Chapitre 7
Les genres en latin
Nominatif et accusatif : notions complémentaires
Les esclaves dans l'Antiquité
I) Leçon
1. Les genres en latin
En français moderne, il n'existe que deux genres, le masculin et le féminin, pour qualifier les êtres vivants, les objets et les notions abstraites.
Dans de nombreuses autres langues comme l'espagnol, l'allemand ou le latin, il existe un troisième genre, appelé neutre (ce mot venant d'un terme latin qui signifie "ni l'un ni l'autre", c'est-à-dire ni masculin ni féminin), genre qu'on utilise en particulier pour qualifier des objets. À l'origine, la langue française connaissait également ce troisième genre, dont il ne subsiste plus que quelques traces dans des termes isolés comme "ceci", "cela" ou encore "quoi".
Lorsqu'en latin on cherche un nom dans le dictionnaire, celui-ci nous signale donc son genre, comme en français : on rencontrera donc des noms masculins, des noms féminins et des noms neutres.
Lorsqu'on cherche un adjectif dans le dictionnaire, comme en français, celui-ci nous est d'abord donné dans sa forme masculine. Puis, le dictionnaire nous indique la terminaison du féminin et enfin la terminaison du neutre.
2. Nominatif et accusatif : notions complémentaires
a) Des noms masculins
Nous avons vu, dans les leçons précédentes, que de nombreux noms masculins se terminent en us au nominatif singulier. L'exemple type en est le nom dominus (le maître de maison).
D'autres noms masculins se terminent en er au nominatif singulier. En voici deux exemples : puer (l'enfant, le garçon) ; magister (le maître d'école).
Voici leurs formes à l'accusatif singulier : puerum ; magistrum.
Voici leurs formes au nominatif pluriel : pueri ; magistri.
Voici leurs formes à l'accusatif pluriel : pueros ; magistros.
Nous constatons que les désinences (les terminaisons) sont identiques à celles que nous avions découvertes pour dominus. Mais dans l'un des deux modèles, puer, les deux lettres er du nominatif singulier sont intégralement conservées, tandis que dans l'autre, magister, la lettre e du nominatif singulier disparaît aux autres cas de la déclinaison.
b) Des noms neutres
À l'origine, les noms neutres, qui qualifiaient uniquement les objets, ne possédaient pas de nominatif. La raison en est simple : le nominatif est le cas du sujet, c'est-à-dire qu'il désigne celui qui agit, qui "fait" l'action. Or un objet ne peut jamais "agir" et ne peut donc jamais se trouver au nominatif.
Par la suite, on a formé des phrases dans lesquelles, grammaticalement, le nom neutre devenait sujet : il se met donc au nominatif. Toutefois, la désinence du nominatif neutre reste la même que celle de l'accusatif.
Voici donc les désinences au singulier : nominatif : um ; accusatif : um. Ce n'est pas difficile à retenir !
Voici un exemple : le temple : nominatif singulier : templum ; accusatif singulier : templum.
Au pluriel, on constate le même phénomène, mais avec une désinence spécifique (c'est-à-dire particulière) : le nominatif et l'accusatif pluriel se terminent tous deux par la lettre a.
Voici un exemple : les temples : nominatif pluriel : templa ; accusatif pluriel : templa.
c) Des adjectifs
Il ne faut pas oublier qu'un adjectif s'accorde en genre avec le nom qu'il accompagne. Il peut donc se mettre au masculin, au féminin ou au neutre, selon le genre du nom qu'il qualifie.
Nous avons déjà observé qu'un adjectif masculin se décline souvent sur le modèle du nom masculin dominus et qu'un adjectif féminin se décline souvent sur le modèle du nom féminin rosa. Lorsqu'un adjectif se met au neutre, il se déclinera souvent sur le modèle du nom neutre templum.
Voici un exemple : un grand temple :
nominatif singulier : magnum templum ;
accusatif singulier : magnum templum ;
nominatif pluriel : magna templa ;
accusatif pluriel : magna templa.
d) Tableau récapitulatif
Voici donc les formes de nominatif et d'accusatif que nous avons apprises au singulier et au pluriel pour chacun des modèles de noms suivants :
Rosa : rosa, rosam, rosae, rosas.
Dominus : dominus, dominum, domini, dominos.
Puer : puer, puerum, pueri, pueros.
Magister : magister, magistrum, magistri, magistros.
Templum : templum, templum, templa, templa.
Voici les formes que nous avons apprises pour les adjectifs qualificatifs et qui doivent être données dans l'ordre suivant : masculin, féminin et neutre. Le modèle est l'adjectif magnus (grand).
Nominatif singulier : magnus, magna, magnum.
Accusatif singulier : magnum, magnam, magnum.
Nominatif pluriel : magni, magnae, magna.
Accusatif pluriel : magnos, magnas, magna.
3. Un peu de vocabulaire
En latin, un nom est donné d'abord au nominatif, immédiatement suivi de la désinence d'un cas que nous n'avons pas encore appris, le génitif (cas du complément de nom), puis de son genre. Enfin nous est donnée sa signification. Il faut dès maintenant prendre l'habitude de mémoriser les mots de vocabulaire tels qu'ils sont donnés dans le dictionnaire : c'est un gain de temps pour les leçons à venir !
