Ovide

Les Métamorphoses

Livre 10

Premier extrait : Vers 11 à 39

TEXTE LATIN AVEC AIDE GRAMMATICALE

Quam (relatif de liaison, au féminin car il s'agit d'Eurydice) satis ad superas (le substantif est plus loin :

"auras") postquam (début de la subordonnée ; les termes précédents doivent y être inclus)

Rhodopeius (épithète de "vates") auras

deflevit (verbe de la subordonnée introduite par "postquam") vates, ne non (jeu de négation double : pour

ne pas craindre de...) temptaret (subjonctif imparfait dépendant de "ne") et (ici : adverbe, équivalent

de "etiam" : même) umbras,

ad Styga (accusatif d'origine grecque) Taenaria (épithète de "porta" : attention : c'est un ablatif féminin !)

est ausus (parfait du verbe semi-déponent "audeo") descendere porta ;

perque leves populos simulacraque functa (participe passé au neutre pluriel, de "fungor" : s'acquitter de)

sepulcro (complément du participe précédent)

Persephonen (accusatif d'origine grecque) adiit (ce verbe a deux COD : "Persephonen" et "dominum")

inamoenaque regna (ce groupe nominal est COD de "tenentem) tenentem (participe présent

qualifiant "dominum")

umbrarum dominum (COD de "adiit") pulsisque (ablatif absolu dont le sujet est "nervis") ad carmina

nervis

sic ait (sujet : Orphée) : "O positi (participe au génitif, accordé avec "mundi") sub terra (ablatif,

complément de "sub") numina (vocatif) mundi (complément de "numina" ; antécédent de "quem"),

in quem reccidimus, quicquid (neutre de "quisquis" ; valeur d'accusatif de relation : "en ce qui concerne",

"pour" tout ce en quoi") mortale (épithète de "quicquid") creamur ;

si (ce mot subordonnant introduit deux verbes : "licet" et sinitis") licet et falsi (épithète de "oris") positis

(ablatif absolu dont le sujet est "ambagibus" ; sens ici : "déposer", "abandonner") ambagibus oris

vera loqui (verbe déponent, COD de "sinitis") sinitis, non (début de la proposition principale, dont le verbe

est "descendi" ; la négation porte plutôt sur la proposition introduite par "ut") huc (adverbe de lieu),

ut (proposition finale) opaca (épithète de "Tartara") viderem (subjonctif imparfait dépendant de "ut")

Tartara, descendi, nec (deuxième négation d'une proposition finale) uti (équivaut à "ut") villosa (épithète

de "guttura") colubris (complément de l'adjectif "villosa")

terna (épithète de "guttura") Medusaei (épithète de "monstri") vincirem (verbe introduit par "uti") guttura

(COD de "vincirem") monstri (complément de "guttura") ;

causa viae est conjunx (antécédent du relatif qui suit), in quam calcata (épithète de "vipera") venenum

(COD de "diffudit")

vipera (sujet de "diffudit" et de "abstulit") diffudit crescentesque abstulit annos.

Posse (COD de "volui") pati (COD de "posse") volui nec ("nec" non répété remplace "et non" impossible en

général) me temptasse (forme syncopée de "temptavisse" ; proposition infinitive dépendant de

"negabo) negabo (double négation : "nec" "negago" : cela équivaut à "dico" !) ;

vicit Amor. Supera (épithète de "ora") deus hic (adjectif démonstratif) bene notus in ora est ;

an (introduit une interrogative indirecte) sit et (valeur adverbiale ; équivaut à "etiam") hic (adverbe de lieu),

dubito ; sed et hic (adverbe de lieu) tamen auguror (verbe déponent) esse (proposition infinitive

dont le sujet, "amorem", est ici sous-entendu),

famaque (sujet du verbe "mentita est", qui suit ; "que" relie les deux principales, "auguror" et "junxit"), si

veteris (épithète de "rapinae") non est mentita (verbe déponent) rapinae (complément de "fama"),

vos (COD de "junxit") quoque junxit Amor. Per (préposition séparée de son complément, "loca" par "ego")

ego (sujet de "oro") haec (neutre pluriel) loca plena timoris,

per Chaos (accusatif neutre) hoc ingens vastique (épithète de "regni") silentia (accusatif dépendant

également de "per") regni (complément de "silentia"),

Eurydices (génitif de forme grecque, complément de "fata"), oro, properata (épithète de "fata") retexite

(impératif) fata.

