Chapitre 8
Le vocatif. Le complément de lieu à l'accusatif.
Le présent de l'indicatif et de l'infinitif des verbes du premier groupe.
De Lutèce à Paris
I) Leçon et exercices
1. Le vocatif
En français comme en latin, il arrive fréquemment qu'on nomme la personne à qui on parle. En français, on dit que le mot (souvent un nom propre) est mis en apostrophe.
Exemple : Latifa, je veux te montrer quelque chose. Dans cette phrase, le sujet est le pronom personnel "je" ; le nom propre "Latifa" est mis en apostrophe : il désigne la personne à qui s'adressent les paroles. On remarquera que le nom mis en apostrophe est souvent séparé du reste de la phrase par une virgule.
En latin, on utilise le cas appelé vocatif pour désigner la personne à qui on s'adresse. Le mot vocatif est issu du verbe latin vocare qui signifie "appeler".
Les terminaisons du vocatif sont en général les mêmes que celles du nominatif, tant au singulier qu'au pluriel. Seul le vocatif singulier des noms terminés en us au nominatif singulier présente une terminaison différente, e. (Exemple : dominus : vocatif : domine).
Un mot au vocatif est souvent séparé du reste de la phrase par une virgule, comme en français. De plus, en latin, il est souvent précédé de l'interjection "o", que l'on ne traduit pas en français.
Exemple : O Paule, laetus sum cum te video. Paul, je suis content quand je te vois. Dans cet exemple, le nom propre Paulus (Paul) est bien mis en apostrophe, donc au vocatif en latin.
Voici un récapitulatif des formes de déclinaisons que nous connaissons maintenant : dans l'ordre sont présentées les formes de nominatif, de vocatif et d'accusatif, d'abord au singulier, puis au pluriel (le singulier et le pluriel étant séparés par un point-virgule).
Rosa, rosa, rosam ; rosae, rosae, rosas.
Dominus, domine, dominum ; domini, domini, dominos.
Puer, puer, puerum ; pueri, pueri, pueros.
Magister, magister, magistrum ; magistri, magistri, magistros.
Templum, templum, templum ; templa, templa, templa.
Un adjectif qualificatif épithète d'un nom au vocatif se mettra bien sûr également au vocatif. Les adjectifs qui se déclinent sur le modèle de l'adjectif magnus auront donc les mêmes formes de vocatif que rosa, dominus et templum.
Exercice
Traduire les phrases suivantes en latin (à l'aide du vocabulaire appris dans le chapitre précédent), puis les mettre au pluriel.
a) Loup, tu es cruel !
b) Jeune fille, tu es savante.
c) Maître, tu es bon.
d) Temple, tu es élevé !
e) Ami romain, tu es savant.
2. Le complément de lieu à l'accusatif
Nous avons appris dans le chapitre 6 que l'accusatif peut désigner le COD d'un verbe. Exemple : Servus dominum non amat : L'esclave n'aime pas le maître. La terminaison de dominum nous indique qu'il s'agit d'un accusatif ; donc ce mot est bien COD du verbe amat.
Lorsque le verbe de la phrase étudiée est un verbe indiquant un déplacement d'un endroit à un autre, l'accusatif peut également désigner le complément de lieu de ce verbe. On le distingue du COD très facilement, parce qu'il ne répond pas à la même question. Rappelons que les questions qui permettent d'identifier le COD sont "qu'est-ce que" ou "qui est-ce que" ; un mot à l'accusatif complément de lieu constitue la réponse à la question "Où va-t-il ?"
Exemples. Dans la phrase déjà citée (Servus dominum non amat), la question (en français) serait : Qui est-ce que l'esclave n'aime pas ? Réponse : le maître (COD du verbe).
Voici maintenant une autre phrase et sa traduction : Venit Romam. Il vient à Rome. Question : Où va-t-il ? Réponse : à Rome. Le mot Rome (Romam) est bien complément de lieu du verbe venir.
Lorsque le complément de lieu à l'accusatif est un nom propre de ville ou de petite île (c'est-à-dire une île qui porte le même nom que la seule ville qui s'y trouve), il s'emploie sans préposition. L'exemple précédent le montre : Venit Romam.
Lorsque le complément de lieu à l'accusatif est un nom propre de pays ou un nom commun, il est précédé de la préposition latine in, qu'on traduit, selon les cas, par le français dans, en, à, sur.
Exemples :
Venit in ludum. Il vient à l'école.
Venit in Italiam. Il vient en Italie.
Venit in hortum. Il vient dans le jardin.
Exercice
Traduire les phrases suivantes en choisissant s'il faut ou non utiliser la préposition latine in (Les mots de vocabulaire nécessaires sont donnés entre parenthèses à la suite de la phrase). Puis, mettre les sujets et les verbes au pluriel.
a) Le maître vient en Gaule (Gaule : Gallia ae féminin).
b) La jeune fille vient à Lutèce (Lutèce : Lutetia ae féminin).
c) Le loup vient dans la forêt (forêt : silva ae féminin).
d) Le dieu vient sur terre.
e) L'esclave ne vient pas dans le temple.
