Chapitre 13

La troisième déclinaison (deuxième approche)

Le parfait de l'indicatif actif ; Les temps primitifs du verbe

Lire et écrire à Rome

 

1. La troisième déclinaison (deuxième approche)

Nous avons appris, dans le chapitre précédent, à décliner un modèle de troisième déclinaison pour les noms masculins et féminins. Aujourd'hui, nous allons découvrir un modèle pour les noms neutres : c'est le mot corpus (le corps).

Rappelons tout d'abord que, comme tous les noms de genre neutre, le mot corpus aura les mêmes terminaisons aux nominatif, vocatif et accusatif. Rappelons également que tous les noms neutres ont une terminaison en a pour les trois premiers cas du pluriel.

Voici donc la déclinaison de corpus d'abord au singulier, puis au pluriel :

corpus, corpus, corpus, corporis, corpori, corpore ; corpora, corpora, corpora, corporum, corporibus, corporibus.

Nous pouvons remarquer que corpus suit la déclinaison de consul à partir du génitif, tout comme templum suit la déclinaison de dominus également à partir du génitif.

 

Exercice

Traduire les phrases suivantes en faisant bien attention à choisir les cas des noms en accord avec leur fonction en français.

a) Le chef combattait, mais il craignait les blessures.

b) Sur le rivage, nous voyions les épouses des soldats.

c) Sais-tu le chemin vers Rome ?

d) À l'école, les élèves écoutaient de beaux chants.

e) Un chef cruel commandait à l'armée.

Vocabulaire de l'exercice

ad, plus accusatif : vers

agmen agminis, neutre : l'armée, l'armée en marche

caput capitis, neutre : la tête

carmen carminis, neutre : le poème, le chant

iter itineris, neutre : le chemin, le voyage

litus litoris, neutre : le rivage

vulnus vulneris, neutre : la blessure

 

2. Le parfait de l'indicatif actif et les temps primitifs

a) Le parfait de l'indicatif

Nous avons déjà appris à conjuguer en latin, à l'actif et au passif, un temps du passé, l'imparfait. En français, il existe 4 autres temps du passé : le passé simple, le passé composé, le passé antérieur et le plus-que-parfait. En latin, il n'en existe que deux, en plus de l'imparfait : le parfait et le plus-que-parfait. Nous étudierons le plus-que-parfait ultérieurement. Aujourd'hui, nous allons étudier le parfait, temps qui n'existe pas sous ce nom en français, mais qui correspond, selon les phrases, au passé simple, au passé composé ou encore, plus rarement, au passé antérieur.

Le parfait est un temps à la fois très simple à conjuguer et tout à fait particulier : pour le former, il faut utiliser un radical du verbe spécialement formé pour ce temps et nommé "radical du parfait", et des désinences spéciales. Aucun verbe ne présente d'exception à cette formation.

Chaque verbe a un radical du parfait qui lui est propre, mais avec un peu d'entraînement, on devine très vite quel sera ce radical pour la plupart des verbes. Voici le radical du parfait du verbe sum et des cinq modèles de conjugaison :

- sum : fu - mitto : mis

- amo : amav - capio : cep

- terreo : terru - audio : audiv, ou audi

 

À ce radical, il suffit maintenant d'ajouter les désinences particulières du parfait, dont voici les six personnes : i, isti, it, imus, istis, erunt (ou : ere).

Voici donc la conjugaison, au parfait du verbe sum, qu'on pourra traduire de trois manières différentes en français : je fus, j'ai été, j'eus été.

Fui, fuisti, fuit, fuimus, fuistis, fuerunt (fuere).

Essayez de former vous-mêmes les parfaits des cinq modèles de conjugaison, puis vérifiez vos réponses dans la liste ci-dessous.

- Amavi, amavisti, amavit, amavimus, amavistis, amaverunt (amavere).

- Terrui, terruisti, terruit, terruimus, terruistis, terruerunt (terruere).

- Misi, misisti, misit, misimus, misistis, miserunt (misere).

- Cepi, cepisti, cepit, cepimus, cepistis, ceperunt (cepere).

- Audivi (audii), audivisti (audiisti), audivit (audiit), audivimus (audiimus), audivistis (audiistis),

audiverunt (audierunt) (audivere, audiere).

b) Les temps primitifs du verbe

Le radical du parfait des verbes est toujours signalé dans le dictionnaire. Plus précisément, le dictionnaire nous donne d'abord la forme de présent de l'indicatif (première personne du singulier, suivie de la seconde personne du singulier), la forme d'infinitif présent, la forme de parfait de l'indicatif (première personne du singulier) et enfin une forme que nous apprendrons à utiliser plus tard, appelée "supin".

Voici la première moitié des verbes que nous avons appris jusqu'à présent, tels qu'ils sont présentés dans le dictionnaire et tels qu'ils vous seront désormais présentés. On appelle ces formes les "temps primitifs" du verbe. Nous en verrons la seconde moitié dans le chapitre suivant.

absum abes abesse afui (pas de supin) : être absent devoro as are avi atum : dévorer

adsum ades adesse adfui (pas de supin) : être présent dico is ere dixi dictum : dire

aedifico as are avi atum : construire do das dare dedi datum : donner

amo as are avi atum : aimer duco is ere duxi ductum : conduire

aro as are avi atum : labourer facio is ere feci factum : faire

audio is ire ivi (ii) itum : entendre, écouter floreo es ere florui : être en fleur

bibo is ere bibi bibitum : boire impero as are avi atum : commander

cado is ere cecidi casum : tomber invenio is ire inveni inventum :trouver

canto as are avi atum : chanter laboro as are avi atum : travailler

capio is ere cepi captum : prendre lego is ere legi lectum : lire

debeo es ere debui debitum : devoir

 

Exercices

1. Traduire en latin les formes suivantes, en vous aidant des indications données dans la liste de verbes qui précède.

J'ai labouré ; ils ont fait ; tu as travaillé ; nous fûmes absents ; il a été en fleurs ; vous avez dû.

