La Chevelure

Maupassant

Plan de cette fiche

I) Les étapes du récit

II) Les techniques narratives

III) Les éléments fantastiques

 

Introduction

Une nouvelle très brève, à l'atmosphère étrange et envoûtante.

Un récit au second degré : un journal lu par le narrateur, sans que ce dernier fasse partie de l'action (sauf à la fin, en tant que témoin).

Donc, une garantie d'objectivité pour l'écrivain et le lecteur (procédé courant chez les romanciers).

 

I) Les étapes du récit

Six étapes encadrées par les propos du narrateur

1ère étape : 31 ans de vie tranquille, marquée par un goût prononcé pour les objets anciens. Exemple de la montre et des souvenirs qu'elle garde secrets.

2ème étape : La découverte et l'achat du meuble : 8 jours de bonheur.

3ème étape :La découverte de la chevelure, un soir : un moment de grande émotion.

4ème étape : Progression des sentiments : de l'attente de l'amour à l'amour avoué : un mois ou deux.

5ème étape : L'apparition : une nuit ; phénomène réitéré "tous les jours, toutes les nuits".

6ème étape : l'étalement du bonheur amoureux : "toujours, partout" ; puis, brusquement, l'emprisonnement : fin du journal.

Ce récit est encadré par la visite de la cellule et du malade au début de la nouvelle, puis par les cris du malade et la preuve de l'existence de la chevelure à la fin. Il se termine sur un point d'interrogation : cette chevelure possède effectivement un étrange pouvoir...

 

II) Les techniques narratives

1. Un narrateur témoin et non actant, qui découvre un journal : une preuve d'objectivité du récit.

2. Importance du temps : présent de l'écriture et passé événementiel ; imparfait duratif et passé simple marquant la soudaineté.

Alternance de séquences descriptives et événementielles.

3. Mise en alerte du lecteur, à la manière des intrigues policières. Le lecteur ne peut faire le lien, d'emblée, entre la folie du personnage et la découverte du meuble et celle de la chevelure.

 

III) Les éléments fantastiques

1. La vie de la chevelure

Elle se déplace toute seule, réagit face au jeune homme (par ses caresses) et possède même une âme. Quelques expressions : "elle se déroula", "elle me coulait", "la seule partie vivante", "elle m'agitait", "comme si elle eût été un être vivant", "plus animée".

2. De la chevelure à la femme

Au début du journal, le meuble ou l'objet ancien évoquent un être féminin. Un amour par intermédiaire. Le meuble est comparé à "un visage de femme" ; vocabulaire du charme et de l'attirance ("lune de miel").

La chevelure est ensuite d'emblée assimilée à une femme aimée ; sensualité débordante à son contact ; "un parfum presque insensible, si vieux qu'il semblait l'âme d'une odeur...".

Au fur et à mesure que la chevelure se transforme en femme, l'amour du jeune homme grandit. Enfin, la chevelure disparaît pour laisser place à la femme : "les morts reviennent..."

Le narrateur insiste alors sur les caractéristiques les plus sexualisées de la femme, sur l'aspect ondulant de son corps.

Elle devient femme et maîtresse, pourvue d'une certaine position sociale, "conduite au théâtre.."

3. Une nouvelle fantastique ?

a) Structure de la nouvelle : nous savons que nous allons lire le journal d'un fou : le narrateur ne prend donc pas le récit à son compte. D'où le regard distant du lecteur qui ne s'identifie pas au jeune homme et sait qu'il s'agit d'une folie.

b) Pourtant, nous croyons à son bonheur. Un bonheur total, parce que, justement, il ne se heurte à aucun obstacle matériel. Au fur et à mesure de la lecture du journal, nous perdons de vue la situation initiale et l'existence d'un narrateur premier.

c) Après la lecture du journal, retour à la réalité de l'hôpital psychiatrique. La situation devrait donc être sans aucune ambiguïté. Mais la chevelure jette à nouveau le trouble : il subsiste un vent de mystère : elle exerce un véritable pouvoir sur des être pourtant sains d'esprit.

 

Conclusion

Une nouvelle dans laquelle Maupassant utilise un procédé qui lui est cher : ce n'est pas un conte de fée, il ne s'y déroule pas d'événement totalement incroyable (il n'est pas vrai que les morts reviennent et le jeune homme est réellement fou).

Mais aucune explication rationnelle ne permet de comprendre ce pouvoir de la chevelure à la fin du texte : le narrateur est-il devenu fou à son tour, ainsi que le médecin ? À chaque lecteur de trouver sa propre réponse.

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