3. L'indicatif et l'infinitif présent des verbes du premier groupe latin.
En latin comme en français, les verbes sont classés en groupes. Il existe trois groupes de conjugaison en français ; en latin, il en existe cinq.
Aujourd'hui, nous allons apprendre à conjuguer à l'indicatif présent les verbes du premier groupe (ou première conjugaison). Leur modèle est le verbe aimer en latin.
Rappelons qu'en latin, le pronom personnel sujet n'est pas obligatoire. On ne l'emploie que pour insister. La forme verbale suffit à désigner la personne.
Voici les six formes du verbe aimer au présent de l'indicatif latin : amo ; amas ; amat ; amamus ; amatis ; amant.
Nous pouvons remarquer qu'à part à la première personne du singulier (qui provient d'un ancien *amao disparu depuis), toutes les désinences sont précédées de la voyelle a, voyelle caractéristique des verbes de cette première conjugaison.
Quant à l'infinitif présent de ces verbes, il se termine toujours par la désinence are. La forme amare constitue donc l'infinitif présent du verbe ; elle équivaut à la forme aimer en français.
Exercice et vocabulaire
Voici une liste de verbes de la première conjugaison, tels qu'ils sont présentés dans un dictionnaire : on nomme toujours d'abord un verbe par la première personne du singulier de l'indicatif présent (exemple : j'aime), suivie de la terminaison de deuxième personne, puis de la terminaison de l'infinitif. Exemple, pour le verbe aimer en latin : amo, as, are.
Pour chacun de ces verbes, exercez-vous à les conjuguer entièrement au présent de l'indicatif. Puis, apprenez par coeur cette liste.
Aro, as, are : labourer.
Canto, as, are : chanter.
Do, as, are : donner.
Impero, as, are : commander, ordonner.
Laboro, as, are : travailler.
Nego, as, are : dire non.
Penetro, as, are : pénétrer.
Pugno, as, are : combattre.
Specto, as, are : regarder, observer.
Voco, as, are : appeler.
II) De Lutèce à Paris
C'est d'abord l'actuelle île de la Cité (au centre de la capitale) qui fut habitée : l'île était facile à défendre et constituait un point de passage entre le Nord et le Sud ; de plus, la Seine, de navigation aisée, permettait de nombreux échanges. Il semble que le nom de Lutèce (nom ancien de Paris) date des premiers temps de l'occupation de ce territoire.
Vers 250 avant J.-C., des masses d'hommes venus du Nord-Est de l'Europe actuelle envahirent ce territoire ; on les appelle les Parisii et ils se fixèrent définitivement dans cette région, où ils vécurent de manière assez autonome et dans la prospérité.
Dans le dernier siècle qui précède l'ère chrétienne, les Romains voulurent faire de l'ensemble de la Gaule une colonie romaine. C'est à cette époque qu'apparaît le personnage très célèbre de Vercingétorix qui lança un appel à l'ensemble des peuplades gauloises (très indépendantes les unes des autres) pour qu'elles s'unissent contre l'envahisseur romain. Les Parisii se sont soulevés à cet appel de Vercingétorix, ont brûlé leur ville et leurs ponts avant l'arrivée des Romains qui se sont tout de même emparés de leur chef, Camulogène et ont ainsi pris la ville.
Par la suite, ce sont les conquérants romains qui ont reconstruit et agrandi la ville de Lutèce, surtout sur la rive gauche de la Seine (Sequana, en latin), parce que la rive droite risquait davantage d'être inondée. Lutèce devint ainsi une ville assez importante, d'environ 8 000 habitants.
Les invasions barbares qui ont ensuite ravagé l'ensemble de la Gaule n'épargnèrent pas Lutèce, dès la fin du IIIme siècle après J.-C. Peu à peu, toutefois, la cité est reconstruite, mais change de nom : le nom de Parisius (qui devint par la suite Paris) est attesté dès le début du IVme siècle.
La ville s'agrandit ensuite vers le nord au Moyen Âge et devint particulièrement importante sur le plan militaire.
Au fil du temps, Paris connut des périodes très prospères mais d'autres particulièrement noires ; la ville ne cessa pourtant de s'agrandir jusqu'à ses limites actuelles. On parle encore aujourd'hui d'extension : il serait question que certains quartiers de la proche banlieue soit inclus dans les limites de la capitale.
Que retenir ?
Il faut connaître par coeur le tableau récapitulatif des formes de déclinaison
Il faut connaître par coeur les formes du présent de l'indicatif de amo et se rappeler celles du présent du verbe sum.
Il faut connaître par coeur les dix verbes du premier groupe présentés ici.
Il faut connaître le nom ancien de Paris et de savoir à quelle époque la ville a pris son nom actuel.
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