La tentation artistique dans
Le Voyage en Orient
de
Gérard de Nerval
Sommaire de cette fiche
Introduction Première partie Deuxième partie ConclusionNote : les références sont celles de l'édition du Club français du livre
INTRODUCTION
Deux idées à retenir pour approcher ce que Nerval a pu conclure de son Voyage en Orient :
1. une grande désillusion.
Nerval a toujours eu une attirance quasi physiologique pour l'Orient, terre de rêves, pays mystérieux, nourri de légendes.
On trouve souvent dans la correspondance des expressions telles que:
"LE CAIRE, la ville des mille et une nuits"
"LA SYRIE, ce beau et célèbre pays",
pour qualifier des sites que Nerval n'a encore jamais vus de ses propres yeux. Or, c'est dans cette même correspondance qu'il fait état de ses déceptions de plus en plus nombreuses à mesure qu'il découvre la profonde différence entre l'Orient qu'il comptait voir et celui qui s'offre à sa vue.
Cf. Lettre 100 Page 878 :
"Pourtant, j'en conviens, l'Orient n'est plus la terre des prodiges, et les péris n'y apparaissent guère, depuis que le Nord a perdu ses fées et ses sylphides brumeuses."
Cf. Lettre 100 page 881:
"Que nous réalisons bien tous les deux la fable de l'homme qui court après la fortune et de celui qui l'attend dans son lit. Ce n'est pas la fortune que je poursuis, c'est l'idéal, la couleur, la poésie, l'amour peut-être, et tout cela t'arrive à toi qui restes, en m'échappant à moi qui cours. Une seule fois, imprudent, tu t'es gâté l'Espagne en l'allant voir, et il t'a fallu bien du talent ensuite et bien de l'invention pour avoir le droit de n'en pas convenir. Moi, j'ai déjà perdu royaume à royaume, et province à province, la plus belle moitié de l'univers, et bientôt je ne vais plus savoir où réfugier mes rêves; mais c'est l'Égypte que je regrette le plus d'avoir chassé de mon imagination, pour la loger tristement dans mes souvenirs!...Toi, tu crois encore à l'ibis, au lotus pourpré, au Nil jaune; tu crois au palmier d'émeraude au nopal, au chameau peut-être... Hélas ! l'ibis est un oiseau sauvage, le lotus un oignon vulgaire; le Nil est une eau rousse à reflets d'ardoise, le palmier a l'air d'un plumeau grêle, le nopal n'est qu'un cactus, le chameau n'existe qu'à l'état de dromadaire, les almées sont des mâles, et quant aux femmes véritables, il parait qu'on est heureux de ne pas les voir !"
Cf. Lettre 106 page 891:
"En somme l'Orient n'approche pas de ce rêve éveillé que j'en avais fait il y a deux ans, ou bien c'est que cet Orient-là est encore plus loin ou plus haut, j'en ai assez de courir après la poésie ; je crois qu'elle est à votre porte, et peut-être dans votre lit. Moi je suis encore l'homme qui court, mais je vais tâcher de m'arrêter et d'attendre."
Nerval a donc été cruellement déçu dans ses espérances, et tous les préjugés favorables qu'il avait sur l'Orient se trouvent anéantis en face de la réalité des pays qu'il visite.
2. Une source d'inspiration
Pourtant, il s'est opéré en Nerval, au cours même de ce Voyage, une transformation assez puissante, pour que malgré ces déceptions qui ont dû le toucher fortement, Aristide Marie puisse écrire dans son livre Gérard de Nerval Le poète et l'homme (l'Orient vers Isis ) : "À Marseille il fut reçu au débarcadère par Piety et quelques amis, enchantés de son retour. Tous furent frappés du reflet lumineux qui spiritualisait sa figure, de l'éclat extatique de ses yeux et de son front. Il semblait que la flamme intérieure qui le consumait eût reçu un aliment nouveau".
Cette double attitude du poète déçu mais qui semble d'autre part avoir trouvé en Orient de nouvelles sources pour son génie littéraire permet de mieux comprendre l'originalité artistique du Voyage. D'un journal, d'un feuilleton, Nerval a fait une oeuvre d'art.
Élaboration du Voyage en tant qu'oeuvre littéraire et artistique
1 DU JOURNAL DESCRIPTIF À LA CREATION LITTERAIRE ET ARTISTISQUE
Comme on l'on déjà vu, le Voyage en Orient n'est pas un simple document. Nerval parti comme journaliste, a finalement tiré de ses carnets de Voyage un ouvrage élaboré en sept années (1ère parution en 1851) à mi chemin quand on le lit entre le récit et le roman.
Nerval se sent obligé parfois de rappeler le but primitif de son ouvrage.
Cf. Druses et Maronites - IV les Akkals - l'Antiliban - chapitre 4 (fragment de correspondance) p.492 :
"j'interromps ici mon itinéraire, je veux dire ce relevé jour par jour, heure par heure, d'impressions locales, qui n'ont de mérite qu'une minutieuse réalité".