Voici un exemple : le mot dominus est présenté ainsi dans le dictionnaire : dominus i masculin : maître de maison. Il faut lire et apprendre par coeur ces indications de la manière suivante : dominus domini masculin : maître de maison.
En latin, un adjectif est en général donné au nominatif masculin, immédiatement suivi de la désinence du féminin singulier et de celle du neutre singulier. Enfin nous est donnée sa signification.
Voici un exemple : le mot magnus est présenté ainsi dans le dictionnaire : magnus a um : grand. Il faut lire et apprendre par coeur ces indications de la manière suivante : magnus magna magnum : grand.
Noms à retenir
caelum i neutre : ciel
deus i masculin : dieu
dominus i masculin : maître de maison
lupus i masculin : loup
magister magistri masculin : maître d'école
puella ae féminin : jeune fille
puer pueri masculin : garçon, enfant
rosa ae féminin : rose
servus i masculin : esclave
templum i neutre : temple
terra ae féminin : terre
Adjectifs à retenir
altus a um : haut, élevé.
doctus a um : savant, instruit.
magnus a um : grand.
Romanus a um : romain.
saevus a um : cruel.
II) Exercices
1. Traduire les phrases suivantes puis les mettre au pluriel
a) Dominus lupum audit.
b) Magnum templum adest.
c) Lupus saevus est.
d) Puella rosam videt.
e) Servus dominum non amat.
f) Magister doctus est.
2. Traduire les phrases suivantes
a) Est-ce que les Romains sont cruels ?
b) Les jeunes filles n'entendent pas le loup.
c) Les loups cruels entendent le garçon et la jeune fille.
d) Les garçons et les jeunes filles n'aiment pas le maître d'école.
e) L'esclave voit un temple élevé.
f) Les Romains aiment les temples élevés.
III) L'esclavage dans l'Antiquité
La plupart des sociétés antiques ont connu et pratiqué l'esclavage. Il existait deux sortes d'hommes : les hommes libres et les esclaves, qu'on considérait comme des "outils parlant" selon l'expression d'un philosophe grec. L'esclave n'était évidemment pas libre : il appartenait totalement à son propriétaire ( qui était soit un homme libre soit une cité), au point que celui-ci avait droit de vie et de mort sur lui.
On pouvait être esclave pour deux raisons. Par naissance, tout d'abord : le fils d'une esclave devenait esclave à son tour, même l'enfant d'une mère esclave et d'un père libre (mais pas l'enfant qu'une mère libre et d'un père esclave). C'est donc par la mère que se transmet l'esclavage. La guerre constitue l'autre source d'esclavage : tout individu d'une cité vaincue pouvait être emmené en esclavage, quel que soit son rang : même un roi peut devenir esclavage si sa cité est vaincue. Nul ne peut donc être assuré qu'il ne sera jamais esclave au cours de sa vie.
Les conditions de vie des esclaves dépendaient étroitement de la personnalité des maîtres : il existait des maîtres assez tolérants qui ne battaient pas trop leurs esclaves et les faisaient vivre de manière acceptable, les nourrissant suffisamment et leur accordant un temps de repos décent. Ces maîtres s'attachaient même parfois à leurs esclaves au point de leur donner de l'instruction : l'esclave apprenait alors à lire et à écrire et devenait le répétiteur du fils du maître lorsque celui-ci, à son tour, allait à l'école.
Mais bien des maîtres se montraient très cruels envers leurs esclaves, en particulier ceux qui, très riches, en possédaient beaucoup. Si un esclave mourait, peu importait : il suffisait de le remplacer comme on remplace une machine qui tombe en panne. Les esclaves qui appartenaient à l'État connaissaient également souvent des conditions de vie très pénibles : ils travaillaient d'ordinaire dans les mines ou dans le bâtiment et mouraient souvent à la tâche. Quelques privilégiés qui avaient reçu auparavant de l'instruction travaillaient dans l'administration.
Certains esclaves, en particulier ceux qui avaient la chance d'appartenir à un maître tolérant, pouvait "racheter" leur liberté, en mettant patiemment de côté l'argent nécessaire à ce "rachat". Ils appartenaient alors à une catégorie transitoire, celle des affranchis : les affranchis ne sont plus des esclaves mais ne sont pas encore des hommes libres. En revanche, leurs enfants sont considérés comme des hommes libres à part entière.
Quelques points de repère pour terminer : l'esclavage n'a guère été pratiqué sur le territoire français métropolitain mais les Français ont compté parmi les esclavagistes jusqu'à l'abolition officielle de l'esclavage, une première fois en 1794, puis définitivement le 27 avril 1848.
Malgré le texte de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, adopté à l'ONU (Organisation des Nations Unies) le 10 décembre 1948, et qui interdit la pratique de l'esclavage partout dans le monde, il subsiste bien des formes d'esclavage aujourd'hui encore : plus de cent millions d'enfants, en particulier, seraient contraints de travailler un peu partout sur la planète (y compris en Europe), certains jusqu'à plus de 15 heures par jour, dans des conditions épuisantes, sans aucune possibilité de s'y soustraire. Il reste donc beaucoup à faire pour que l'esclavage disparaisse de notre monde.
Que retenir ?
Il faut connaître par coeur le tableau récapitulatif des formes de déclinaison
Il faut connaître par coeur les mots de vocabulaire
Il faut avoir être capable de redire ce que signifie être esclave et de parler des différentes conditions de vie des esclaves.