Orphée et Pythagore

Orphée et l'orphisme

Orphée était réputé comme poète et musicien, mais aussi comme philosophe ; plus exactement ces différents aspects étaient indissociables : son enseignement était religieux ; il apportait la paix et la sérénité, en particulier au moyen de ses chants, transmission de paroles divines.

L'orphisme est un système de pensée peu connu, parce qu'il ne subsiste aucun document datant de l'époque à laquelle ce mouvement connut vraisemblablement son apogée, c'est-à-dire au VIme siècle avant J.C. On en connaît toutefois les croyances et pratiques essentielles :

- croyance à l'immortalité de l'âme qui habite plusieurs corps successivement (métempsycose).

- obligation pour l'âme de séjourner dans un corps à cause d'une faute originelle (non précisée jusqu'à une date très postérieure). Le corps constitue donc une prison nécessaire pour l'âme qui n'a pas le droit de chercher à s'en échapper (interdiction du suicide).

- jugement de l'âme à chaque mort : lorsque l'âme est enfin pure (au bout d'une moyenne de dix mille ans d'errances successives dans des enveloppes corporelles !), elle accède à l'immortalité. Tant qu'elle ne l'est pas, elle est obligée de boire l'eau du fleuve Léthé pour oublier presque tout ce qu'elle a vécu dans la vie antérieure (cf. l'idée de réminiscence, véritable définition de la connaissance selon Platon). Seule l'âme enfin pure peut boire l'eau du fleuve Mnémosyne (la mémoire).

- nécessité d'une vie d'ascèse pour accéder à la purification. Un aspect concret à ce sujet : les adeptes de l'orphisme sont tous végétariens, au nom de la parenté entre tous les êtres vivants et l'impiété qui se manifeste dans le meurtre sans raison d'un être vivant quel qu'il soit.

La faute originelle reste assez mystérieuse. Dans des textes postérieurs (datant de l'ère chrétienne), il nous est conté que les Titans auraient tué et dévoré Dionysos (ou Zagreus) enfant ; pour les punir, Zeus aurait foudroyé les Titans des cendres desquels seraient nés les hommes, héritiers de ce crime.

 

Pythagore et le pythagorisme

Certes, pour nous, Pythagore est d'abord célèbre en tant qu'homme de science, appliquant en particulier à la musique les lois de l'harmonie, principe qui régit selon lui l'univers dans son ensemble. (Doctrine de la tétractys, selon laquelle tout est nombre et que le nombre complet est 10 parce que la première dizaine sert à former tous les autres nombres, à l'infini ; le nombre 10 représente la somme des quatre premiers nombres, dans l'ordre (1+2+3+4). L'univers est appelé "quaternaire", fondement et racine de tous les accords musicaux et image de l'harmonie du monde).

Sur sa vie courent avant tout des légendes : né au VIme siècle, probablement, enfant merveilleusement beau et doué de toutes les qualités, remarqué par Thalès de Milet, il aurait accompli ensuite de nombreux voyages pour se former. Il aurait abandonné enfin son île natale, Samos, ne pouvant vivre au milieu de gens qui ne se souciaient aucunement de suivre les leçons philosophiques et morales qu'il voulait leur enseigner. Dès lors, il vécut sans doute et enseigna à Crotone, ville du golfe de Tarente (en Italie du Sud). Il n'est resté aucun document écrit relatif à son enseignement : le secret devait, de par son ordre, en être préservé. Mais on sait qu'il suivait nombre de préceptes orphiques relatifs à la métempsycose (transmigration de l'âme d'un corps à un autre ; le corps doit toutefois rester celui d'un être humain), à l'immortalité de l'âme et à la nécessité d'une vie d'ascèse. Pythagore aurait été doué d'anamnèse, c'est-à-dire qu'il aurait gardé le souvenir de ses vies antérieures, privilège refusé à la plupart des hommes. Seul le sage accède à cette anamnèse, capacité supérieure d'introspection qui lui permet de "brûler" ses fautes en les revivant mentalement. Il fascinait tellement les gens qu'on le prit pour un dieu et il fut souvent nommé l'Apollon hyperboréen. Apollon était le dieu le plus vénéré par les pythagoriciens (la musique était considérée comme l'âme de leur religion).

Sur sa mort courent également des légendes : il est vraisemblable qu'à la suite d'émeutes, de nombreux pythagoriciens périrent, brûlés ou assassinés. On ne sait si Pythagore se laissa mourir de faim ensuite, ou s'il fut lui aussi tué par ses ennemis.

De manière générale, le but du pythagorisme est la recherche de la "vie heureuse", tout en sachant que le bonheur est indissociable de la vertu et de la vérité. Cette recherche est donc exigeante : celui qui s'y adonne doit distinguer le nécessaire du superflu et diriger sa vie entière en conformité avec son aspiration à la sagesse. Le mode de vie des pythagoriciens ressemble beaucoup à celui des orphiques. Toutefois, ils ont ajouté une dimension politique à leur philosophie, souhaitant instaurer une société fondée sur l'égalité dans la justice et dans l'amour. La vie n'était pourtant pas entièrement communautaire, car Pythagore considérait le cercle familial comme essentiel à l'enseignement de la vertu aux enfants. Mais l'idée de fraternité domine et entraîne un sentiment de solidarité collective très fortement enraciné chez ses disciples.

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