Omnia (nominatif pluriel) debentur vobis (datif), paulumque morati (participe passé de sens actif : verbe

déponent)

serius aut citius (adverbes au comparatif) sedem (accusatif dépendant de "ad") properamus ad unam

(épithète de "sedem").

Tendimus huc (adverbe : lieu où l'on va) omnes (apposé au sujet), haec (un démonstratif sujet se met au

genre de son attribut en latin) est domus (genre féminin) ultima, vosque (nominatif)

humani generis (complément de "regna") longissima regna (COD de "tenetis") tenetis.

Haec (nominatif : représente Eurydice) quoque, cum (suivi de l'indicatif : temporelle) justos matura

(apposé au sujet) peregerit annos,

juris erit vestri (verbe "esse" plus génitif : indique la possession); pro munere poscimus usum.

Quod (relatif de liaison de sens très vague) si fata (nominatif pluriel) negant veniam (attribut du COD

"quod") pro coniuge, certum est (forme impersonnelle)

nolle (complément de "certum est") redire (complément de "nolle") mihi (datif dépendant de "certum est") ;

leto (COI de "gaudete") gaudete duorum (complément de "leto")."

 

COMMENTAIRE DU PASSAGE

Introduction

Début du livre X ; quelques vers précédents : récit de la mort d'Eurydice, survenue au moment du mariage (célébré sous de funestes auspices).

Plan :

1. La vision du monde infernal

2. Le personnage d'Orphée

3. L'amour : thème central du livre X

1. La vision du monde infernal

Des termes évocateurs : descendre : monde souterrain, opposé au monde des êtres vivants, symbolisé par le terme "Rhodope" (montagne de Thrace, patrie d'Orphée) ; une frontière sépare ces deux mondes, à la "porte Ténare" ;

des noms propres : le Styx, Perséphone, le Tartare, périphrase pour nommer Cerbère ; la description d'une atmosphère : légèreté des ombres ; silence ambiant.

Allusion plus générale à l'aspect inéluctable de la mort : la destinée de chaque homme est "tissée" (allusion aux Parques).

Mais cette évocation des Enfers reste discrète ; Ovide y procède surtout par allusion, car son propos reste centré sur le personnage d'Orphée et sur la volonté de ce dernier de ne pas séjourner dans le monde souterrain (et d'en faire sortir Eurydice).

2. Le personnage d'Orphée

C'est effectivement la catabase d'Orphée qui justifie la description des Enfers. Orphée dispose d'une arme de poids, son talent oratoire et le charme de sa voix. Ovide nous donne donc l'ensemble de sa prière à lire, de manière directe, alors qu'en quelques vers seulement étaient résumés l'épisode du serpent et la mort d'Eurydice.

Pour émouvoir ses auditeurs, Orphée construit sa prière comme un discours argumenté : après s'être attiré la bienveillance de son auditoire, il expose les faits avant de proposer une solution à leur malheur. Mais l'argumentation n'est pas sèchement exposée : elle est appuyée par le recours à une tonalité pathétique (allusion, par exemple, à la jeunesse d'Eurydice ; insistance sur l'aspect inéluctable de la mort).

Enfin, dans les propos d'Orphée, apparaît un thème fondamental, qui représente l'un des thèmes centraux du livre X des Métamorphoses.

3. L'amour : un thème central du livre X

L'amour est effectivement au centre de l'histoire d'Orphée et de sa prière : c'est par amour pour Eurydice qu'il a effectué cette catabase, après avoir vainement essayé de l'oublier : l'expression "vicit Amor" tire toute sa force évocatrice de sa simplicité. C'est également par amour pour elle qu'il refusera de revenir à la surface de la terre s'il est refusé à la jeune fille de l'accompagner. Le dernier mot de sa prière, "duorum", insiste sur le caractère indéfectible de leur union.

Mais Orphée accorde à l'amour un pouvoir plus général à l'amour (divinisé par l'emploi de la majuscule) : Ovide procède à une relecture du mythe de l'enlèvement de Proserpine, par le choix de l'expression "vos quoque junxit Amor". Proserpine aurait donc été amoureuse de son ravisseur et c'est l'évocation de l'amour des maîtres des Enfers qui les rendrait plus sensibles au désespoir amoureux d'Eurydice et Orphée.

Conclusion

Une présentation originale de la quête d'Orphée, qu'on peut comparer à celle qu'a choisie par exemple Virgile (qui taisait les propos d'Orphée). Des propos qui chantent la toute-puissance de l'amour, dont le livre X va montrer, d'une légende à l'autre, les différents visages.

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