Cf. :Les Femmes du Caire - Vl la Santa Barbara - 6 journal de Bord p. 311:
"Je recueille un par un des événements qui n'ont de mérite que par leur simplicité même, et je sois qu'il serait aisé pourtant, fut-ce dans la relation d'une traversée aussi vulgaire que celle du golfe de Syrie, de faire naître des péripéties vraiment dignes d'attention, mais la réalité grimace à côté du mensonge, et il vaut mieux, ce me semble, dire naïvement, comme les anciens navigateurs: "Tel jour, nous n'avons rien vu en mer qu'un morceau de bois qui flottait à l'aventure; tel autre, qu'un goéland aux ailes grises..." jusqu'au moment trop rare où l'action se réchauffe et se complique d'un canot de sauvetage qui viennent apporter des ignames et des cochons de lait rôtis".
Nerval ici se défend de transformer la réalité, ce que pourtant il a fait à maintes reprises si ce n'est presque tout au long du livre.
Le Voyage est donc une oeuvre littéraire réelle, qui nécessite une création artistique de la part de l'auteur. C'est en ce sens qu'il se différencie du simple "Journal de bord". La réalité, l'observation des faits sont la base du livre, mais ne sont que des matériaux utilisés en vue d'un travail original, et non le but d'une oeuvre qui serait essentiellement descriptive, et la plus objective possible.
L'observation des faits se trouve donc modifiée dans l'oeuvre littéraire par plusieurs facteurs capitaux chez Nerval : le souvenir, l'imagination et le rêve.
Le fait vécu donne lieu à une transposition à deux niveaux permettant une création artistique et par là même une oeuvre littéraire.
2. RÉALITE MODIFIÉE DANS L'OEUVRE D'ART.
1) Le souvenir
Il a été établi que toute création part d'un souvenir, On ne crée rien à partir du néant. ( Cf. la philosophie du souvenir chez Bergson - l'imagination créatrice n'existe pas).
En ce qui concerne le Voyage en Orient, il est sûr que Nerval a fait appel à toute sa culture orientale pour pallier l'insuffisance de ses propres connaissances.
Les éléments qui appartiennent au domaine du souvenir se situent à deux niveaux d'égale importance:
- l'emprunt pur et simple à des oeuvres littéraires ou artistiques
-l'environnement socio-culturel de Nerval et toute la mode orientaliste qui triomphait chez les artistes de l'époque.
a) Nerval ne s'est pas gêné pour trouver chez les autres ce qui lui manquait dans ses notes. On ne peut faire un catalogue des ouvrages dont il s'est servi. En voici toutefois quelques uns:
- le principal est celui de Williams Lane (Maners and custums of the modern Egyptiaris), qu'il dit lui-même avoir utilisé: cf. correspondance "Voyage")
- Dimo Stephanordi : Voyage en Grèce.
- Castellan : Lettres sur la Morée
- Herbert de Molainville : Bibliothèque orientale
- Baron de Bock : Essai sur l'histoire du sabéisme (1788)
- Contes des Mille et une nuits
Il a même été montré que parfois il s'agissait d'emprunts textuels pour lesquels on ne peut plus vraiment parler de souvenir.
b) Il est peut-être plus intéressant de voir l'influence qu'a eue sur Nerval tout le contexte culturel de son époque. L'orientalisme était à la mode. Nerval en parle dans sa correspondance (allusions aux cafés orientaux", à des opéras). Nous l'avons vu aussi en peinture avec Delacroix, Chasseriau, Gleyre... Nerval dans ses descriptions gardera le souvenir de ces oeuvres, de la lumière et des couleurs utilisées par les peintres.
Cf. Correspondance page 886 :
"On sent une grande privation en Orient, c'est la musique et les intérieurs éclairés. Ensuite on sait trop ce qu'on va voir. Partout les peintres nous ont découpé l'Asie en petits carrés pendus au mur ; hormis en Syrie, je n'ai pas trouvé un paysage imprévu".
Cf. Voyage en Orient, page 199 : Femmes du Caire : 11 - Les Esclaves - Chapitre XII Abdel Kerim :
"Je poussai un cri d'enthousiasme; je venais de reconnaître l'oeil en amande, la paupière oblique des javanaises, dont j'ai vu des peintures en Hollande".
La société tout entière est tournée vers l'Orient, et Nerval part en Égypte en croyant trouver des traditions très vivantes encore. Cette conception entièrement fausse de l'Orient, il cherchera à tout prix à la retrouver, même s'il doit pour cela revenir à Paris et effacer le souvenir de son séjour en Orient.
