Quelques grands noms de la littérature latine
I) Les débuts
C'est au IIIme siècle avant J.C. que se constitue une littérature complète, imitée des Grecs et émanant de quelques hommes d'origine non latine.
Malgré l'effort d'originalité de ces écrivains, on observe encore une grande influence des auteurs grecs, sans que cela nous interdise d'apprécier la beauté réelle de leurs oeuvres.
Deux genres prédominent durant cette période : le théâtre et l'épopée.
1. Livius Andronicus
Sa production s'étend de 240 à 207.
Né à Tarente, esclave, il est affranchi par la suite. Il nous reste de lui une pièce de théâtre, un hymne en l'honneur de Junon et une traduction de l'Odyssée.
2. Naevius
Sa production s'étend de 235 à 204.
Né en Campanie, il devint ensuite citoyen romain. IL écrivit des tragédies, des comédies et des poèmes, dont le plus célèbre, le Poenicum bellum, est une épopée.
3. Plaute (vers 254-184)
Né en Ombrie, il vient rapidement à Rome pour s'occuper d'entreprises théâtrales qui l'enrichissent, mais il se ruine ensuite dans le commerce maritime. Au bord de la misère, il se retourne vers le théâtre et écrit des comédies qui le rendent vite célèbre.
On lui attribue 130 pièces, dont 21 sont incontestées et nous sont parvenues.
Les sujets sont empruntés aux auteurs grecs. Le thème général est le suivant : un jeune homme de bonne famille tombe amoureux d'une jeune esclave d'origine inconnue. Pour l'épouser, il doit manoeuvrer et intriguer, à moins qu'on ne découvre soudain que la jeune fille appartient à une noble famille elle aussi.
Voici quelques titres parmi les plus célèbres :
Mostellaria (les Revenants) ; Pseudolus (le Menteur) ; Aulularia (la Marmite) ; Trinumus (les Trois Écus) ; Amphitryon.
4. Ennius (239-169)
Né en Messapie (près de Tarente), il parle d'abord le grec avant d'apprendre le latin. Il écrivit un poème épique, des tragédies et des comédies.
II) Le deuxième siècle, siècle du développement et de la conquête romaine
Rome change au niveau économique, puisque les richesse affluent, et au niveau culture, parce que l'hellénisation s'y fait systématique.
Il se forme des cercles aristocratiques qui cherchent à s'inspirer de la littérature grecque ancienne, celle des Vme et IVme siècles.
C'est à cette époque que naissent à Rome la prose artistique et le récit historique.
1. Caton le Censeur (239-149)
Il se veut le défenseur des valeurs romaines antiques, par opposition à l'intrusion de l'hellénisme.
Il a écrit des traités d'agriculture, de droit, d'art, des traités militaires, un recueil de sentences morales et surtout 150 discours contre l'hellénisme.
2. Térence (vers 190-159)
D'abord esclave africain, il fut affranchi ensuite. C'est un auteur comique qui, souvent, mélangea les intrigues de deux pièces grecques pour en créer une en latin, dont l'histoire est donc plus riche.
6 comédies nous sont parvenues : L'Andrienne, L'Eunuque, l'Hécyre (la Belle-Mère), l'Héautontimorouménos (le Bourreau de soi-même), le Phormion et les Adelphes (les Frères).
Térence brosse des portraits psychologiques plus poussés que Plaute. Cherchant moins à faire rire que sourire, il a écrit des pièces sans doute plus proches de la réalité.
III) L'âge cicéronien
Le Ier siècle se définit comme une période d'instabilité de l'État et de la société, bouleversée en particulier par les guerres civiles. En littérature, la prose, qui a accompli d'énormes progrès, va connaître son apogée. La curiosité philosophique connaît aussi un grand développement. Mais la poésie se cherche encore.
1.Cicéron (106-43)
Né à Arpinum, il fait des études plus approfondies que la moyenne de ses contemporains. En 77, il devient un avocat à la réputation vite acquise. Un de ses procès les plus célèbres est celui qu'il gagne contre Verrès en 70. en 63, il connaît un triomphe politique en faisant échouer la conjuration de Catilina (5 discours, nommés les Catilinaires), mais en 58, il est condamné à l'exil pour avoir fait exécuter sans procès les complices de Catilina, citoyens romains. Bien que, pendant la guerre civile, il ait pris le parti de Pompée, César lui pardonne. À la mort de ce dernier, Cicéron se range aux côtés d'Octave, qui l'abandonne et le livre à son ancien rival Antoine. Poursuivi par des hommes à la solde d'Antoine, il se suicide le 7 décembre 43.
Son oeuvre littéraire est très abondante : de sa Correspondance, il reste 16 livres de Lettres à Atticus, 16 livres de Lettres "ad familiares", 3 livres de Lettres à Quintus (son frère) et 26 lettres à Brutus (son fils).
Dans son oeuvre oratoire, figurent de nombreux procès criminels dont, en 70, les Verrines, en 63, le Pro Murena ou encore en 52, le Pro Milone.
Ses discours politiques les plus célèbres sont, en 66, le De imperio Cn. Pompei, en 63, les Catilinaires et en 43, les Philippiques.
