Il obtient une dictature illimitée et organise un pouvoir monarchique proche de la dictature. Mais, brusquement et mystérieusement, peut-être sous la pression des sénateurs, il abdique en 79 et meurt l'année suivante.
2. Le premier triumvirat
La mort de Sylla permet la montée politique de Crassus et de Pompée.
Pompée (106-48), , issu du parti de Sylla, contribuera pourtant à liquider son oeuvre. Il s'est fait connaître de Sylla en l'aidant lors de la guerre sociale. Il s'est fait connaître aussi de la population en venant à bout de la révolte de Spartacus (cf. ci-dessous). De manière générale, c'est un personnage à la fois faible et habile, entreprenant souvent les guerres une fois que leur succès semble assuré et s'en octroyant alors la victoire.
Crassus (114-53), homme richissime, est également un ancien partisan de Sylla ; il s'est enrichi en créant une compagnie de pompiers dont l'honnêteté fut souvent mise en cause : on accusa ses hommes (et lui-même) d'avoir fait allumer des incendies pour les éteindre ensuite, moyennant finances ! Crassus possédait donc beaucoup d'argent, mais était peu populaire.
En 70, Crassus et Pompée se retrouvent consuls : l'un a besoin d'argent, l'autre de popularité... Des mesures sont prises pour apaiser les esprits : une répartition égale des sièges de juges entre sénateurs, chevaliers et riches plébéiens et abolition des lois très dures de Sylla.
Lorsque Pompée rentre d'Orient, après la répression de la conjuration de Catilina (cf. ci-dessous), il connaît un vrai triomphe. Mais à une dictature semblable à celle de Sylla, il préfère un accord avec Crassus et César, neveu par alliance de Marius. Cet accord reste secret : c'est le premier triumvirat, conclu en 60 : César est élu consul pour l'année 59 ; Pompée épouse Julie, fille de César ; César épouse Calpurnie, fille d'un partisan de Pompée.
Pendant le consulat de César sont votées des lois agraires en faveur des pauvres de Rome et des soldats de Pompée. Cicéron est éloigné de la scène politique, sous prétexte d'avoir fait condamner à mort des citoyens romains (des complices de Catilina). Son ennemi Clodius fait raser sa maison.
Mais en 58, César part en Gaule. C'est alors un climat d'agitation et de terreur qui règne à Rome, surtout à cause de bandes armées menées par Clodius. Pompée, inquiet, fait rappeler d'exil Cicéron en septembre 57. Ce dernier essaie, sans succès, d'organiser un "consensus universorum bonorum". L'année suivante, en avril 56, les triumvirs se réunissent à Lucques et concluent un nouvel accord.
En 55, Crassus et Pompée sont élus consuls ensemble. Crassus part combattre les Parthes et meurt en 53, sans avoir pu gouverner. Clodius est assassiné sur ordre d'un tribun, Milon. Pompée reste donc maître de la ville de Rome, en accord avec le sénat et avec Cicéron. Il est nommé "princeps" et se montre décidé à s'opposer au futur consulat de César : il obtient l'appui du Sénat pour cela.
Mais, la guerre des Gaules une fois terminée, César veut devenir consul pour l'année 48. Il connaît pourtant l'hostilité des sénateurs et surtout celle de Caton. Dans son camp, en revanche, figure en particulier Antoine, nommé tribun pour l'année 49.
Pompée devient ouvertement sympathisant des patriciens et déclare César ennemi public, s'il ne dépose pas les armes immédiatement. Le 11 janvier 49, César, loin d'obéir, franchit le Rubicon, petite rivière qui marque la frontière entre la Gaule cisalpine et l'Italie proprement dite. Il aurait prononcé la formule célèbre "alea jacta est" (les dés sont jetés) à cette occasion. César devient ennemi de sa propre ville...
3. Spartacus
À Capoue existe une école de gladiateurs commandée par un certain Baliatus, homme réputé pour sa férocité.
En 73, le Thrace Spartacus, qui appartenait au corps auxiliaire de l'armée romaine, a déserté. Une fois repris, il fut envoyé dans cette école de gladiateurs. Il projette alors de s'évader, en compagnie de 70 camarades d'infortune. Sans armes, les hommes lancent un jour des torches enflammées sur les portes de l'école et parviennent à s'enfuir. Ils atteignent le Vésuve et se retranchent sur le sommet du volcan.
Le proconsul Claudius est envoyé à sa poursuite et creuse un fossé tout autour du volcan. Mais, en utilisant des sarments de vigne en guise d'échelle, Spartacus et ses troupes s'enfuient à nouveau et se retrouvent derrière le camp romain.
Beaucoup d'esclaves fugitifs se joignent à lui. Les révoltés installent un camp près de Pompéi et conquièrent le Samnium, au nord de Tarente. Ils sont 40 000, puis bien davantage encore à la fin de l'été : près de 60 000 hommes. Spartacus décide alors de gagner la Gaule avant l'hiver. Mais Crixus, un de ses premiers compagnons, refuse, approuvé par 10 000 hommes. Ils se séparent des autres et se font massacrer par le consul Gellius sur le mont Garganus.
