Victor Hugo

Les Châtiments

Présentation

 

I) Quelques dates dans sa vie

1802 : naissance à Besançon, sous l'an X de la République. C'est le troisième enfant de Léopold Hugo et de Sophie Trébuchet.

1809 : installation de la famille Hugo à Paris, aux Feuillantines.

1815 : avènement de Louis XVIII.

1819 : premières tentatives littéraires : il remporte le premier prix à un concours poétique organisé à Toulouse et fonde avec ses frères une revue littéraire, le Conservateur Littéraire. L'année suivante, il écrit la première version de son premier roman, Bug-Jagal. Il se marie avec Adèle Foucher ; il aura quatre enfants avec elle : Léopoldine (1824), Charles (1826), François-Victor (1828) et Adèle (1830).

1824 : avènement de Charles X ; création du "Cénacle" qui deviendra, en 1827, le "Nouveau Cénacle".

1830 : avènement de Louis-Philippe ; à partir de cette année, les relations entre Hugo et sa femme deviennent très orageuses : liaison entre sa femme et Sainte-Beuve, puis liaison entre Hugo et Juliette Drouet, une actrice qu'il rencontre en février 1833 (liaison qui durera jusqu'à la mort de Juliette en 1883).

1841 : élection à l'Académie, après plusieurs tentatives infructueuses..

1843 : mort de Léopoldine et de son mari, Charles Vacquerie.

1845 : nommé pair de France par Louis-Philippe.

1848 : deuxième république : il est élu député, fonde le journal L'Événement avec ses fils ; il devient républicain.

1851 : coup d'état de Louis-Napoléon ; Hugo est proscrit.

1852: Second empire ; années d'exil pour Hugo: Bruxelles, puis Jersey.

1855 ; installation à Guernesey.

1859 : refuse l'amnistie. Sa famille, qui était partie avec lui, le quitte progressivement (Charles, puis Adèle, sa femme et enfin François-Victor).

1870 : défaite de Sedan ; chute de l'Empire ; retour à Paris. Troisième république.

1871 : député de Paris ; la Commune de Paris (mars, avril et mai 1871).

1872 : il est battu aux élections.

1876 : il est élu sénateur.

1885 : mort ; cercueil exposé sous l'Arc de Triomphe ; enterrement au Panthéon. Deux millions de personnes suivent le corbillard des pauvres, dans lequel il a voulu être placé.

II) Quelques repères dans son évolution politique

Naturellement monarchiste à la fin de son adolescence :

"L'histoire des hommes ne présente de poésie que jugée du haut des idées monarchiques et des croyances religieuses." (préface des Odes, juin 1822). Plus tard, il manifestera de la honte à avoir ainsi défendu cette opinion : "Quand j'étais royaliste et quand j'étais petit..." (poème intitulé : Écrit en 1846).

Parallèlement, il devient un fervent partisan de la liberté en matière d'art, de manière très nette dès la préface de Cromwell, en 1827 ou la préface des Odes et Ballades, en 1828 : il y réclame "la liberté dans l'ordre, la liberté dans l'art."

En 1830, la bataille littéraire qui éclate autour d'Hernani le convainc que "la liberté littéraire est fille de la liberté politique." Il se montre donc tout à fait favorable à la révolution de 1830 et affirme l'année suivante, en 1831, que "toute civilisation commence par la théocratie et finit par la démocratie."

En 1832, il commence à affirmer des positions tranchées contre la peine de mort (Le dernier jour d'un condamné), la misère et l'ignorance, réclamant par exemple des écoles pour le peuple. Dans une lettre à Sainte-Beuve, certains de ses propos seront repris (sous une forme plus poétique) dans les Châtiments :

"Si les faiseurs d'ordre public essayaient d'une exécution politique, et que quatre hommes de coeur voulussent faire une émeute pour sauver les victimes, je serais le cinquième."

Pourtant, curieusement, il modifie son cheminement politique dans les années qui suivent. Épris de marques d'honneur officielles (il cherche à tout prix à entrer à l'Académie), il se montre odieux avec sa famille et avec Juliette Drouet qu'il séquestre quasiment et qu'il trompe tout en exigeant d'elle qu'elle ne sorte qu'avec lui.

En 1845, après s'être rapproché de plus en plus de Louis-Philippe, il se fait nommer pair de France. Il ne refuserait pas d'être nommé conseiller du trône.

Lors de la révolution de 1848, il propose aux insurgés de la place de la Bastille la régence de la duchesse d'Orléans. Il se présente alors avec l'appui de la droite, opposant dans ses discours la "république rouge" à la "république libérale", seule source de progrès selon lui. Élu, il siège à droite et prend nettement parti contre l'insurrection de juin. La répression sera sanglante et causera la mort ou la déportation de milliers d'insurgés.

Dans les semaines qui suivent, Hugo soupçonne le pouvoir d'avoir favorisé cette insurrection pour mieux venir à bout de la révolution. Il se méfie alors de l'État de siège maintenu par le pouvoir : "L'état de siège est le commencement des coups d'État".

Pourtant, en octobre 1848, il fait confiance à Louis-Napoléon Bonaparte et fait campagne pour son élection à la présidence de la république. Ce dernier sera élu le 10 décembre 1848. Mais Hugo se rend compte, dans les mois qui suivent, que ceux qui siègent avec lui sont emplis d'hypocrisie et de cynisme : "#être de cette majorité ? Préférer la consigne à la conscience ? Non." : le 9 juillet 1849, il dénonce ces procédés et se brouille avec la droite. Il lutte désormais contre la déportation, contre les restrictions au suffrage universel, contre la loi Falloux... Enfin, il lutte contre Napoléon lui-même : "Nous avons espéré en lui, nous avons été trompés dans nos espérances."

