Chapitre 15

La troisième déclinaison (quatrième approche)

L'expression de la possession

Nos ancêtres les Gaulois...

 

1. La troisième déclinaison (quatrième approche)

Nous avons appris dans le chapitre précédent qu'on pouvait classer les noms de la troisième déclinaison en deux catégories : les noms parisyllabiques et les noms imparisyllabiques. Nous connaissons déjà les modèles de déclinaison imparisyllabiques (consul et corpus). Aujourd'hui, nous allons apprendre à décliner les noms parisyllabiques.

a) Modèle masculin et féminin : civis is masculin : le citoyen

Singulier : civis, civis, civem, civis, civi, cive.

Pluriel : cives, cives, cives, civium, civibus, civibus.

 

b) Modèle neutre : mare, is, neutre : la mer

Singulier : mare, mare, mare, maris, mari, mari.

Pluriel : maria, maria, maria, marium, maribus, maribus.

 

Remarques

Nous constatons que les différences entre les modèles parisyllabiques et les modèles imparisyllabiques sont peu importantes ; elles concernent :

- pour les modèles masculins et féminins : le nominatif singulier, très variable pour les noms imparisyllabiques et toujours en is ou en es (exemple : fames is féminin, la faim), pour les noms parisyllabiques ; le génitif pluriel, toujours en um pour les noms imparisyllabiques et toujours en ium pour les noms parisyllabiques.

- pour les modèles neutres : le nominatif singulier, très variable pour les noms imparisyllabiques et toujours en e pour les noms parisyllabiques ; l'ablatif singulier toujours en e pour les noms imparisyllabiques et toujours en i pour les noms parisyllabiques ; le génitif pluriel, toujours en um pour les noms imparisyllabiques et toujours en ium pour les noms parisyllabiques.

 

Un grand nombre d'adjectifs se déclinent au masculin et au féminin comme civis et au neutre comme mare ; mais leur ablatif singulier est en i, quel que soit leur genre.

Exemple : omnis omne (chaque, tout). Ablatif singulier : omni (masculin, féminin et neutre).

 

Exercice

Traduisez les phrases suivantes en vous aidant du vocabulaire qui figure en dessous.

a) L'enfant a pris toutes les fleurs.

b) De nombreux hommes naviguent sur les grands bateaux.

c) La jeune fille est courageuse : elle travaille même la nuit.

d) Les soldats ne dorment pas souvent dans (leurs) lits !

e) Les époux sont heureux : (leurs) enfants se portent bien.

Vocabulaire

bateau : navis is féminin

courageux : fortis e

époux : conjux conjugis masculin ou féminin

heureux : felix icis

lit : cubile is neutre

même : etiam

naviguer : navigo as are avi atum

nuit : nox noctis féminin

se porter bien : valeo es ere valui

soldat : miles itis masculin

 

2. L'expression de la possession

En latin comme en français, il existe des déterminants (ou adjectifs) possessifs dont voici la liste :

mon : meus, mea, meum

ton : tuus tua tuum

son : suus sua suum

notre : noster nostra nostrum

votre : vester vestra vestrum

leur : suus sua suum

 

De manière générale, les latins n'emploient les adjectifs qu'en cas de doute. S'il n'y a aucune ambiguïté sur l'identité du possesseur, ils font l'économie du déterminant possessif. Ainsi, à la phrase française "le chef conduit ses soldats" correspond la phrase latine "dux milites ducit" : le latin n'ajoutera pas "suos" à "milites" parce qu'il est inutile à la compréhension de la phrase.

En ce qui concerne la possession à la troisième personne, nous pouvons d'abord remarquer que le latin emploie le même déterminant, suus, là où le français distingue "son" et "leur". Il suffit de regarder la nature du sujet (singulier ou pluriel) pour rétablir la traduction en français.

Par ailleurs, le déterminant suus n'est utilisable en latin que si le possesseur est le sujet de la proposition dans laquelle est employé suus. Cela évite des ambiguïtés qu'on rencontre en français.

Ainsi, la phrase française "L'enfant prend son livre" est ambiguë : selon le contexte, il peut s'agir du livre de l'enfant ou du livre d'un voisin dont l'enfant s'est emparé.

En latin, cette ambiguïté ne peut exister : s'il s'agit du livre de l'enfant (sujet de la proposition), on peut utiliser suus, ou n'utiliser aucun déterminant, puisque c'est la solution la plus simple à envisager. S'il s'agit du livre d'un autre enfant, le latin n'utilise pas suus mais le génitif du pronom de rappel is, au singulier ou au pluriel (selon qu'il y a un seul ou plusieurs possesseurs). Les formes en sont ejus au singulier et eorum (masculin et neutre) et earum (féminin) au pluriel.

