Visages hypocrites dans le théâtre de Molière

 

Le Misanthrope I 1

vers 145 à 166

 

 

TEXTE

 

PHILINTE

Mon Dieu, des moeurs du temps mettons-nous moins en peine,

Et faisons un peu grâce à la nature humaine ;

Ne l'examinons point dans la grande rigueur,

Et voyons ses défauts avec quelque douceur.

Il faut, parmi le monde, une vertu traitable ;

À force de sagesse, on peut être blâmable ;

La parfaite raison fuit toute extrémité,

Et veut que l'on soit sage avec sobriété.

Cette grande raideur des vertus des vieux âges

Heurte trop notre siècle et les communs usages ;

Elle veut aux mortels trop de perfection :

Il faut fléchir au temps sans obstination ;

Et c'est une folie à nulle autre seconde

De vouloir se mêler de corriger le monde.

J'observe, comme vous, cent choses tous les jours,

Qui pourraient mieux aller, prenant un autre cours ;

Mais quoi qu'à chaque pas je puisse voir paraître,

En courroux, comme vous, on ne me voit point être ;

Je prends tout doucement les hommes comme ils sont,

J'accoutume mon âme à souffrir ce qu'ils font ;

Et je crois qu'à la cour, de même qu'à la ville,

Mon flegme est philosophe autant que votre bile.

 

 

 

EXPLICATION DU PASSAGE

 

 

Introduction

 

Réponse à la [tirade d'Alceste] qui précède.

Deux parties qui sont la réplique de la construction de la tirade d'Alceste : 1. : le général (nous, on) ; 2. le particulier : JE

Plan du commentaire :

1. une réponse à Alceste

2. Les convictions personnelles de °Philinte

 

1. Une réponse à Alceste

- emploi des pronoms personnels : Je, Vous, On (à travers lequel on peut lire une adresse personnelle à Alceste).

- des marques de comparaison : "comme vous", utilisé deux fois ; "autant que", "trop", "moins" : autant de références plus ou moins implicites à la tirade qui précède.

- Une critique assez vive des pensées d'Alceste, par le biais des moyens grammaticaux (emploi de négations et du démonstratif "ce", à valeur péjorative) et des moyens lexicaux : reprise des expressions hyperboliques, mais pour juger, cette fois, le juge ! Dénonciation de la raideur d'Alceste et du caractère excessif de son propre jugement.

 

2. Les convictions de °Philinte

- Au départ, l'observation : "j'observe" ; elle permet de poser un postulat : les hommes ont tous des défauts : imperfection de la nature humaine.

- Choix de °Philinte : il ne renonce pas pour autant à la compagnie des hommes mais supporte ("souffrir") leurs défauts (qu'il ne désigne pas par le terme "vice" comme l'avait fait Alceste).

- Un choix dicté par le sens qu'il donne au mot raison : idéal de l'honnête homme (au sens du XVIIme siècle) : la raison permet de combattre les excès dans tous les domaines, qu'il s'agisse des sentiments ou des jugements. °Philinte choisit donc la modération.

 

Conclusion

Une attitude qui paraît plus positive que celle d'Alceste dans la mesure où °Philinte ne refuse pas la compagnie des hommes. Mais il semble nier l'idée d'un progrès moral possible en l'homme et semble également partager avec son ami une assez haute idée de lui-même : tous deux jugent leurs semblables avec peu d'aménité !

Comment juger °Philinte finalement : un philosophe ou un hypocrite ???

 

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