Cf. Correspondance page 882 (lettre 100) :
"Que je suis curieux d'aller voir à Paris le Caire de Philastre et Cambon ; je suis sûr que c'est mon Caire d'autrefois, celui que j 'avais vu tant de fois en rêve, qu'il me semblait comme à toi, y avoir séjourné dans je ne sais quel temps, sous le règne du sultan Bibars ou du calife Haken !... Mais c'est à cette Égypte là que je crois et non pas à l'autre: aussi bien les six mois que j'ai passés là sont passés ; c'est déjà le néant..."
2) L'imagination
Mais les souvenirs chez Nerval n'existent pas non plus à l'état pur; ils entrent dans le cadre de ce qu'on appelle l'imagination combinatoire du poète. Nerval rêve ses souvenirs et les recompose en leur adjoignant d'autres réminiscences. Comme ce qu'il a vu le déçoit, et que ses souvenirs évoquent un Orient plus attrayant, l'imagination du poète s'empare de cette conception d'un Orient merveilleux, et Nerval se compose un Orient personnel et original.
Cf. Jean Richer : Préface du Voyage, édition du Club Français du Livre page XXVI !
"En composant son récit de Voyage, il a sans cesse préféré l'Orient qu'il rêvait à celui qu'il avait vu. Jusqu'à sa mort, Nerval vivra dans Orient de rêve, recomposé à partir d'éléments divers dont quelques-uns seulement reposent sur une expérience objectivement vérifiable".
Nerval lui-même dans le Voyage reconnaît ce processus comme étant le sien.
Cf. Femmes du Caire - IV Les Pyramides - 4 - Le départ -page 265 :
"Je quitte à regret cette vieille cité du Caire, où j'ai retrouvé les dernières traces du génie arabe, et qui n'a pas menti aux idées que je m'en étais formé d' après les récits et les traditions de l'Orient. Je l'avais vue tant de fois dans les rêves de la jeunesse, qu'il me semblait y avoir séjourné dans je ne sais quel temps; je reconstruisais mon Caire d'autrefois au milieu des quartiers déserts ou des mosquées croulantes! Il me semblait que j'imprimais les pieds dans la trace de mes pas anciens; j'allais, je me disais : En détournant ce mur, en passant cette porte, je verrai telle chose... et la chose était là, ruinée, mais réelle".
Notons l'antithèse :
merveilleux / ruine ; rêve / réalité.
Utilisation des formes d'art dans le Voyage en Orient
Toutes les formes d'art sont présentes dans le Voyage : musique, peinture danse, théâtre.... Mais toutes ne peuvent être analysées sur le même plan. Nerval est lui-même l'acteur et le peintre, mais il se contente de noter les danses qu'il voit et la musique qu'il entend. Quant au conte, il se situe à mi-chemin , puisque Nerval, sous le couvert d'un antre personnage (cheik druse, conteur professionnel) est le vrai conteur.
Nous voyons donc deux niveaux en ce qui concerne l'analyse des formes d'art dans le Voyage.
-un niveau ou Nerval est passif, qui est descriptif et assez neutre ;
-un niveau plus personnel. Nerval, actant, est l'artiste.
1. MUSIQUE ET DANSE
Ce que Nerval voit et entend en Orient
La musique et la danse sont en quelque sorte les symboles de l'art oriental selon la tradition européenne. À l'époque de Nerval, Paris offre d'ailleurs toutes sortes de spectacles dits orientaux, où l'originalité de ces deux formes d'expression est cristallisées à tel point qu'elle perd sa vivacité. (Cf. Correspondance). Dans le Voyage, Nerval s'efforce de décrire quels en sont précisément les caractères spécifiques, tout. en restant le plus impartial possible.
Danses et musique sont inséparables en Orient; ou du moins si la musique existe à l'état pur, il n'est pas de danse sans rythme ou intonations musicales.
1) LA DANSE
Elle n'est jamais gratuite, donnée pour elle même, mais: elle fait partie intégrante de tout un ensemble de rites au cours de fêtes traditionnelles dans la société orientale : le mariage (les mariages cophtes), les bals qui saluent le coucher du soleil, les fêtes du Ramazan...
Les danses orientales sont plutôt présentées cornue une suite de mouvements mystérieux que comme une technique très précise et dont les détails peuvent être tous perçus et expliqués. La courbe et le cercle sont les figures le plus souvent décrites. Le vocabulaire en témoigne:
-mariage cophtes : "un vaste cercle - aller et venir"
-les almées : "tournoiement rapide - mouvement voluptueux"
-Nuits du Ramazan : "balancement - entrelacement- pas en guirlande"
Ce sont plutôt des danses folkloriques, qui n'ont pas pour but de raconter quelque chose. Elles présentent une chorégraphie dont les formes tendent toutes à être courbes et sont chargées d'un sens mystérieux : rappel d'un Orient mythique et merveilleux, Le costume joie un grand rôle dans la danse orientale, tant pour sa forme que pour ses couleurs.