Spartacus lance alors l'attaque contre les Romains qui essuient un véritable désastre. Il ne reste bientôt que 400 légionnaires, tués dans un gigantesque simulacre de combat de gladiateurs organisé par Spartacus lui-même.
Spartacus longe ensuite l'Adriatique pour gagner la plaine du Pô ou 10 000 soldats des troupes romaines se font à nouveau massacrer. Mais il commet l'erreur de renoncer à passer en Gaule, sans doute parce qu'il jugeait l'hiver trop menaçant. Il rebrousse alors chemin vers le sud.
Rome, prise de panique, accorde des pouvoirs exceptionnels à Crassus qui prend 50 000 hommes avec lui, dont 30 000 équipés à ses frais. Devant le danger, Spartacus, parvenu au sud de la péninsule, essaie de passer en Sicile : des pirates lui proposent leurs services mais l'abandonnent après avoir été payés : il ne reste plus qu'à se retrancher dans les bois sur les rivages sud de l'Italie.
10 000 esclaves attaquent les Romains à leur venue. Crassus les poursuit, laissant le champ libre à Spartacus qui remporte ainsi sa dernière victoire ; mais des légions de Macédoine, commandées par Lucullus, débarquent et contraignent les esclaves à se réfugier en montagne. Pompée arrive à son tour d'Espagne et veut ravir la victoire finale à Crassus. Une lutte sans merci s'engage, durant l'année 71. Au terme de la bataille, 50 000 hommes seront tués par Pompée, dont Spartacus en personne. 6 000 esclaves survivants seront crucifiés sur la route menant de Capoue à Rome.
(cf. également, sur ce point, [
l'esclavage dans l'antiquité])4. Catilina
En 67, Pompée part guerroyer en Orient. Pendant ce temps, les intrigues reprennent à Rome. L'argent devient rare à Rome. Les dettes doivent être remboursées sur le champ par ceux qui les contractent. Beaucoup de jeunes nobles endettés sont alors obligés de vendre leurs terres dans les pires conditions ; ce sont souvent d'anciens soldats du parti de Sylla.
Catilina fait alors son apparition. Personnage à la moralité douteuse, peut-être assassin à gages sous Sylla, cupide et avide de gloriole, ainsi que le décrit Salluste, il reflète bien l'état d'esprit d'une partie de la population et gagne la sympathie des populares, jusqu'à ce qu'il devienne un hors-la-loi : il est dès lors dangereux de le soutenir ; César lui-même éprouva sans doute de la sympathie pour lui et aurait trempé dans la conjuration à ses débuts, ainsi que Crassus.
En 64, Cicéron et Antonius, un représentant de la vieille noblesse, sont élus consuls pour l'année 63. Catilina s'était également présenté et a échoué. IL réunit autour de lui des troupes, formées d'individus plus ou moins recommandables et d'anciens notables ; tous ont un point commun : des difficultés financières énormes et une grande audace. Une conjuration se forme pour renverser le pouvoir.
Or, l'un des conjurés, Q. Curius, a pour maîtresse une certaine Fulvia à qui il fait des confidences. Apeurée, elle court chez Cicéron et lui divulgue les propos de son amant. Cicéron alerte le sénat en présence de Catilina, en prononçant un premier discours, la Première Catilinaire. La décision du Sénat est immédiate : elle accorde à Cicéron, par sénatus-consulte, les pouvoirs dictatoriaux.
À la fin de l'année 63, les conjurés tentent en vain d'assassiner Cicéron qui est réélu consul. Il attaque peu après Catilina en plein Sénat : c'est la Deuxième Catilinaire, prononcée quelques heures après le départ précipité de Catilina hors des murs de Rome.
Catilina rejoint des troupes rebelles en Étrurie : ils constituent des dépôts d'armes, lèvent des troupes parmi les anciens colons de Sylla, les gladiateurs, les ouvriers des domaines ruraux, et campent au bord de l'Arno. Pendant ce temps, Cicéron dresse le peuple contre lui, en prononçant la Troisième Catilinaire. Catilina devient un ennemi dans l'esprit des Romains, et le Sénat envoie des troupes rétablir l'ordre en Étrurie. Des complices de Catilina sont pris et, après une réunion au Sénat le 5 décembre, leur exécution est votée : de hautes figures s'opposent à ce sujet : Cicéron et Caton, représentant le parti aristocratique, exigent la mort des conjurés, tandis que César et Crassus sont accusés de lâche sympathie pour les ennemis. Pour que la décision de mort l'emporte, Cicéron a prononcé la Quatrième Catilinaire. Cicéron est alors félicité par tous et obtient la gloire.
