Chapitre 19
L'infinitif
L'expression du lieu
L'armée romaine
1. L'infinitif
En latin comme en français, l'infinitif est une forme non conjuguée du verbe. En français, l'infinitif est une forme très importante, car c'est elle qui permet de désigner le verbe, en particulier dans les dictionnaires. C'est l'infinitif également qui permet de classer les verbes français en groupes.
En latin, l'infinitif ne revêt pas autant d'importance, mais c'est une forme très utilisée. Nous connaissons déjà l'infinitif présent des verbes, puisque c'est la troisième forme donnée dans les temps primitifs de chaque verbe.
Rappelons que tous les infinitifs présents des verbes réguliers se terminent par la désinence re. Exemple : amare, terrere, mittere, capere, audire. L'infinitif présent de sum est la forme esse. L'infinitif de possum est posse et celui de prosum est prodesse.
En latin comme en français, il existe aussi un infinitif passé. Pour le former en français, il suffit de mettre l'auxiliaire à l'infinitif et de le faire suivre du verbe au participe passé. Exemple : avoir mangé.
En latin, pour construire l'infinitif parfait, il faut d'abord choisir le radical du parfait du verbe. Rappelons que ce radical se trouve très facilement : il suffit d'enlever la désinence i de première personne du singulier à la forme de parfait, quatrième forme des temps primitifs du verbe. Exemple : au parfait amavi, on enlève la désinence i pour obtenir le radical du parfait amav.
Ensuite, il faut ajouter la désinence d'infinitif parfait isse. On obtient donc, par exemple, la forme amavisse, qu'on traduira par "avoir aimé".
Cette règle de construction des infinitifs parfaits est valable pour tous les verbes latins, sans aucune exception.
En guise d'exercice, trouvez les infinitifs parfaits de tous les verbes qui constituent des modèles de conjugaison, ainsi que du verbe sum et de ses composés. Puis, vérifiez les réponses qui figurent ci-dessous.
Réponses : terruisse ; misisse ; cepisse ; audivisse (audiisse) ; fuisse ; potuisse ; profuisse.
2. L'expression du lieu (récapitulatif des chapitres 8 et 11)
Comparons, en français, les deux phrases suivantes :
a) Je viens dans le jardin. b) Je suis dans le jardin.
Dans les deux cas, nous dirons que le groupe nominal "le jardin" est complément circonstanciel de lieu (réponse à la question "où"), sans faire de distinction. Or, le sens de ces deux phrases est différent, puisque dans la première, je ne me trouve pas encore dans le lieu nommé, tandis que je m'y trouve dans la seconde phrase.
D'autres langues que le français montrent cette différence ; c'est le cas, en particulier, de l'allemand et du latin, qui utilisent la déclinaison pour la souligner.
La question posée est déjà différente en latin. Pour obtenir une réponse par la phrase "Je viens dans le jardin" nous devons poser la question quo. Ce terme interrogatif implique que la personne concernée change de lieu et se rend quelque part.
Pour obtenir une réponse par la phrase "Je suis dans le jardin", nous devons poser la question ubi. Ce terme interrogatif implique que la personne concernée ne change pas de lieu et ne se rend nulle part ailleurs que là où elle se trouve.
Voici donc les questions complètes que nous aurions pu poser pour obtenir les réponses déjà indiquées : a) Quo venis ? b) Ubi es ?
Par ailleurs, dans la réponse donnée, nous notons également une différence, dans l'emploi des cas. Lorsqu'on nomme l'endroit où on va, on utilise la préposition in suivie de l'accusatif. Lorsqu'on nomme l'endroit où on se trouve, on utilise toujours la préposition in, mais elle est suivie, cette fois, de l'ablatif.
Voici donc les réponses, en latin, aux questions qui précèdent et dont nous avons déjà la traduction en français.
a) In hortum venio. b) In horto sum.
Nous étudierons plus en détail les questions de lieu en classe de quatrième.
Exercice
Traduisez les phrases suivantes et indiquez si les compléments de lieu répondent à la question ubi ou à la question quo.
a) Il y a des dieux dans le ciel.
b) Nous sommes dans les rues de Rome.
c) Le chef envoie les soldats en Italie.
d) Les enfants travaillent à l'école.
e) Le maître vient avec son chien à l'école !
3. Lecture d'un texte en latin
Orphée et Eurydice (suite)
Cum Orpheus sub terra fuit, magnum et saevum canem, Cerberum, vidit. Tum lyra cecinit et statim canem placavit.
Post multa pericula ad Plutonem Proserpinamque pervenit et uxorem petivit. Tum Pluto Orpheo eam reddidit, sed dixit : "Numquam uxorem sub terra spectare debes. Eam spectare sub sole tantum potes."
Dum sub terra ambulaverunt, Orpheus Eurydicen non spectavit, sed ut primum solis lucem vidit, respexit. At Eurydices nondum ad terram pervenerat ! Ita misera clamavit : "Iterum sub terram descendere debeo." Ita Orpheus uxorem amisit.
Vocabulaire
lyra ae féminin : la lyre
placo as are avi atum : apaiser, calmer
periculum i neutre : le dangere
reddo is ere didi ditum :rendre
nondum : ne pas encore
iterum : à nouveau
amitto is ere misi missum : perdre
4. L'armée romaine
Les Romains sont un peuple guerrier souvent en lutte d'abord contre leurs voisins puis contre les peuples qu'ils cherchaient à soumettre pour étendre leur domination sur l'ensemble du bassin méditerranéen et même sur des terres situées très au nord ou à l'est de l'Europe actuelle.
À l'origine, les troupes romaines étaient constituées de citoyens qui partaient quelques mois, le temps d'une campagne militaire. Puis Rome a constitué peu à peu une armée "de métier", c'est-à-dire constituée d'hommes qui pouvaient rester plusieurs années (jusqu'à 25 ans de suite) loin de la ville. On appelle ceux des militaires qui combattent à pied des légionnaires (en français, on les appelle des fantassins). Lorsqu'ils prennent leur retraite, on les nomme des vétérans.
Leur équipement, qu'ils portent constamment sur eux même pour de très longues marches à pied, est très lourd : une cuirasse de cuir et de métal pour se protéger la poitrine et le dos ; un casque ; un bouclier d'environ un mètre de diamètre fait de bois, de cuir et de métal ; de grosses sandales aux semelles cloutées ; enfin des armes : un glaive, c'est-à-dire une courte épée à deux tranchants, et un javelot qui mesure près de trois mètres.
Tous ces légionnaires étaient réunis en groupes : à la tête de l'armée se trouve l'imperator (le général en chef) ; il commande plusieurs légions constituées chacune de 6000 hommes. La discipline est très dure et chaque soldat doit obéissance absolue à son chef. En cas de désobéissance, on appliquait différents châtiments, depuis la bastonnade jusqu'à l'exécution.
Que retenir ?
Il faut connaître par coeur les infinitifs présents et parfaits des modèles de conjugaison.
Il faut connaître par coeur les deux questions de lieu et le cas utilisé pour chacune d'elle.
Il faut avoir lu attentivement ce qui concerne l'armée romaine.