Cf. Voyage en Orient page 114 : Femmes du Caire - 1 - Mariage Cophte -Une noce aux Flambeaux :
" Ils allaient et venaient guidés par une femme voilée et vêtue d'un manteau à larges raies, qui, tenant à la main un sabre recourbé, sembla tour à tour menacer les danseurs et les fuir".
On voit dans cet exemple que l'ampleur du vêtement contribue encore à donner à la danse cette impression de courbes perpétuelles.
Cf. page 112 : Femmes du Caire : II - Les Esclaves - 3 Khowals :
"leur: talons qui frappaient le sol, pendant que les bras levés en répétant la rude secousse faisaient résonner des clochettes et des anneaux; les hanches frémissaient d'un mouvement voluptueux; la taille apparaissait nue sous la mousseline dans l'intervalle de la veste et de la riche ceinture relâchée et tombant très bas comme le ceston de Vénus".
Ici le corps lui-même participe au mouvement général de la danse. Cette abondance de courbes respire 1e luxe et la volupté (deux traits spécifiques de l'Orient figé par les Européens).
Cf. p. 533 Nuits du Ramazan 1 - Stamboul et Pera - 4 San-Dimitri :
"C'était là, évidemment une danse grecque - avec les balancements des hanches, les entrelacements et les pas en guirlande que dessine cette chorégraphie... Elles étaient la plupart jolies et fort gracieuses, sous le costume levantin leurs calottes rouges festonnées d'or, les fleurs et les gazillons lamés de leurs coiffures, les longues tresses ornées de sequins qui descendaient jusqu'à leurs pieds leur faisaient de nombreux partisans dans l'assemblée."
Cette fois, importance de la couleur : rouge et or, qui sont deux couleurs fondamentales dans l'esprit Nervalien ; c'est la couleur du feu, symbole du mouvement, jointe à une interprétation psychanalytique possible.
2) LA MUSIQUE
Les notations musicales sont beaucoup plus nombreuses que celles qui concernent la danse. (sans doute Nerval était-il plus sensible à la musique). À l'image de la danse, la musique fait partie intégrante des composantes de la société orientale et ne peut être analysée hors de son contexte social. Elle est présente aussi bien au spectacle, dans les fêtes, que dans la vie quotidienne. (chanson populaire, bruits de la foule et voix même des indigène C'est essentiellement une musique populaire.
C'est d'abord l'étrangeté de cette musique qui frappe l'oreille européenne de Nerval.
Cf. p. 154, Femmes du Caire, II - Les Esclaves - 1 Lever de soleil :
"C'est avec un étonnement toujours plus vif .. .que j'ouvre mes sens peu à peu aux vagues impressions d'un monde qui est la parfaite antithèse du nôtre. La voix du Turc qui chante au minaret voisin, la clochette et le trot lourd du chameau qui passe, et quelque fois son hurlement bizarre.... tout cela me surprend, me ravit.., ou m'attriste, selon les jours".
Cf. p. 365 : Druses et Maronites : 1 Prince du Liban, 1 La montagne :
"au coin du sentier, il y a un cabaret établi dans le creux d'un arbre énorme. Là se réunissent les jeunes gens des environs... l'accent guttural de leur voix, la mélopée traînante d'un récitatif nasillard, se succèdent chaque nuit, au mépris des oreilles européennes qui peuvent s' ouvrir aux environs."
Ce n'est pas seulement la musique dans un sens instrumental, mais tout son et particulièrement la voix humaine, qui résonnent aux oreilles de Nerval.. Nerval est très sensible à tous les phénomènes linguistiques (accent tonique, facilité avec laquelle Nerval apprend les langues vivantes, et l'attirance qu'il a toujours éprouvé pour les langues orientales).
Cette musique étrange blesse d'abord son oreille.
Cf. Femmes du Caire p. 109 - 1- Mariage Cophte - 1. Le Masque et le Voile :
"Mon premier sommeil se croisait d'une manière inexplicable avec les sons des vagues d'une cornemuse et d'une viole enrouée qui agaçaient sensiblement mes nerfs".
Mais rapidement Nerval est convaincu du charme de cette musique. La langue des pays qu'il traverse, sa musique naturelle l'enchante:
Cf. p. 295 Femmes du Caire : Vl La Santa Barbara - 1 Un compagnon :
"Il y a dans certaines langues méridionales un charme syllabique, une grâce d'intonation qui convient aux voix des femmes et des jeunes gens, et qu'on écouterait volontiers des heures entières sans comprendre. Et puis ce chant langoureux, ces modulations chevrotantes qui rappellent nos vieilles chansons de campagne, tout cela me charmait avec la puissance du contraste et de l'inattendu; quelque chose de pastoral et d' amoureusement rêveur jaillissait pour moi de ces mots riches en voyelles et cadencés comme des chants d'oiseaux."
