Baccalauréat général

Session 2000

Latin Série L

 

 

TEXTE LATIN (vers 247-286)

Interea niveum mira feliciter arte

sculpsit ebur formamque dedit, qua femina nasci

nulla potest ; operisque sui concepit amorem.

Virginis est verae facies, quam vivere credas,

et, si non obstet reverentia, velle moveri ;

ars adeo latet arte sua.. Miratur et haurit

pectore Pygmalion simulati corporis ignes.

Saepe manus operi temptantes admovet, an sit

corpus an illud ebur ; nec adhuc ebur esse fatetur.

Oscula dat reddique putat loquiturque tenetque

et credit tactis digitos insidere membris

et metuit, pressos veniat ne livor in artus ;

et modo blanditias adhibet, modo grata puellis

munera fert illi conchas teretesque lapillos

et parvas volucres et flores mille colorum

liliaque pictasque pilas et ab arbore lapsas

Heliadum lacrimas ; ornat quoque vestibus artus,

dat digitis gemmas, dat longa monilia collo ;

aure leves bacae, redimicula pectore pendent.

Cuncta decent ; nec nuda minus formosa videtur.

Collocat hanc stratis concha Sidonide tinctis

adpellatque tori sociam acclinataque colla

mollibus in plumis, tamquam sensura, reponit.

Festa dies Veneris tota celeberrima Cypro

venerat, et pandis inductae cornibus aurum

conciderant ictae nivea cervice juvencae

turaque fumabant ; cum munere functus ad aras

constitit et timide : "si di dare cuncta potestis,

sit coniunx, opto," (non ausus "eburnea virgo"

dicere) Pygmalion "similis mea" dixit "eburnae."

Sensit, ut ipsa suis aderat Venus aurea festis,

vota quid illa velint et amici numinis omen,

flamma ter accensa est apicemque per aera duxit.

Ut rediit, simulacra suae petit ille puellae

incumbensque toro dedit oscula ; visa tepere est.

Admovet os iterum, manibus quoque pectora temptat ;

temptatum mollescit ebur positoque rigore

subsidit digitis ceditque, ut Hymettia sole

cera remollescit tractataque pollice multas

flectitur in facies ipsoque fit utilis usu.

Ovide, Métamorphoses, X

 

TRADUCTION

Cependant, grâce à une habileté merveilleuse, il réussit à sculpter dans l'ivoire blanc comme la neige un corps de femme d'une telle beauté que la nature n'en peut créer de semblable et il devint amoureux de son oeuvre. C'est une vierge qui a toutes les apparences de la réalité ; on dirait qu'elle est vivante et que, sans la pudeur qui la retient, elle voudrait se mouvoir ; tant l'art se dissimule à force d'art. Émerveillé, Pygmalion s'enflamme pour cette image ; souvent il approche ses mains du chef d'oeuvre pour s'assurer si c'est là de la chair ou de l'ivoire et il ne peut encore convenir que ce soit de l'ivoire ; il donne des. baisers à sa statue et il s'imagine qu'elle les rend ; il lui parle, il la serre dans ses bras ; il se figure que la chair cède au contact de ses doigts et il craint qu'ils ne laissent une empreinte livide sur les membres qu'ils ont pressés ; tantôt il caresse la bien-aimée, tantôt il lui apporte ces cadeaux qui plaisent aux jeunes fi11es, des coquillages, des cailloux polis, de petits oiseaux, des fleurs de mille couleurs, des lis, des balles peintes, des larmes tombées de l'arbre des Héliades ; i1 la pare aussi de beaux vêtements ; il met à ses doigts des pierres précieuses, à son cou de longs colliers ; à ses oreilles pendent des perles légères, sur sa poitrine des chaînettes. Tout lui sied et, nue, elle ne semble pas moins belle. Il la couche sur des tapis teints de la pourpre de Sidon ; il l'appelle sa compagne de lit et il pose son cou incliné sur des coussins de plumes moelleuses, comme si elle pouvait y être sensible.

Le jour était venu où Chypre tout entière célébrait avec éclat la fête de Vénus : des génisses, dont on avait revêtu d'or les cornes recourbées, étaient tombées sous le couteau qui avait frappé leur cou de neige ; l'encens fumait de toutes parts ; alors, après avoir déposé son offrande, Pygmalion, debout devant l'autel, dit d'une voix timide "Ô dieux, si vous pouvez tout accorder, donnez-moi pour épouse, je vous en supplie, (il n'ose pas dire : la vierge d'ivoire) une femme semblable à la vierge d'ivoire". Vénus, parée d'or , qui assistait elle-même à sa fête, comprit ce que signifiait cette prière ; présageant les dispositions favorables de la déesse, trois fois la flamme se ralluma et dressa sa crête dans les airs. De retour chez lui, l'artiste va vers la statue de la jeune fille ; penché sur le lit il lui donne un baiser ; il croit sentir que ce corps est tiède. De nouveau il en approche sa bouche, tandis que ses mains tâtent la poitrine ; à ce contact, l'ivoire s'attendrit ; il perd sa dureté, il fléchit sous les doigts ; il cède ; ainsi la cire de l'Hymette s'amollit au soleil ; ainsi, façonnée par le pouce, elle prend les formes les plus variées et se prête à de nouveaux services, à force de servir.

 

 

QUESTIONS (50 points)

1) "On dirait qu’elle est vivante"

Par quels procédés grammaticaux et stylistiques Ovide rend-il l’idée de cette illusion dans les vers 250 à 258 ? (10 points)

2) Quelle conception de l’art apparaît dans les vers 247 à 252 ? (10 points)

3) Dans les vers 256 à 269, énumérer les comportements successifs de Pygmalion envers la statue. Quel parallèle peut-on établir avec la suite du récit rapporté ici ? (10 points)

4) Comment Ovide rend-il sensible l’apparition de la vie dans le corps de la statue (vers 280-286) ? (10 points)

5) En quoi cet exemple de "métamorphose" et l’ensemble de distinguent-ils du reste du chant X ? (10 points)

 

VERSION (50 points)

 

Si je pouvais être de bois ou de pierre pour ne plus rien sentir!

Exilé par Auguste sur les bords du Pont-Euxin, aux confins du monde barbare, Ovide chante son désespoir.

Hic (1) me pugnantem cum frigore cumque sagittis

cumque meo fato quarta fatigat hiems.

Fine carent lacrimae, nisi cum stupor obstitit illis,

et similis morti pectora torpor habet.

Felicem Niobem (2), quamvis tot funera vidit,

quae posuit sensum saxea facta (3) malis ! [...J

Ille ego sum, lignum qui non admittar in ullum;

ille ego sum, frustra qui lapis esse velim.

 

Ovide, Pontiques, I, 2, y. 25-34 (coupure)

Notes

(1) : adv. de lieu.

(2) Accusatif d’exclamation.

(3) ea facta: [Niobé] changée en pierre.