Le 17 juillet 1851, faisant désormais totalement parti du camp des républicains, il dénonce le complot de la "monarchie de principe" (légitimiste) et de la "monarchie de gloire" (bonapartiste).

"Ce que je veux, moi, je vais vous le dire. Plus de paupérisme et plus de monarchisme."

Le 2 décembre 1851, c'est le coup d'état : les deux fils de Hugo sont emprisonnés ; lui-même est prévenu à temps et parvient à se cacher ; il cherche très rapidement à soulever le peuple et signe les proclamations du Comité de résistance :

"Louis-Napoléon est un traître. Il a violé la constitution... Aux armes !"

Le 4 décembre, la foule se fait massacrer. Plus de 30 000 personnes sont incarcérées. Hugo gagne la Belgique et vivra désormais en exil jusqu'en 1870.

 

II) Reflets de sa production littéraire

Il a exercé son talent dans de nombreux genres littéraires et a publié des recueils de poésie, des pièces de théâtre, des romans, des essais, des études, des pamphlets...

1. Quelques oeuvres maîtresses

a) poésie

1826 : Odes et Ballades ; 1829 : Les Orientales. 1830 : Les Feuilles d'automne. 1837 : Les Voix intérieures. 1840: Les Rayons et les Ombres. 1856 : Les Contemplations ; 1859-1883 : La légende des siècles ; 1870 : Les Châtiments. 1877

b) Théâtre

1827 : Cromwell. 1830 : Hernani. 1838 : Ruy Blas. 1843 : Les Burgraves...

c) Romans

1829 : Le dernier jour d'un condamné. 1830 : Notre-Dame de Paris. 1862 : Les Misérables. 1869 : L'homme qui rit. 1874 : Quatre-vingt-treize...

d) Autres oeuvres

Articles dans le Conservateur littéraire. 1864 : William Shakespeare. 1877 : Histoire d'un crime...

2. Quelques étapes dans son parcours d'écrivain

a) 1827 : Cromwell et sa préface

Après des débuts poétiques assez prudents, c'est par le biais du théâtre que, brusquement, Hugo cherche à assurer le triomphe du romantisme. La pièce n'est plus guère lue aujourd'hui, mais sa préface reste un des écrits les plus décisifs sur ce qu'est le drame romantique selon Hugo. Partant de l'idée que l'homme est double, et donc qu'il est, par essence, fait de contraste, Hugo réclame d'abord dans l'oeuvre littéraire "ce contraste de tous les jours... cette lutte de tous les instants entre deux principes opposés qui sont toujours en présence dans la vie et qui se disputent l'homme depuis le berceau jusqu'à la tombe." Concrètement, il prône le mélange des genres pour obtenir une peinture totale de la réalité : on ne peut donc séparer comédie et tragédie : "mêler... l'ombre à la lumière, le grotesque au sublime, en d'autres termes, le corps à l'âme, la bête à l'esprit." Il veut aussi qu'on peigne les individus "avec leurs faiblesses, leurs inconséquences et cette mobilité ondoyante qui appartient à la nature humaine et qui forme les êtres réels."

De même, Hugo lutte contre les unités de lieu et de temps, sources d'invraisemblances à ses yeux. Seule doit subsister l'unité d'action, "parce qu'elle résulte d'un fait : l'oeil ni l'esprit humain ne sauraient saisir plus d'un ensemble à la fois."

Enfin, Hugo précise qu'il ne faut éliminer aucun sujet au nom de l'art : "Tout ce qui est dans la nature est dans l'art." "Si le poète doit choisir dans les choses (et il le doit), ce n'est pas le beau mais le caractéristique."

À l'issue de la bataille d'Hernani, Hugo deviendra le chef de file incontesté des Romantiques. Ce sera l'époque du Cénacle, cercle de romantiques qui se réunissent chez Hugo, rue Notre-Dame des Champs. En dehors de ce contexte, plusieurs de ces idées exprimées dans la préface trouvent une application également dans des romans comme Notre-Dame de Paris ou Quatre-Vingt-Treize.

b) La mort de Léopoldine ; l'écrivain engagé

La mort de sa fille aînée a tellement bouleversé Hugo qu'elle l'a, en quelque sorte, détourné de l'écriture, un temps ; il s'est alors plongé bien davantage dans la politique, peut-être pour trouver un dérivatif à sa douleur. Mais l'écriture lui sert à nouveau, cette fois pour militer sur le plan politique mais également sur le plan social, contre la misère, la peine de mort ou le travail des enfants. C'est là que prend toute sa dimension la place du poète telle qu'il la conçoit : un intermédiaire entre Dieu et les hommes, un guide pour les peuples auxquels il montre la vérité.

"Car la poésie est l'étoile

Qui mène à Dieu rois et pasteurs !" (Les Rayons et les Ombres)

"Les poètes sont les premiers éducateurs des peuples." (W. Shakespeare).

c) 1870 : Le retour à Paris et les dernières années

Une alternance d'oeuvres plus personnelles (L'art d'être grand-père) et de grandes fresques romanesques ou poétiques qui révèlent la conscience du poète de remplir une mission presque prophétique (Quatre-vingt-treize ou La légende des siècles).

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