Cf. Druses et Maronites page 365 - 1 - Prince du Liban - 1) La montagne :
"j'avouerai pourtant que cette musique primitive et biblique ne manque pas de charme quelquefois pour qui sait se mettre au-dessus des préjugés du solfège."
Nerval est littéralement envoûté par cette musique qui peut l'émouvoir jusqu'aux larmes lors de cette cérémonie en l'honneur d'un saint derviche.
Cf. Femmes du Caire page 174 - 11. Les Esclaves et Les Derviches :
"Une trentaine de chanteurs, assis en ovale autour du candélabre, semblaient former le choeur d'un chant dont quatre autres, debout au milieu d'eux entonnaient successivement les strophes ; il y avait de la douceur et une sorte d'expression amoureuse dans cet hymne nocturne qui s'élevait au ciel avec ce sentiment de mélancolie consacrée chez les orientaux à la joie comme à la tristesse."
Dans ce pays dominé par la lumière éclatante du soleil, la musique semble vouloir donner une note plus douce, moins brutale, en nuançant tous les sentiments exprimés. (La danse aussi, puisque le mouvement courbe est la moins brutale des formes géométriques, celle dont les limites sont le plus estompées).
Enfin dans les détails donnés par Nerval, on remarque trois des caractéristiques essentielles de la musique orientale:
a) la monodie (psalmodie, litanies). Nerval ne semble pas tellement apprécier le caractère répétitif de la musique orientale.
Cf. Femmes du Caire - 1 - Mariage Cophte - 2) Une noce aux flambeaux :
"le cortège avançait fort lentement, au son mélancolique d'instruments imitant le bruit obstiné d'une porte qui grince ou d'un chariot qui essaye des roues neuves".
On voit que la comparaison avec une porte ou un chariot grinçant n'est pas flatteuse. De même, page 308 dans Femmes du Caire - Vl - La Santa Barbara 5) Idylle :
"L'esclave avait appris au Caire je ne sais quelle chanson de harem dont le refrain revenait toujours sur une mélopée soporifique".
Nerval reconnaît cependant la puissance quasi religieuse qu'exercent ces mélopées sur les indigènes puisqu'en parlant des cérémonies des Derviches, il emploie les termes:" visions béatiques et extases".
b) la richesse rythmique. C'est peut-être une des choses qui ont le plus frappé les Européens.(originalité sur laquelle se sont basées même des oeuvres plus contemporaines, comme le Boléro de Ravel : toute la partition se déroule sur un rythme très ferme et persistant du début la fin). Toute la musique orientale de l'Espagne à l'extrême Orient est reconnaissable à ses rythmes, et aussi aux instruments qui permettent de les obtenir.
Cf. page 114 Femmes du Caire - 1 - Mariages Cophtes 11) Une Noce aux Flambeaux :
"les oualems ou almées accompagnaient la danse de leurs chants en frappant avec les doigts sur les tambours de terre cuite qu'un de leur bras tenait suspendus à la hauteur de l'oreille. L'orchestre composé d'une foule d'instruments bizarres, ne manquait pas de faire sa partie dans cet ensemble, et les assistants s'y joignaient en outre en battant la mesure avec les mains. (N.B. Insistance de Nerval sur la popularité de la musique en Orient ; tout le monde participe à cette musique. Peut-être est-ce un regret de Nerval vis-à-vis de nos salles de concert où les spectateurs et les musiciens sont séparés par un invisible mur. Nerval préfère nettement la musique populaire à ce qui semble être pour lui une sorte de mascarade).
c) le rôle rituel et religieux de la musique. On a déjà vu comment la musique était expression de la mélancolie, d'un sentiment qui n'est ni joie ni tristesse, comment aussi elle permet à certains, comme les derviches, d'entrer en extases, en communion avec un monde supérieur. Elle permet enfin d'éloigner les mauvais esprits; c'est le cas avec Zeynar.
Cf. page 245 Femmes du Caire - III) Le harem- 11 Les Afrites
"Mais il fallait tout à fait extirper le mal ; on fit lever l'esclave, et elle se pencha sur la fumée, ce qui provoqua une toux très forte; pendant ce temps, la vieille lui frappait le dos, et toutes chantaient d'une voix traînante des prières et des imprécations arabes."
2. PEINTURE ET THEATRE
Nerval artiste et créateur
1 LA PEINTURE
Nerval s'est souvent plaint de ne pas savoir peindre. Dans une lettre à son père, regrettant de ne pas mieux lui décrire ce qu'il avait vu, il s'exclame même :"oh si j'étais peintre !"
Pourtant le Voyage est presque une véritable fresque. Toutes les descriptions pourraient être celles d'un peintre qui n'ayant pas de crayon ou de papier à dessin, note ce qu'il voit pour un futur tableau (cf. l'édition du Club français du livre : le texte de Nerval y est mis en image dans sa presque totalité). Il y a deux types de "tableaux" que Nerval affectionne particulièrement :
les paysages qui s'étendent à l'infini et les portraits de femmes.
a) les paysages
Quand Nerval décrit une rue ou un quartier, il travaille plutôt en journaliste, en donnant maints détails sur l'architecture, la disposition des lieux et la vie du quartier et de la rue.
