Ovide
Les Métamorphoses
Le livre X
Structure
Figure centrale : Orphée
Il est aussi le point de départ de l'ensemble des histoires du livre X : Mort d'Eurydice ; plaintes d'Orphée ; quête d'Eurydice ; mort définitive d'Eurydice : Orphée se tourne vers des amours homosexuelles.
Participation de la nature à la douleur d'Orphée ; parmi les arbres se trouve le cyprès, d'où :
Histoire de Cyparissus et du cerf Carthée ; transformation du jeune homme en cyprès après sa mort, grâce au dieu Phébus.
Retour à la plainte d'Orphée : chants d'Orphée : première mise en abyme : ce ne sont plus les propos du narrateur, mais ceux d'Orphée désormais.
- les amours de Jupiter pour Ganymède, divinisé après sa mort pour servir d'échanson sur l'Olympe.
- les amours de Phoebus pour Hyacinthe ; transformation du jeune homme en hyacinthe après sa mort, grâce à Phoebus.
- histoire des cérastes, qui égorgeaient les passants à la place d'animaux, et des Propétides, premières prostituées, pour avoir nié la divinité de Vénus.
- histoire de Pygmalion, témoin de la vie de débauche des Propétides, ce qui explique son refus de partager la vie d'une femme. Intervention de Vénus qui donne vie à la statue qu'il a façonnée. De leur union naît Paphos ; Paphos met au monde Cinyras, père de Myrrha.
- histoire de Myrrha et de ses amours incestueuses avec Cinyras ; elle donnera naissance à Adonis. Transformation de Myrrha en myrrhe, à sa demande, avant de mettre son enfant au monde.
- histoire d'Adonis et de ses amours avec Vénus. Conseils de Vénus, pour éviter qu'Adonis ne soit attaqué par des bêtes sauvages. Deuxième mise en abyme : le récit suivant est celui de Vénus.
- histoire d'Atalante et d'Hippomène ; ingratitude d'Hippomène, que Vénus a aidé ; transformation du couple en fauves.
- retour à l'histoire d'Adonis contée par Orphée : imprudence d'Adonis qui meurt tué par un sanglier ; transformation d'Adonis, après sa mort, en anémone.
Une structure qui suit en partie un ordre narratif :
C'est en réaction aux crimes des Propétides que Pygmalion refuse d'épouser une femme. C'est pour conseiller Adonis que Vénus lui raconte l'histoire d'Atalante. Il s'agit là d'une cohérence logique.
Certains récits respectent un ordre chronologique, de Pygmalion à Adonis, la filiation est continue.
Une structure à trois niveaux :
- la parole du poète
- la parole d'Orphée
- la parole de Vénus (pour une seule histoire)
Une impression de circularité : les thèmes s'entrecroisent (par exemple, beaucoup de transformation sont liées au monde végétal) ; la parole de l'un est reprise par celle de l'autre : d'où l'impression, également, qu'un interlocuteur est le double de l'interlocuteur précédent (en particulier, Orphée représente en quelque sorte ici le double d'Ovide).
Le thème de l'amour
L'amour homme / femme
La passion amoureuse est d'abord caractérisée par le couple formé par Orphée et Eurydice ; une passion vouée à la mort. Pour vaincre celle-ci, Orphée n'hésite pas à transgresser le premier un interdit, en se rendant dans le monde des morts.
Deux autres couples hétérosexuels : celui formé par Atalante et Hippomène, (voir en dessous) ; celui formé par Vénus et Adonis, peut-être condamné par les dieux, à cause de la filiation scandaleuse d'Adonis : une sorte de contrepoint masculin du couple Orphée / Eurydice : les deux victimes meurent d'une blessure causée par un animal (serpent, sanglier).
Un couple à part : celui formé par Pygmalion et sa statue : une issue heureuse pour ce couple, créé en partie par le sculpteur, avec l'aide de Vénus : une sorte de contrepoint de l'histoire des Propétides changées en statue pour avoir offensé Vénus.
Les amours homosexuelles
Une décision d'Orphée, par excès de souffrance ; l'amour homosexuel n'est pas choquant dans l'antiquité grecque ; il est même permis par les dieux : deux illustrations : les amours de Jupiter et de Phébus pour deux jeunes gens (Ganimède et Hyacinthe). Les barrières tombent, entre humains et dieux ; l'âge importe peu, ou plutôt l'amour homosexuel prend ici une valeur d'initiation pédagogique à la vie sexuelle de l'adulte.
Les amours scandaleuses
- Les amours impies : il s'agit du couple Atalante / Hippomène, qui ont consommé leur mariage dans un sanctuaire, réservé aux sacrifices religieux et sont ainsi abaissés au rang des bêtes sauvage par Vénus offensée ; ce sont aussi les amours vénales des Propétides, à qui Vénus ôte tout caractère vivant par leur transformation en statues de pierre.
- Les amours incestueuses : il s'agit de l'inceste entre Cinyras et sa fille, Myrrha, illicites tant pour les dieux que pour les humains.
Le thème de la création artistique
En dehors du poète narrateur, inspiré par les Muses, deux figures prédominent, celle d'Orphée et celle de Pygmalion. L'une est liée à la musique, l'autre à la sculpture.
1. La figure d'Orphée
Le lien entre musique et poésie est constant dans l'antiquité, ne serait-ce que par l'importance rythmique de l'organisation du vers gréco-latin. Qu'Orphée, fils d'Apollon selon Ovide et de la muse Calliope (muse de la poésie lyrique), soit poète et musicien ne constitue donc pas une originalité, mais montre plutôt l'indéfectible lien entre les deux domaines artistiques. C'est surtout la perfection de son talent qui fait d'Orphée un être à part. Orphée permet d'abolir les frontières entre les humains et le monde animal et végétal (il charme les arbres, les bêtes sauvages) et également celle entre le monde des vivants et le monde des morts, entre le monde des humains et celui des dieux. Orphée symbolise donc l'harmonie du monde enfin réalisée.
2. La figure de Pygmalion
Pygmalion est ici un véritable démiurge, à l'égal des dieux qui créèrent l'espèce humaine. L'art de Pygmalion réside d'abord dans la perfection de l'imitation, but vers lequel tendaient les artistes de l'antiquité. Mais contrairement à la tradition, le modèle n'est pas ici la perfection divine : c'est une femme qu'il a voulu sculpter. Cependant Pygmalion n'est pas accusé d'impiété, il reçoit même l'aide de Vénus, comme le poète puise son inspiration chez les Muses.
L'art de Pygmalion réside aussi dans sa capacité à rendre le mouvement (par contraste avec l'immobilité naturelle d'une statue). Or, le mouvement est au centre du recueil poétique, en particulier sous sa forme extrême que représente la métamorphose, et Ovide est connu pour exceller dans l'évocation des mouvements de ses personnages. Pygmalion devient en quelque sorte le double du poète, en matière de sculpture.
Enfin, Orphée et Pygmalion montrent tous deux que l'art est plus fort que la mort, qu'il permet de naître ou renaître à la vie. Même la mort d'Eurydice ne met pas fin, chez Ovide, à l'art d'Orphée, qui se tourne d'abord vers d'autres formes d'amour, puis qui, une fois tué par les Bacchantes, retrouvera Eurydice dans les Enfers, au livre XI.
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