Enfin, ses traités philosophiques sont également connus : en 54, le De Republica, en 52 le De Legibus, en 45 les Tusculanes et le De finibus bonorum et malorum, et en 44-43, le De Officiis.
2. Lucrèce (vers 98-55)
Sa vie nous est inconnue. Il nous a laissé un seul poème, le De Rerum Natura, l'exposé d'un système de physique et d'une morale de couleur épicurienne, sur le bonheur. Observation et imagination s'y trouvent mêlées.
3. Catulle (vers 87 vers 54)
Né à Vérone, il fait ses études à Rome. De ce poète, il nous reste 116 pièces. Il est mort très jeune après avoir connu et chanté des passions amoureuses qui l'ont consumé.
4. César (101-44)
Bien qu'il ait, dans sa jeunesse, fait ses débuts littéraires en écrivant une tragédie et un poème en l'honneur d'Hercule, César n'est pas un homme de lettres. En revanche, sa clarté d'esprit et le naturel de son écriture sont des qualités dominantes dans tous ses discours.
Son oeuvre comprend les Commentaires, en 7 livres sur la guerre des Gaules, et 3 livres sur la guerre civile. Son seul but est de s'attirer les faveurs de l'opinion publique. Ces écrits sont une grande source de documentation pour nous, mais nous pouvons douter de leur sincérité et donc, de leur véracité. Il faut donc savoir lire César entre les lignes...
5. Salluste (87-35)
Originaire de Sabine, il manqua sa vie politique et se réfugia dans les lettres, en s'adonnant à l'histoire.
Dans son oeuvre, De Catilinae conjuratione, De bello Jugurthino et les Histoires (de 79 à 66), il montre un réel souci d'objectivité. Il essaie d'approfondir son analyse des problèmes sociaux et de dresser des portraits psychologiques assez fouillés. C'est un historien conscient de ses devoirs, et qui influencera beaucoup ses successeurs.
Sa langue et son style sont volontairement archaïques.
IV) Autour de la naissance du Christ
C'est l'apogée du classicisme latin. Après les grands troubles politiques, Rome cherche à se reconstruire d'après l'image du passé.
La poésie connaît une grande maturité mais la prose classique décline.
1. Virgile (70 19 avant J.C.)
Né à Mantoue, il fait ses études à Rome où il fréquente rapidement les milieux littéraires. En 44, environ, il retourne chez lui et commence sa production littéraire avec un texte poétique, les Bucoliques, en 10 livres. De 39 à 29, ensuite, il compose les Géorgiques.
Il se lie d'amitié avec Auguste qui lui commande un poème épique à la gloire de la nation. Ce sera l'Énéide, en 12 chants, qu'il voulut brûler juste avant sa mort, jugeant l'oeuvre imparfaite. À la parution posthume du poème, Virgile fut sacré, pourtant, poète national.
2. Horace (65-8 avant J.C.)
Né en Apulie, il fait ses études à Rome et Athènes. Il gagne rapidement l'amitié de Mécène, ami d'Auguste. Dans son oeuvre, toute poétique, il se caractérise essentiellement par son aisance mondaine et sa finesse d'esprit. Il a écrit des Odes, des Épodes, des Épîtres et des Satires (peintures de la société romaine). Dans l'Art Poétique, il insiste sur le rôle social du poète et l'importance de sa tâche.
3. Tite-Live (65 ou 59 avant J.C., 17 après J.C.)
Né à Padoue, il va ensuite séjourner souvent à Rome. Il n'a pas connu vraiment de vie publique et s'est consacré à la littérature. Il écrivit des traités de rhétoriques, des dialogues philosophiques et surtout l'Histoire de Rome (dont il ne nous reste que des fragments).
D'une grande loyauté intellectuelle, il ne fait toutefois pas assez preuve d'esprit critique. Son imagination très riche nous fait revivre le passé, surtout par les très nombreux discours prononcés par les personnages qu'il met en scène. Il montre aussi un réel intérêt pour l'étude des facteurs psychologiques qui pourraient expliquer tel ou tel événement.
V) La littérature augustéenne
C'est une littérature nourrie encore de classicisme, mais dans un nouveau contexte politique et social. L'éloquence est réduite au silence, la philosophie s'exerce dans des cercles restreints. Les historiens veulent surtout éviter de se rendre suspects. Seule la poésie s'épanouit librement.
1. Tibulle (50-19 avant J.C.)
De famille équestre, il se lie avec Messala, protecteur des poètes. Dans ses poèmes, il chante ses amours pour Délia, Glycéra et Némésis.
2. Properce (vers 47, vers 15 avant J.C.)
De famille plébéienne, il fait ses études de droit, mais se consacre rapidement à la poésie. Il obtient la protection de Mécène. À côté de vers où il chante sa passion pour Cynthia, figurent des poèmes d'inspiration plus nationale et religieuse.
3. Ovide (43 avant J.C., 18 après J.C.)
Poète d'une riche famille équestre, il a composé des poèmes érotiques, les Amours, l'Art d'aimer, les Remèdes à l'amour. D'après les légendes de l'antiquité grecque, il écrivit aussi les Métamorphoses. Il est également l'auteur des Fastes, un calendrier national.