Cf. p. 127 Femmes du Caire : 1 - Les mariages cophtes ; 5) Le Mousky :
"Lorsqu'on a tourné la rue en laissant à gauche le bâtiment des haras, on commence à sentir l'animation de la grande ville...Le lieu est d'ordinaire très frayé, très bruyant, très encombré de marchandes d'oranges, de bananes, et de cannes sucre encore vertes, dont le peuple mange avec délice la pulpe sucrée."
Il s'attache à montrer une population grouillante, la richesse et l'exubérance ces couleurs surtout les jours de marché. Bref, on y trouve tout l'éclat de la vie méditerranéenne.
Au contraire, quand il s'attache à décrire des points de vue, de vastes étendues où son regard peut errer à l'infini, son esprit est plus porté à la réflexion. Dans ces pages, on trouve de la poésie et tout ce cortège de sentiments teintés de mélancolie chers aux romantiques.
Tous ces paysages peuvent être situés dans le temps à quelques heures près. Nerval a assez contemplé les tableaux de °Delacroix et de tous les peintres qui se sont attachés à faire ressortir l'importance de la lumière. C'est la lumière de l'aube et celle du couchant qu'il aime le mieux décrire. Peut-être parce qu'à cette heure les couleurs dominantes sont le rouge et l'or, couleurs Nervaliennes comme on l'a déjà vu, et surtout couleurs du feu que Nerval se plaît à rapprocher de la lumière.
Cf. p. 325. Femmes du Caire- VI - La Santa Barbara 9) Côtes de Palestine.
"Le matin, vous vous colorez si doucement, à demi rose, à demi bleuâtre, comme des nuages mythologiques, du sein desquels on s'attend toujours à voir surgir de riantes divinités ; le soir, ce sont des embrasement merveilleux, des voûtes pourprées qui s'écoulent et se dégradent bientôt en flocons violets, tandis que le ciel passe des teintes du saphir à celles de l'émeraude, phénomène si rare dans les pays du nord."
Nerval aime aussi la clarté de la lune qui incite peut-être plus que celle du soleil à la rêverie (cf. les pages de ses contemporains romantiques : Chateaubriand, Lamartine etc. et les peintres romantiques tels Caspar, David Friedrich).
Cf. Page 478 : Druses et Maronites - IV- Les Akkals et l'Antiliban 3) Un déjeuner à Saint Jean d'Acre" La nuit tombait lorsque nous entrâmes dans le port de Saint-Jean d'Acres... La ville endormie ne se révélait encore que par ses murs à créneaux, ses tours carrées et les dômes d'étain de sa mosquée, indiquée de loin par un seul minaret. À part ce détail musulman, on peut rêver encore la cité féodale des templiers, le dernier rempart. Le jour vint dissiper cette illusion en trahissant l'amas des ruines informes".
On retrouve dans cette opposition nuit / jour réalité / rêve, merveilleux / ruine, illusion / trahison,
celle qui est une des origines de la création artistique chez Nerval,
l'opposition entre rêve et réalité que nous avons vue au début de l'exposé.
b) le portrait
On peut remarquer dans les portraits que Nerval nous livre dans le Voyage une nette prédominance des portraits de femmes. Tous ces portraits présentent un certain nombre de constantes :
- Nerval est d'abord préoccupé par l'allure générale de ses personnages. Quand il fait une description sommaire, c'est ce détail qu'il retiendra d'abord. Par exemple, en ce qui concerne les femmes, c'est l'ampleur de leur vêtement, symbole de volupté, d'abandon et de mystère, qu'il nous décrit.
- Ce qui intéresse ensuite Nerval, c'est de placer ses personnages, surtout selon leur apparence physique. Il ne pourrait faire autrement dans ses descriptions du marché des esclaves où les noires sont d'un côté, les Éthiopiennes de l'autre, mais par la suite il aime montrer qu'au premier coup d'oeil, il reconnaît l'origine de son personnage.
Cf. page 545 - Nuits du Ramazan - 1- Stamboul et Perra 7) Quatre portraits :
"Celle qui occupait le milieu du divan était une Circassienne, comme on pouvait le deviner tout de suite...A côté d'elle était assise une Arménienne... la Juive, placée à côté de l'Arménienne.., la quatrième assise à l'extrémité du divan était une jeune grecque".
Cf. page 296 Femmes du Caire- VI - La Santa Barbara 1) Un compagnon :
"C'était un beau garçon aux traits circassiens.."
Le premier portrait qu'il fait de Zenab est également basé sur l'originalité de la femme par rapport à Nerval ; c'est même ce point qui le fait choisir cette esclave plutôt qu'une autre.