2. Traduisez en français les formes suivantes, puis transposez-les en latin au présent et à l'imparfait de l'indicatif à l'actif, puis au passif.

Aedificaverunt ; cepisti ; duximus ; audiistis ; dedit ; amavi

 

3. Lecture d'un texte en latin

Dédale et Icare

Daedalus Icari pater fuit. Cum filio Labyrinthum aedificavit, deinde e Creta fugere temptavit.

Quondam corvos in caelo vidit. Tum Icaro dixit : "Videsne corvorum alas ? Aliis volare quoque possumus !"

Statim, corvos sagittis necaverunt, alas cera fecerunt, volare potuerunt. E Creta ad Graeciam volaverunt.

Icarus tamen prope solem volavit et cera liquida fuit. Icarus celeriter in aquam cecidit et vitam amisit.

 

Vocabulaire pour le texte

Fugio is ere fugi : fuir, s'enfuir. Sagitta ae féminin : la flèche.

Quondam : un jour. Cera ae féminin : la cire.

Corvus i masculin : le corbeau. Tamen : cependant.

Video es ere vidi visum : voir. Sol solis masculin : le soleil.

Tum : alors. Prope (plus accusatif) : près de.

Ala ae féminin : l'aile. Liquidus a um : liquide.

Volo as are avi atum : voler (avec des ailes). Celeriter : rapidement.

Statim : aussitôt. Amitto is ere misi missum : perdre.

4. Lire et écrire à Rome

C'est à l'âge de sept ans que les enfants romains apprenaient à lire et à écrire. Mais l'apprentissage en était bien différent de celui que connaissent les enfants français d'aujourd'hui.

Pour écrire, les outils, déjà, varient en fonction du support choisi : on peut écrire sur du parchemin (fabriqué à partir d'une peau d'animal, en général celle d'une chèvre) ou sur du papyrus (fabriqué à partir d'une plante). Ces deux matériaux coûtent cher et sont réservés aux textes qu'on souhaite conserver. Il faut alors utiliser une plume d'oiseau taillée ou un roseau, et les tremper dans une encre fabriquée à base de suie et de gomme.

Mais les enfants utilisent rarement le parchemin et le papyrus. La plupart du temps, on les fait écrire sur des tablettes de bois, recouvertes de cire molle ; ils gravent alors les lettres de l'alphabet avec un stylet (ou poinçon) en corne ou en métal ; l'une de ces extrémités est pointue, l'autre est plate et sert à "effacer", c'est-à-dire à lisser la cire pour effacer le texte gravé. Effacer se dit ainsi "vertere stilum", c'est-à-dire "retourner son poinçon".

Pour les textes extrêmement courts et les mots isolés, les enfants se servent également de petits tessons de bouteilles sur lesquels ils gravent, à l'aide de cailloux tranchants, les lettres demandées. On a ainsi retrouvé quantité de ces "brouillons" lors de fouilles en Égypte.

Les adultes, eux, utilisent essentiellement le papyrus pour copier les livres qu'ils souhaitent conserver. En général, il s'agit de petits ouvrages d'une vingtaine de feuilles écrites sur une seule face et collés bord à bord, par le côté droit de chaque feuille. Ensuite, on enroulait l'ensemble de ces feuilles autour d'une baguette, en commençant par la fin du texte. Pour lire l'ouvrage, on déroulait les feuilles à l'aide de la main gauche, tandis que la main droite retenait le reste du livre enroulé. Ce type de livre s'appelait un volumen.

Le parchemin fut utilisé plus tardivement ; il se présente comme nos livres actuels et on écrivait sur les deux faces de chaque feuille (recto et verso). Ce type de livre, très coûteux, s'appelle un codex.

Enfin, il faut se souvenir qu'il n'existait aucune technique permettant la reproduction d'un livre en plusieurs exemplaires. Chaque livre devait donc être copié à la main par des hommes dont le métier était d'être copiste. Ce métier perdurera jusqu'à l'invention de l'imprimerie par Gutenberg, à la fin du XVme siècle. Les copistes ont accompli un travail d'importance capitale pour nous, car c'est très souvent grâce à la multiplication des copies que bien des ouvrages ont pu traverser les siècles jusqu'à nous. Ces livres étaient conservés dans d'immenses bibliothèques dont la plus célèbre fut celle d'Alexandrie (en Égypte) qui aurait contenu entre 100 000 et 700 000 livres ; malheureusement, elle fut détruite par des incendies successifs dont le premier eut lieu en 47 avant J.-C.

Mais il arrivait aussi aux copistes de se tromper en copiant les mots, ou de décider eux-mêmes de changer tel mot, voire telle phrase du texte qu'ils copiaient, selon leurs goûts personnels. De plus, les choix religieux des copistes (souvent des moines à l'ère chrétienne) les amenèrent souvent à censurer des passages jugés par eux inacceptables et indignes d'être lus, donc d'être copiés. D'où de nombreuses difficultés qui persistent encore aujourd'hui pour connaître avec certitude la version initiale de textes latins qui ont subi des transformations au fil des copies.

Que retenir ?

Il faut connaître par coeur la déclinaison de Corpus

Il faut connaître par coeur les désinences du parfait et savoir conjuguer les modèles de parfait présentés dans ce chapitre.

Il faut apprendre par coeur la liste des verbes, avec leurs parfaits, et savoir ce qui signifie "temps primitifs").

Il faut avoir lu attentivement le texte concernant les techniques d'écriture à Rome.

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