Chapitre 14
La troisième déclinaison (troisième approche)
La coordination
Naître, se marier et mourir à Rome
1. La troisième déclinaison (troisième approche)
Nous allons aujourd'hui récapituler nos connaissances à propos de la troisième déclinaison : nous avons étudié deux modèles :
- consul, pour les noms masculins et féminins ;
- corpus, pour les noms neutre.
Ces deux noms et tous ceux qui se déclinent sur ce modèle, ont un point commun : ils ont un nombre de syllabes au nominatif singulier qui est toujours inférieur à celui du génitif singulier. On appelle cette catégorie de mots de la troisième déclinaison des "imparisyllabiques" (de l'adjectif latin impar, qui signifie "inégal"). Nous étudierons dans un prochain chapitre une seconde catégorie de mots qu'on appelle au contraire des "parisyllabiques" (de l'adjectif latin par, qui signifie "égal"), parce qu'ils ont exactement le même nombre de syllabes au nominatif et au génitif singulier.
Nous découvrons ainsi la structure globale de la troisième déclinaison qui comprend deux modèles de déclinaison imparisyllabiques (que nous connaissons déjà : consul et corpus), deux modèles de déclinaison parisyllabiques (que nous allons bientôt étudier), et quelques exceptions pour chacun des deux groupes.
2. La coordination
Rappelons tout d'abord qu'en français comme en latin, il existe trois manières différentes de faire succéder des mots isolés, des groupes de mots sans verbe conjugué ou encore des propositions contenant chacune un verbe conjugué :
- la juxtaposition : dans ce cas, on se contente de mettre une virgule pour séparer les termes de ce qu'on énumère. Exemple : En classe, nous écrivons, nous lisons, nous apprenons, nous dormons parfois !
- la coordination : dans ce cas, on utilise un outil de coordination (une conjonction de coordination ou un adverbe coordonnant) pour relier les termes entre eux. Exemple : Tu viens ou tu ne viens pas avec moi, mais je pars tout de suite.
- la subordination : ce procédé ne concerne que les propositions contenant un verbe conjugué. Il existe de nombreux mots subordonnants, parmi lesquels figurent, par exemple, les pronoms relatifs ou les conjonctions de subordination introduisant une proposition subordonnée circonstancielle. Exemples : Lorsque nous sommes en classe, nous travaillons (proposition subordonnée circonstancielle de temps). Les élèves qui font du latin acquièrent beaucoup de connaissances (proposition subordonnée relative).
En latin, on utilise les mêmes procédés qu'en français. En ce qui concerne la juxtaposition, nous n'avons rien à apprendre, puisqu'il s'agit simplement d'énumérer les termes les uns après les autres. Aujourd'hui, nous allons donc étudier quelques moyens de coordonner des groupes de mots ou des propositions.
a) L'expression de l'ajout (et, et aussi, et en outre)
On peut utiliser les termes suivants : "et", "que" (placé toujours en fin du deuxième terme coordonné et collé à ce terme), "ac" (ou "atque" devant une voyelle) ; on peut enfin utiliser l'expression très courante "non solum... sed etiam" qui se traduit par : "non seulement... mais encore".
Exemples : Dominus filium et filiam amat. Dominus filium filiamque amat. Dominus filium ac filiam amat. Dominus non solum filium sed etiam filiam amat.
Notons que les deux dernières phrases présentent une coordination plus insistante que les deux premières. Il faut respecter cette insistance dans la traduction française en traduisant de préférence "ac" par "et aussi" ou "et en outre".
b) La coordination négative (et ne pas ; ni... ni)
Pour coordonner deux termes ou deux propositions de manière négative, on utilise un seul mot en latin : "nec" (ou "neque" devant voyelle). Si on répète ce terme dans la phrase, on le traduira par "ni... ni" en français.
Exemples : Servus fessus est nec laborat : L'esclave est fatigué et ne travaille pas. Servus nec dominum nec dominam amat : L'esclave n'aime ni son maître ni sa maîtresse.
c) L'expression de l'opposition (mais, or, cependant)
On utilise en latin les termes suivants : autem, at, sed, vero (or, mais) ; tamen (cependant).
Attention : "vero" et autem" se placent toujours après le premier mot (sans lui être collé).
Exemple : Magister discit, discipuli autem eum non audiunt. Le maître enseigne mais les élèves ne l'écoutent pas.
d) L'expression de la cause (car, en effet)
On utilise en latin les termes suivants : enim (en effet), nam (car).
Attention : enim se place toujours après le premier mot (sans lui être collé).
Exemple : Discipuli laeti sunt : feriae enim propinquae sunt : Les élèves sont contents : en effet, les vacances sont proches.
e) L'expression de l'alternative (ou, ou bien, soit... soit)
On utilise en latin les termes suivants : aut, vel.
Exemple : Quid faciunt discipuli ? Aut ludunt, aut dormiunt ! Que font les élèves ? Soit ils jouent, soit ils dorment !
f) L'expression de la conséquence (donc, c'est pourquoi)
On utilise en latin les termes suivants : "ergo", "igitur" (donc) ; "itaque" (c'est pourquoi).