Après cette classification raciale, Nerval conçoit la plus grande partie de ses portraits sur l'opposition des couleurs : couleur naturelle de la peau et des yeux et couleur du vêtement.
Cf. Femmes du Caire page 268 - V - La Cange 1. Préparatifs de navigation :
"Madame Bonhomme appartient à ce type de beauté blonde du midi que Gozzi célébrait dans les Vénitiennes, que Pétrarque a chanté à l'honneur des femmes de notre Provence. Il semble que ces gracieuses anomalies doivent au voisinage des pays alpins l'or crespelé de leurs cheveux, et que leur oeil noir se soit embrasé seul aux ardeurs des grèves de la méditerranée. La carnation fine et claire comme le satin rosé des Flamandes, se colore aux places que le soleil a touchées d'une vague ambrée..."
Cf. page 545 Nuits du Ramazan 1 Stamboul et Pera 7. Quatre portraits :
"La circassienne... Ses grands yeux noirs contrastant avec un teint d'un blanc mat... Sa coiffure formée de gazillons mouchetées d'or et tordus en turban, laissait échapper des profusions de nattes d'un noir de jais, qui faisaient ressortir ses joues avivées par le fard. Une veste historiée de broderies et bordée de fanfreluches et de festons de soie, dont les couleurs bariolées formaient comme un cordon de fleurs autour de l'étoffe, une ceinture d'argent et un large pantalon de soie rose lamée complétaient ce costume aussi brillant que gracieux."
Il faut remarquer aussi l'importance que Nerval accorde aux yeux et au regard (cf. chez Balzac le caractère visionnaire du regard dans La fille aux yeux d'or).
Cf. page 107 : Femmes du Caire 1. Mariage cophte 1. le masque et le voile :
"Alors on sent le besoin d'interroger les yeux de l'Égyptienne voilée, et c'est là le plus dangereux... C'est derrière ce rempart que ces yeux ardents vous attendent, armés de toutes les séductions qu'ils peuvent emprunter à l'art. Le sourcil, l'orbite de l'oeil, la paupière, en dedans des cils, sont avivés par la teinture, et il est impossible de mieux faire valoir le peu de sa personne qu'une femme a le droit de faire voir ici."
De même pour Zeynab, Nerval parlera de "l'éclat métallique de ses yeux" (page 199). Enfin, pour la Grecque des quatre portraits (Nuits du Ramazan - Istamboul et Pera, page 547), Nerval parle de "sa physionomie spirituelle illuminée par un oeil bleu où brillait la pensée, et contrastant avec l'éclat immobile et sans idée des grands yeux noirs de ses rivales en beauté."
On peut se référer aux tableaux de Delacroix :
- importance de l'allure générale : Un arabe en prières ; Femme marocaine ; un marocain ;
- importance du regard : Sept visages orientaux
- richesse des couleurs : Femmes d'Alger dans leur intérieur.
2 FORMES DU RÉCIT
a) le théâtre
Nerval a toujours été attiré par la scène, le théâtre. Là, il n'y a plus de barrière entre la réalité et le rêve ; le spectateur croit à ce qu'il voit tout en hésitant pour savoir si le spectacle est vrai ou faux. L'illusion de la scène d'ailleurs est un peu la même que celle que la nuit permet de conserver (Cf. la scène dans le port de Saint-Jean-d'Acre, page 478). De plus, le spectacle et le théâtre sont une forme de récit agréable au lecteur, ce qui pour Nerval était essentiel, puisque son oeuvre devait être publiée en feuilleton. Le lecteur participe davantage à cette forme littéraire qu'aux formes classiques et traditionnelles des récits de voyage.
Nerval a donc élaboré une série de petits spectacles à l'intérieur du Voyage.
Cf. page 161 : "Je voudrais mettre la chose en scène" (en parlant des almées).
Cf. page 573 : "On peut s'arrêter un instant aux spectacles de la place de 8Sérasquier, à ces scènes de folie qui se renouvellent dans tous les quartiers populaires."
Décor, personnages, mise en scène, tout ce qui constitue l'essence du théâtre se trouve réuni dans ces petits spectacles. Généralement, Nerval joue lui-même un rôle : celui d'un Européen ingénu mais débrouillard (cf. Mariages coptes) ou d'un homme séduisant, et le rôle de Nerval est vraiment ici celui d'un artiste, qui prend part à la situation subjectivement ; parfois il se contente d'être un spectateur, un figurant ; là il agit plus en journaliste, dont le rôle est d'observer, d'être objectif.
b) Problème de l'opéra : la reine de Saba
On a vu que l'opéra qui existe est celui de Gounod, sur un livret de Barbier et Carré. Théophile Gautier réaffirme la thèse selon laquelle le livret conservé n'est pas celui de Nerval.