Catilina cherche à passer en Gaule, sans doute pour y susciter des mouvements de révolte. Mais il cherche en vain l'appui des Allobroges qui feignent un accord, tout en mettant Cicéron au courant des démarches des conjurés. Une bataille s'engage, désespérée pour lui et ses troupes encerclées par les légions romaines. En janvier 62, ils sont tous anéantis.
5. César (101-44)
Pendant que César longe l'Adriatique et marche sur Rome, Pompée embarque à Brindes pour la Grèce où il rassemble une armée. Mais, profitant de l'absence de son rival, César entre à Rome, obtient deux semaines de dictature au cours desquelles il fait appliquer des mesures pour relever l'économie du pays, ce qui lui vaut la sympathie du peuple. Puis il se fait élire consul : c'est Pompée qui devient hors-la-loi !
En janvier 48, César part pour la Grèce, à la tête de 30 000 hommes. Pompée dispose d'un avantage numérique certain : 36 000 fantassins, 7 000 cavaliers, 3 000 archers et 1 200 frondeurs. Mais, après de nombreux combats, en août 48, se déroule la bataille décisive de Pharsale, un désastre pour les troupes de Pompée qui s'enfuit en Égypte où il se fait assassiner par Ptolémée XIV.
César domine dès lors le monde romain. Il mène encore quelques batailles : en 46, il bat les Pompéiens à Thapsus : leur chef, Caton, se suicide à Utique. En 45, il bat également les fils de Pompée à Munda, en Espagne. C'est la fin officielle de la guerre civile.
Revenu à Rome triomphant, César organise sa dictature. Il prend rapidement des mesures en faveur des pauvres, en faisant voter des distributions de blé, et en faveur des vétérans à qui il fait accorder des lopins de terre.
Dès 45, il est nommé dictateur pour dix ans. Sa personne est déclarée inviolables. Des statues de lui se dressent et des temples lui sont dédiés. Le mois de sa naissance, Quintilis, s'appelle désormais Julius. Le peuple lui est acquis. Toutefois, il ne gagne jamais les suffrages du Sénat. Parmi les textes dont il est l'auteur, figurent des lois contre les fastes et le luxe, l'établissement du calendrier julien, des projets de grande ampleur techniques (assèchement des marais et création de routes) ou culturels (création de bibliothèques et de théâtres) et l'élaboration du code civil.
(cf. également [
le calendrier])Peu à peu, sans en avoir le titre, César devient roi de Rome : il nomme seul les magistrats, est lui-même général en chef de l'armée et Grand Pontife. Il rêve d'étendre sa domination de l'Inde à l'Océan et commet des erreurs : il refuse un jour de se lever à l'arrivée des sénateurs, ce qui est interprété comme une marque de mépris ; lors d'une cérémonie religieuse, Antoine lui dépose sur la tête une couronne royale qu'il refuse très mollement...
Caius Cassius, ancien pompéien gracié par César, complote alors un assassinat avec 60 autres sénateurs dont Brutus, peut-être un fils naturel de César. Aux ides de mars (15 mars) 44, le sénat doit se réunir pour donner un titre royal à César en vue d'une expédition contre les Parthes : César s'effondre, percé de 22 coups de poignards, en prononçant peut-être (en grec ou en latin) les mots suivants : "kai su technon" ou "tu quoque mi fili" (toi aussi, mon fils), parce que le premier coup aurait été porté par Brutus. Peu après, ce dernier se suicidera.
6. Octave
Le lendemain de la mort de César, pour apaiser les esprits, est prononcée une amnistie générale, grâce à une motion déposée par Cicéron. Selon le testament de César, son héritier principal est Octave. Des funérailles grandioses sont organisées et d'importantes sommes d'argent distribuées au peuple.
Très vite, une nouvelle bataille politique s'engage, pour la succession : Octave, petit-neveu de César, s'appuie sur le Sénat et sur Cicéron, qui prononce à l'occasion les Philippiques, contre Antoine. Ce dernier, lieutenant de César, s'allie à Lépide, ancien maître de la cavalerie de César, mais il est déclaré ennemi public en avril 43.
Toutefois, devant le front organisé par Antoine et Lépide, Octave préfère rapidement s'allier à eux. Un second triumvirat naît : Antoine épouse Octavie ; Octave livre Cicéron à Antoine, qui le fait assassiner.
En 40, aux accords de Brindes, les trois hommes se partagent le monde : Octave obtient l'occident, Antoine l'orient et Lépide l'Afrique. Rapidement, Lépide se tournant contre Octave, il est dépossédé de ses biens qui reviennent à son rival.
En 32, Antoine répudie Octavie : c'est le prétexte qui convient à Octave pour déclencher les hostilités avec l'appui du sénat. Peu après la bataille d'Actium, Antoine se suicide (cf. Ire partie, paragraphe 5 : Au Moyen-Orient) : Octave devient maître de Rome et va bientôt fonder l'empire romain...
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