Exilé vers la fin de sa vie sur les rivages de la mer Noire, il évoque son sort dans les Tristes et les Pontiques.
VI) La littérature claudienne
Avec l'introduction des cultes orientaux et la progression du judaïsme dans le monde romain, renaît un goût prononcé pour la philosophie. Il se développe également une certaine forme de littérature de salon où prose et poésie se confondent.
1. Phèdre (entre Auguste et Néron)
C'est un esclave grec affranchi par Auguste. Son oeuvre consiste en 132 fables, imitées du fabuliste grec Ésope.
2. Quinte-Curce (dates inconnues)
Il écrivit l'Histoire d'Alexandre, en 10 volumes.
3. Sénèque (vers 1 après J.C., 65)
Philosophe stoïcien, il fut l'éducateur de Néron. Pendant cette période, il mena une vie de cour luxueuse et dispersée, mais l'insatisfaction morale qu'elle lui procurait l'engagea à se retirer de la cour. Accusé d'avoir trempé dans la conjuration de Pison, il reçut l'ordre de s'ouvrir les veines.
De son oeuvre, il reste surtout des ouvrages philosophiques, dont par exemple, les De Clementia, De Ira, De Tranquillitate Animi, De Beneficiis, et les Lettres à Lucilius.
4. Lucain (39-65)
Neveu de Sénèque, il reçut l'ordre de se tuer pour avoir participé à la conjuration de Pison.
Il nous reste de lui une épopée, la Pharsale, sur la guerre civile entre César et Pompée.
5. Pétrone (naissance inconnue ; mort en 65)
Il mourut aussi sur les ordres de Néron. On le connaît surtout pour ses goûts mondains. Nous avons gardé un roman de lui, le Satiricon, peinture de la société romaine. Pétrone aimait à déceler le ridicule dans toutes les activités humaines.
VII) Depuis la mort de Néron jusqu'à celle de Vespasien
C'est une période plus calme sur le plan politique. Un nouveau classicisme littéraire se dessine. Les Romains goûtent un certain apaisement après le règne tumultueux de Néron. Le traditionnalisme est à l'honneur.
1. Pline l'Ancien (23-79)
C'est un esprit scientifique, né à Côme, d'une famille équestre. Il mourut en voulant observer de trop près l'éruption du Vésuve de 79 qui engloutit Pompéi et Herculanum.
Il nous reste de lui les Histoires Naturelles.
2. Martial (vers 40, vers 140)
D'origine espagnole, il connaît une vie assez dure par manque d'argent, mais devient célèbre grâce à ses Épigrammes, railleries mordantes. Il fut l'ami de tous les écrivains de son temps.
3. Juvénal (vers 65, vers 128)
Il est l'auteur de Satires où il s'exerçait à une critique âpre et pittoresque des vices des hommes, tandis que d'autres ont une portée plutôt morale.
Dans l'ensemble, on a loué le réalisme de sa peinture tout en déplorant la pauvreté de ses idées, tant sur le plan moral que politique.
4. Tacite (vers 55, 120)
De milieu équestre, il accomplit une carrière régulière dans la magistrature. Après avoir acquis une solide réputation par ses talents d'orateur, il s'adonne à l'histoire à partir de 79.
Son oeuvre comprend le Dialogue des orateurs (oeuvre de critique littéraire), la Vie d'Agricola (son beau-père), la Germanie, les Histoires (de 69 à 96) et les Annales (de 14 à 68).
On observe chez lui un gros effort de documentation, une analyse poussée de la cour impériale sur le plan psychologique et un souci constant d'opposer la vertu aux vices. Enfin, il émane de toutes ses analyses un pessimisme que reflète son interprétation amère des époques qu'il dépeint.
5. Pline le Jeune (62, vers 113)
Il fut le neveu de Pline l'Ancien et un ami de Tacite.
Son oeuvre est celle d'un orateur, avec en particulier le Panégyrique de Trajan, et les 9 livres qui contiennent sa Correspondance.
VIII) Quelques autres noms pour finir
1. Suétone (vers 75 vers 160)
Il fut protégé par Pline le Jeune et écrivit la Vie des Douze Césars.
2. Apulée (vers 115, vers 170)
Il résida surtout à Carthage. De son oeuvre, il nous reste un plaidoyer intitulé L'Apologie ou la Magie, après qu'il eut été accusé d'avoir obtenu par magie la main d'une riche veuve.
Son chef d'oeuvre est un roman, Les Métamorphoses ou l'âne d'or.
3. Aulu-Gelle (né en 130, date de mort inconnue)
Nous avons conservé de lui les Nuits Attiques, recueil de notes prises au hasard de ses lectures.
4.Ammien Marcellin (330-400)
Historien grec dont l'oeuvre relate la période qui va de 96 à 353, puis de 353 à 378.
5. Saint-Augustin (354-430)
Son oeuvre autobiographique comprend les Soliloques, les Confessions et La Cité de Dieu. Sa conversion au christianisme eut lieu en 386.