Cf. Notice sur Nerval précédant la traduction que Nerval a faite du Faust de Goethe (page VIII) : "La reine de Saba ne fit pas un heureux voyage et se perdit dans le désert avec sa suite chamarrée d'or. Écrite d'abord en prose, elle tenta un instant Meyerbeer (...) qui voyait avec raison dans ce sujet la matière d'un magnifique opéra (...). Gérard (...) se mit à tailler son drame en scénario. L'illustre compositeur parut ravi (...), garda l'ouvrage plusieurs années, mais selon son habitude d'éternelles hésitations, il ne fit rien (...) la pauvre Balkis, ainsi retenue, se fanait tristement dans l'ombre et la poussière d'un carton. Gérard l'en tira (...), reprit cette légende et l'inséra sous forme de récits dans les Nuits du Ramazan. Ainsi finit la caravane de la reine Balkis, cette vision d'Orient préoccupa Gérard autant que le jeune charpentier de la Fée aux Miettes, et finit par l'amener comme lui dans la maison des lunatiques."
Mais André Lebois, dans son essai intitulé Fabuleux Nerval (chapitre XI, l'opéra La Reine de Saba) affirme que Barbier et Carré, librettistes présumés de l'opéra de Gounod, n'ont fait que s'attribuer le livret dont Nerval est le seul auteur "Les Nervaliens, dit-il, signalent un scénario d'opéra projeté par Gérard. Non seulement le scénario, mais l'opéra existe : La Reine de Saba, grand opéra en cinq actes, de Messieurs Jules barbier et Michel Carré, mis en musique et dédié à son excellence... par Charles Gounod ; partition chant et piano arrangée par Georges Bizet ; - tel est le titre longuet, mais étoilé de noms célèbres que porte l'édition Choudens, 1862. Il y manque le seul Gérard, véritable auteur du libretto, comme il est aisé de s'en convaincre.
c) le conte
Le conte tient une très grande place dans le Voyage. C'est une forme littéraire très répandue en Orient que ces récits oraux dont on ne sait jamais quelle est la part réelle d'authenticité (Cf. Homère et les aèdes), mais c'est surtout une forme littéraire qui convient parfaitement à Nerval.
Ce dernier veut faire croire à son lecteur qu'il se contente de copier des récits de conteurs professionnels, tels le Cheik druse, mais la plupart du temps, il est lui-même le véritable auteur de ces contes.
Cf. Th. Gautier, page XXI : "La légende du calife Hakem l'histoire de Balkis et de Salomon montre à quel point Gérard de Nerval s'était pénétré de l'esprit mystérieux et profond de ces récits étranges où chaque mot est un symbole ; on peut même dire qu'il en garde certains sous-entendus d'initié, certaines formules cabalistiques, certaines allures d'illuminé, qui feraient croire par moments qu'il parle pour son propre copte. Nous ne serions pas très surpris s'il avait reçu comme l'auteur du Diable Amoureux, la visite de quelque inconnu aux testes maçonniques, tout étonné de ne pas trouver en lui un confrère."
Un peu comme le théâtre, le conte préserve l'illusion du rêve, et d'autant plus que la scène (le plateau scénique) n'est pas là pour nous mettre en garde et dire : Attention, maintenant nous sommes au théâtre ; ce n'est plus la réalité. Par-delà les contes des Nuits du Ramazan, et celui du Cheik druse, on peut voir dans le Voyage en général l'ébauche d'un conte dans le style de ceux des Mille et une Nuits. Dans ces deux oeuvres en effet, on retrouve le mystère qui émane de tous les personnages mis en scène, l'étrangeté de l'Orient, la beauté sublime de certains êtres, particulièrement des femmes, et les sites merveilleux que la lumière rend presque irréels.
Dans le Voyage, Nerval a donc réussi à faire une oeuvre littéraire et artistique de ce qui aurait pu n'être qu'un journal en forme de reportage. Le problème reste celui de la sincérité de Nerval dans cet ouvrage. En effet, le Voyage qu'il nous présente est en partie fictif et nombre des affirmations du poète sur la vie orientale sont en partie erronées.
Mais, en matière d'art, il ne faut sans doute pas se situer à un premier niveau de la sincérité, celui de la simple véracité des faits. Il s'agit plutôt d'être sincère envers soi-même et d'accéder à une vision originale du monde et "à la création d'un univers clos et achevé, se suffisant à lui-même, plus vrai que la réalité quotidienne, plus vivant que la vie, bien que différent d'elle." (Jean Richer, thèse de doctorat :Nerval, expérience et création chapitre V, Saba, Érythrea Lilith). J. Richer dit ailleurs (dans la préface du Voyage, aux éditions du Club français du Livre) :
"Reprochera-t-on à Nerval d'avoir fait une oeuvre d'art dans le Voyage, comme dans Aurélia ?
La réponse semble assez évidente...
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