Voici la traduction de la phrase française : Puer ejus librum capit. Littéralement : L'enfant a pris le livre de lui (ou d'elle). On traduira plus correctement : L'enfant a pris son livre (sachant que le livre n'appartient pas à l'enfant).

Voici un autre exemple en français : "L'esclave laboure son champ." Dans la société romaine, l'esclave ne peut rien posséder. Il ne peut s'agir d'un champ qui lui appartient : il n'est donc pas le possesseur du champ. Nous ne pouvons par conséquent utiliser le déterminant possessif suus. Essayez de traduire la phrase par vous-même avant de lire la réponse ci-dessous.

Réponse : Servus ejus agrum arat.

Imaginons maintenant que ce champ appartient à plusieurs personnes. La phrase française deviendra : "L'esclave laboure leur champ." Essayez encore de traduire cette phrase par vous-même avant de lire la réponse ci-dessous.

Réponse : Servus eorum agrum arat.

Imaginons enfin que ce champ appartient à plusieurs femmes. La phrase française ne changera pas, mais trouvez par vous-même ce qui changera dans la phrase latine avant de lire la réponse ci-dessous.

Réponse : Servus earum agrum arat.

 

Exercice

Dans les phrases suivantes, traduisez le déterminant possessif lorsque c'est nécessaire.

a) Les élèves apportent leurs livres en classes.

b) Le voisin de cet enfant a pris tous ses bonbons.

c) Je prends soin de mes livres.

d) La mère des petites filles a pris leurs affaires et les a lavées.

e) Il y a beaucoup de temples en Grèce ; j'aime beaucoup leur aspect.

f) Ne t'inquiète pas : j'ai pris ton livre.

 

3. Lecture d'un texte latin

L'éducation à Sparte

Sparta magna Graeciae civitas erat. Habitantes Lacedaemonii vocabantur ; fortes milites erant. Liberos summa severitate educabant. Cum infantes non valebant, de Taygeto monte eos praecipitabant !

Pueri non diu domi manebant : cum septem annos nati erant, in collibus vivebant ibique dormiebant.

Itaque, fortes et acres erant, sed non docti erant : numquam enim in ludo aderant.

Spartae puellarum vita similis erat.

Vocabulaire du texte

acer acris acre : vif, ardent

annus i masculin : année

collis is masculin : colline

diu : longtemps

domi : à la maison

educo as are avi atum : éduquer

Graecia ae féminin : Grèce

habitantes ium masculin pluriel : les habitants

ibi : là

Lacedaemonius a um : Lacédémonien

liberi orum masculin pluriel : les enfants (par rapport aux parents)

maneo es ere mansi mansum : rester

mons ntis masculin : mont

natus a um : âgé de

praecipito as are avi atum : précipiter

severitas atis féminin : sévérité

similis e : semblable

Sparta ae féminin : Sparte

Taygetus i masculin : Taygète

 

 

4. Nos ancêtres les Gaulois...

Vous savez certainement qu'avant de s'appeler la France, le pays que nous habitons était nommé la Gaule. Ses habitants, que les Romains appelaient des Gaulois, étaient des Celtes, venus d'Europe centrale à partir du VIIme siècle avant J.-C.

En fait, il ne s'agissait pas d'un peuple, et encore moins d'une nation, mais d'une dizaine de peuples d'origine celtique qui se faisaient souvent la guerre pour préserver le territoire que chacun s'était octroyé.

Les villages gaulois étaient en général entourés d'une palissade ou d'un fossé pour se protéger des ennemis et des bêtes sauvages. La plupart des maisons étaient construites en bois (matériau facile à trouver car les forêts abondaient).

À la tête du village se trouvaient les chefs, élus par les nobles du village. Parmi les autres personnages importants figurent avant tout les druides, chefs religieux, juges et détenteurs d'un savoir qu'ils transmettaient par voie orale uniquement. C'est surtout pour cette raison que nous n'avons pratiquement aucun texte en langue gauloise qui nous soit parvenu ; nous connaissons juste quelques mots et en devinons quelques autres grâce à l'étymologie. Voici quelques exemples :

alouette, ambassade, blaireau, bouc, boue, braguette, bruyère, carrosse, cervoise, chamois, char, charrette, charrue, crème, galet, galette, gaspiller, guenille, luge, quai, ruche, tonneau.

Que retenir ?

Il faut être capable de réciter sans hésitation l'ensemble des modèles de la troisième déclinaison appris dans ce chapitre.

Il faut avoir compris et retenu les différences d'utilisation du déterminant possessif en latin et en français et connaître par coeur la liste des déterminants possessifs latins.

Il faut avoir lu attentivement le texte concernant les Gaulois.

 

[Retour au sommaire de Vitellus]