LORENZACCIO 1834 ACTE II ScŠne IV Au palais des Soderini Marie Soderini, Catherine, øLorenzo, assis [[[Catherine, tenant un livre : Quelle histoire vous lirai-je, ma mŠre ? Marie : Ma øCattina se moque de sa pauvre mŠre; Est-ce que je comprends rien … tes livres latins ? Catherine : Celui-ci n'est point en latin, mais il en est traduit. C'est l'histoire romaine. øLorenzo : Je suis trŠs fort sur l'histoire romaine. Il y avait une fois un jeune gentilhomme nomm‚ øTarquin le fils. Catherine : Ah ! c'est une histoire de sang. øLorenzo : Pas du tout ; c'est un conte de f‚es. øBrutus ‚tait un fou, un monomane, et rien de plus. øTarquin ‚tait un duc plein de sagesse, qui allait voir en pantoufles si les petites filles dormaient bien. Catherine : Dites-vous aussi du mal de øLucrŠce ? øLorenzo : Elle s'est donn‚ le plaisir du p‚ch‚ et la gloire du tr‚pas. Elle s'est laiss‚ prendre toute vive comme une alouette au piŠge, et puis elle s'est fourr‚ bien gentiment son petit couteau dans le ventre. Marie : Si vous m‚prisez les femmes, pourquoi affectez-vous de les rabaisser devant votre mŠre et votre soeur ? øLorenzo : Je vous estime, vous et elle. Hors de l…, le monde me fait horreur. Marie : Sais-tu le rˆve que j'ai eu cette nuit, mon enfant ? øLorenzo : Quel rˆve ? Marie : Ce n'‚tait point un rˆve, car je ne dormais pas. J'‚tais seule dans cette grande salle ; ma lampe ‚tait loin de moi, sur cette table auprŠs de la fenˆtre. Je songeais aux jours o— j'‚tais heureuse, aux jours de ton enfance, mon øLorenzino. Je regardais cette nuit obscure, et je me disais : il ne rentrera qu'au jour, lui qui passait autrefois les nuits … travailler. Mes yeux se remplissaient de larmes, et je secouais la tˆte en les sentant couler. J'ai entendu tout d'un coup marcher lentement dans la galerie ; je me suis retourn‚e ; un homme vˆtu de noir venait … moi, un livre sous le bras - c'‚tait toi, øRenzo : "Comme tu reviens de bonne heure !" me suis-je ‚cri‚e. Mais le spectre s'est assis auprŠs de la lampe sans me r‚pondre ; il a ouvert son livre, et j'ai reconnu mon øLorenzino d'autrefois. øLorenzo : Vous l'avez vu ? Marie : Comme je te vois. øLorenzo : Quand s'en est-il all‚ ? Marie : Quand tu as tir‚ la cloche ce matin en rentrant. øLorenzo : Mon spectre, … moi ! Et il s'en est all‚ quand je suis rentr‚ ? Marie : Il s'est lev‚ d'un air m‚lancolique, et s'est effac‚ comme une vapeur du matin. øLorenzo : Catherine, Catherine, lis-moi l'histoire de øBrutus. Catherine : Qu'avez-vous ? vous tremblez de la tˆte aux pieds. øLorenzo : Ma mŠre, asseyez-vous ce soir … la place o— vous ‚tiez cette nuit, et si mon spectre revient, dites-lui qu'il verra bient“t quelque chose qui l'‚tonnera. (On frappe.) ] Explication Introduction Situation : voir r‚sum‚ de la piŠce øLorenzo reste myst‚rieux pour le spectateur : d‚bauch‚, lƒche, bas. Trois temps dans cet extrait : conversation sur øTarquin, rˆve de Marie et r‚action de øLorenzo Fil conducteur : les deux visages de øLorenzo. I) La conversation dans le temps pr‚sent Objet historique : l'‚tude = la vertu ; r“le de l'histoire romaine ; note historique : øTarquin : le Superbe ; øBrutus : celui qui s'est oppos‚ … øTarquin pour amener la R‚publique et celui qui a assassin‚ øC‚sar. Double jeu de øLorenzo : identification entre øAlexandre et lui-mˆme par d‚rision ; allusion … la folie de øBrutus, pris au piŠge de son propre r“le ; mais ‚galement un cri sincŠre, malgr‚ la bassesse de ses propos : "le monde me fait horreur". II) Le rˆve de Marie Amen‚ par la phrase d'avant. Tendresse et opposition implicite entre le øLorenzo d'avant et le øLorenzo actuel. Importance des diminutifs. Authenticit‚ de la scŠne : pr‚sence de la lampe, des larmes, du bureau ; spectre dans son apparence traditionnelle : noir, lent, silence ; obsession du d‚doublement chez øMusset, mais ici c'est aussi le thŠme du masque qui est symbolis‚ par le spectre. III) La r‚action de øLorenzo Aucune ironie ; ton pr‚cis ; pas de fioritures : indices de la vraie personnalit‚ de øLorenzo. Affolement quand il comprend l'incompatibilit‚ entre la pr‚sence du spectre et la sienne ; d'o— retour au sujet de conversation du d‚but de la scŠne, mais avec un ‚clairage diff‚rent : ce n'est plus øTarquin mais øBrutus qui est important. Annonce myst‚rieuse : ‚l‚ment de suspense pour le spectateur. Conclusion ThŠme r‚current du spectre : øLorenzo double mais prisonnier de son jeu Efficacit‚ du passage : ‚tats successifs de øLorenzo (cynisme, puis ‚motion trŠs forte) font douter le spectateur : qui est øLorenzo ?