Ovide
Les Métamorphoses
Deuxième extrait
Vers 243 à 269
Quas (relatif de liaison : il s'agit des Propétides) quia Pygmalion (nominatif) aevum (COD de
"agentes") per crimen agentes (épithète de "quas")
viderat, offensus vitiis (ablatif: complément du passif), quae (accusatif neutre pluriel) plurima
(apposé au relatif qui lui même est COD de "dedit") menti (attention : datif !)
femineae (épithète de "menti") natura (nominatif) dedit, sine conjuge caelebs
vivebat thalamique (génitif complément de l'adjectif "consorte") diu consorte (adjectif
substantivé : il faut sous-entendre ici un féminin !) carebat.
Interea niveum (épithète de "ebur") mira (épithète de "arte") feliciter arte (complément de
manière)
sculpsit ebur (COD du verbe "sculpsit") formamque (antécédent du relatif) dedit, qua (ablatif,
complément de qualité) femina (sujet) nasci (verbe déponent)
nulla (épithète de "femina") potest ; operisque sui concepit amorem.
Virginis est verae (épithète de "virginis) facies (nominatif singulier), quam (antécédent : "virginis")
vivere credas (Ce verbe est suivi d'une infinitive avec deux verbes en parallèle : "vivere" et
"velle" ; valeur indéfinie : équivaut à "on", en français ; subjonctif pour une nuance de
potentiel),
et, si non obstet reverentia, velle (second infinitif dépendant de "credas") moveri (complément
de "velle") ;
ars adeo latet arte (complément de cause) sua.. Miratur (verbe déponent) et haurit
pectore (complément de lieu) Pygmalion (sujet) simulati (épithète de "corporis") corporis
(complément de "ignes") ignes (COD de "haurit").
Saepe manus (accusatif pluriel COD de "admovet") operi (datif, COI de "admovet") temptantes
(épithète de "manus" ; introduit l'interrogation double "an... an") admovet, an sit (sujet
non répété : "illud" ; verbe au subjonctif : interrogation indirecte)
corpus (attribut de "illud", ainsi que le sera "ebur") an illud ebur ; nec (non répété : équivaut à "et
non") adhuc ebur esse (proposition infinitive ; sujet non répété : "illud") fatetur (verbe
déponent).
Oscula dat reddique (infinitif passif ; son sujet non répété est "oscula") putat loquiturque (verbe
déponent) tenetque
et credit (suivi d'une proposition infinitive) tactis (épithète de "membris") digitos insidere
membris (complément de "insidere")
et metuit, pressos (épithète de "pressos") veniat (verbe de la subordonnée qui suit) ne (après
verbe de crainte : pas de négation contenue dans ce mot subordonnant) livor (sujet de "veniat") in artus (accusatif pluriel) ;
et modo (répété : "tantôt... tantôt) blanditias adhibet, modo grata (épithète de "munera")
puellis (complément de l'adjectif "grata")
munera (COD de "fert") fert illi (datif singulier, COS), conchas (début d'une série de COD de
"fert") teretesque lapillos
et parvas volucres et flores mille (invariable) colorum (génitif pluriel, complément de "flores")
liliaque pictasque pilas et ab arbore ((marque l'origine spatiale) lapsas (épithète de "lacrimas")
Heliadum (génitif pluriel) lacrimas ; ornat quoque vestibus artus (accusatif pluriel),
dat digitis gemmas, dat longa monilia collo ;
aure leves bacae, redimicula pectore pendent (ce verbe a deux sujets : "bacae" et
"redimicula").
Cuncta (neutre pluriel : l'ensemble des objets cités) decent ; nec nuda (apposé au sujet
sous-entendu, "elle") minus formosa videtur (sens actif : "paraître").
Collocat (sujet : Pygmalion) hanc (COD : mis pour "la statue") stratis (complément de lieu)
concha (complément du participe) Sidonide tinctis
adpellatque tori (complément de "sociam") sociam (attribut du COD sous-entendu)
acclinataque colla (pluriel à sens singulier en français : le cou ; COD de "reponit")
mollibus in plumis, tamquam sensura (verbe être sous-entendu), reponit.
COMMENTAIRE DU PASSAGE
Introduction
Une légende peu présente dans les textes de l'antiquité. Roi légendaire de Chypre, selon d'autres versions que celle d'Ovide c'est d'une statue d'Aphrodite qu'il serait tombée amoureux et à laquelle il se serait uni.
1. Une conception classique de l'art
Dans l'antiquité comme à l'époque du classicisme français, l'art est conçu comme la reproduction la plus fidèle possible de la réalité. "toutes les apparences de la réalité". La perfection est atteinte lorsque la technique artistique ("l'habileté merveilleuse") n'apparaît plus : "l'art se dissimule à force d'art". Tout l'art est donc fait d'une imitation de la nature, partant de la conception que la nature est parfaite, parce que d'essence divine.
2. L'originalité d'Ovide
Une légende qui présente Pygmalion comme un démiurge : c'est de son art que va naître une créature vivante. Mais cette évocation est originalité car d'emblée, Ovide insiste sur l'humanité de la statue : c'est "un corps de femme" qu'il sculpte et non un corps de déesse. La statue est "une vierge" ; il lui offre ce qu'on offre d'ordinaire "aux jeunes filles". La beauté suprême n'est donc plus une beauté divine mais une beauté mortelle.
3. L'expression du sentiment amoureux
Une expression très simple au départ : "il devint amoureux de son oeuvre." Mais ensuite, c'est surtout par le mouvement que s'exprime le désir amoureux : "il approche ses mains", "il donne des baisers", "il la serre dans ses bras"... C'est d'ailleurs l'apparition du mouvement qui, dans la suite du récit, témoignera de la vie (les veines palpiteront), ainsi que le contact physique.
Importance également des notations sensorielles : c'est d'abord la vue qui crée le sentiment amoureux (la beauté est d'abord perçue par le regard : couleur blanche de l'ivoire et, de manière implicite, beauté plastique du corps), mais c'est tout autant le toucher (un sculpteur touche évidemment son oeuvre) ; le toucher reste primordial par la suite : tout autant le contact physique avec le corps de la statue que l'environnement de la scène : objets faits de matériaux divers : coquillages, cailloux, fleurs, bijoux... et décor environnant, en particulier les coussins. La vue est également sollicitée par la variété des formes des objets et par celle de leurs couleurs.
Conclusion
Premier personnage d'une suite de légendes évoquant ses descendants.
Une légende importante également, car elle n'accorde pas la suprématie aux dieux mais à l'homme, démiurge comparable aux divinités.
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