Exemple : Feriae propinquae sunt ; itaque discipuli laeti sunt : Les vacances sont proches ; c'est pourquoi les élèves sont contents.
Récapitulons les mots que nous avons appris dans ce paragraphe :
ac ; at ; atque ; aut ; aut ; autem ; enim ; ergo ; et ; igitur ; itaque ; nam ; nec ; neque ; non solum sed etiam ; que (particule collée à la fin d'un mot) ; sed ; tamen ; vel ; vero.
Exercice
Traduisez les phrases suivantes.
a)Les jeunes filles voyaient non seulement des roses, mais aussi des arbres (arbor oris féminin).
b) Les enfants n'ont pas travaillé, mais ils ont chanté.
c) L'élève était absent et il n'a pas travaillé.
d) Le loup a pris l'agneau ; pourtant, il ne l'a pas dévoré.
e) Le maître commande ; c'est pourquoi les esclaves doivent labourer la terre.
3. Lecture d'un texte en latin
L'hirondelle
Hirundini diu beata vita in agris fuit, nam inter aves regnabat ; vox enim pulchra ei erat. Hirundo autem superba fuit : non solum in agris, sed etiam in civitatibus cantare voluit. Itaque ad longinquam civitatem properavit.
Diu per civitatem erravit ; tandem, in foro cantavit. Frustra autem cantabat ; nam sermonum fragor summus erat. Igitur misera hirundo non jam cantavit. Vox avi mox defuit ; cantare non jam potuit.
Vocabulaire
avis is féminin : oiseau
beatus a um : heureux
civitas atis féminin : cité
erro as are avi atum : errer
forum i neutre : le forum, la place publique
fragor oris masculin : le fracas
frustra : en vain
hirundo inis féminin : hirondelle
longinquus a um : lointain
non jam : ne plus
propero as are avi atum : se hâter, se dépêcher
regno as are avi atum : régner
sermo onis masculin : la conversation
summus a um : très grand
superbus a um : orgueilleux
vox vocis féminin : la voix
4. Naître, se marier et mourir à Rome
Tous les enfants romains naissent au domicile de leurs parents ; une sage-femme vient aider la mère de l'enfant à le mettre au monde. En théorie, le père de l'enfant a le droit d'accepter ou de refuser de garder l'enfant qui vient de naître ; s'il refuse sa présence à la maison, il le fait déposer dans la rue où, dans le meilleur des cas, le bébé sera recueilli par un passant. Mais ce genre de pratique était plutôt rare, du moins lorsque l'enfant nouveau-né était bien-portant.
C'est neuf jours après sa naissance que le bébé est officiellement reconnu par son père. Il reçoit alors un prénom, un nom et un surnom (ce dernier peut changer par la suite) et on lui met au cou une petite médaille appelée la "bulle", qu'il conservera jusqu'à sa majorité.
Les filles romaines peuvent se marier dès l'âge de 12 ans et les garçons dès l'âge de 14 ans. Mais de nombreux garçons attendaient d'avoir plus de 30 ans pour épouser de très jeunes filles qui, elles, passaient directement de l'enfance à l'état de femme mariée.
En se mariant, la fille passe de la tutelle de son père à celle de son mari ; elle ne sera jamais considérée comme majeure et responsable d'elle-même. Le garçon, lui, acquiert la majorité à 17 ans, lors d'une cérémonie au cours de laquelle il abandonne l'habit qui caractérise son enfance, la "toge prétexte" (décorée d'une bande pourpre) et revêt l'habit d'adulte, la "toge virile" (entièrement blanche). Garçons et filles abandonnent également la "bulle", l'une le jour de son mariage, l'autre le jour de ses 17 ans.
Il existe trois cérémonies de mariage possibles : les nouveaux époux peuvent partager un gâteau en présence d'un prêtre ; ils peuvent aussi échanger une pièce de monnaie qui symbolise un achat fictif de l'un par l'autre ; ils peuvent enfin simplement cohabiter pendant un an et être considérés comme mariés au bout de la première année de vie commune.
La mort d'un membre de la famille est suivie d'une importante cérémonie. Le corps du défunt est lavé et embaumé. Puis, pendant une semaine entière, les parents et amis défileront devant la dépouille exposée dans la pièce principale de la maison, appelée atrium.
Le huitième jour ont lieu les obsèques. Des pleureuses professionnelles sont engagées pour pleurer bruyamment, s'arracher les cheveux et se griffer la poitrine en signe de deuil. Le corps est déposé sur un bûcher funéraire ; une fois qu'il est consumé, on place les cendres dans une petite urne qu'on déposera dans un tombeau.
Il n'existe pas de cimetière clos : les Romains préfèrent placer les tombes le long des routes, afin que chaque personne passant devant elles fasse revivre les morts, en accordant ne serait-ce qu'un instant une pensée pour eux.
Que retenir ?
Il faut avoir assimilé la structure de la troisième déclinaison et connaître par coeur les modèles déjà
appris.
Il faut connaître par coeur les termes de coordination recensés dans ce chapitre.
Il faut avoir lu attentivement le texte concernant la naissance, le mariage et la mort, et retenir les
principales différences entre ces rites romains et ceux que nous connaissons aujourd'hui.