Classe de seconde
La parole rapportée
I) Le discours direct
Dans cette forme de discours, les paroles prononcées sont rapportées telles qu'elles ont été dites, sans aucune déformation.
La ponctuation obéit à des lois précises : il faut encadrer les paroles rapportées de guillemets. S'il s'agit d'un dialogue, il faut employer un tiret de dialogue à chaque changement de locuteur.
Le verbe introducteur ("dire" ou un équivalent) peut être placé avant les paroles rapportées. Dans ce cas, on utilise souvent les deux-points pour présenter les propos entre guillemets. Ce verbe introducteur peut également se trouver à l'intérieur des paroles rapportées, entre virgules ; on dit alors qu'il est en incise. Attention : dans ce cas, le sujet de ce verbe introducteur est inversé. Ce verbe introducteur peut être neutre (dire) ; il peut également fournir des informations (chuchoter, crier, avouer, etc.). Il peut enfin être accompagné d'indications qui jouent le rôle de didascalies au théâtre (Exemple : "dit-il en se tournant vers son voisin").
Exemples :
a) L'enfant chuchota à son voisin : "Je ne comprends rien à cette leçon. Pourvu que je ne me fasse pas interroger !"
b) "Je ne comprends rien à cette leçon, chuchota l'enfant à son voisin. Pourvu que je ne me fasse pas interroger !"
Dans le discours direct, les propos sont ancrés dans la situation d'énonciation dans laquelle ils ont été prononcés. Les personnes, les temps et les modes verbaux sont donc ceux qui ont été employés au moment où les paroles ont été prononcées. Les indications spatio-temporelles renvoient à cette situation d'énonciation (point de référence temporel : "maintenant", "aujourd'hui" ; point de référence spatial : "ici", "ceci" ; point de référence concernant les personnes : "je") ; on appelle ces termes des déictiques).
L'utilisation du discours direct permet de restituer fidèlement les paroles prononcées par quelqu'un : c'est un gage d'authenticité et d'honnêteté de la part de celui qui reproduit ces paroles (un point important par exemple, dans la relation de propos de portée historique). Dans un texte informatif ou argumentatif, on appelle "citation" un passage retranscrit entre guillemets. Une citation peut servir d'argument dit d'autorité : on s'appuie sur les propos d'une personne célèbre ou connue de l'interlocuteur pour étayer son argumentation. Retranscrire des propos entre guillemets permet également, en sens inverse, de prendre ses distances par rapport aux propos cités et donc de ne pas les cautionner (par exemple lorsqu'on cite des propos racistes).
L'emploi du discours direct dans des textes de fiction donne également plus de vie aux propos prononcés par les personnages. Le lecteur participe davantage à la conversation et se laisse prendre à l'illusion d'une conversation réelle ; l'auteur peut en outre multiplier les nuances de ton, les niveaux de langage, les effets de style, pour mieux caractériser les personnages dont un narrateur rapporte les paroles.
II) Le discours indirect
Dans cette forme de discours, les paroles prononcées ne sont pas rapportées dans leur intégralité : un narrateur en relate le contenu dans une situation d'énonciation différente de celles dans laquelle elles ont été dites. On dit donc que le discours indirect est coupé de la situation d'énonciation dans laquelle ont été prononcées les paroles. De plus, le lecteur ne lit donc pas les mots réels qui ont été prononcés.
Dans le discours indirect, le verbe introducteur se trouve en général dans une proposition principale dont va dépendre une proposition subordonnée complétive ou interrogative indirecte. La ponctuation finale de la phrase ne dépend pas du contenu des paroles rapportées, mais du sens de la proposition qui les introduit.
Exemples :
a) Il affirma qu'il n'avait pas triché lors du contrôle. (phrase assertive, forme affirmative).
b) N'affirma-t-il pas qu'il n'avait pas triché lors du contrôle ? (phrase interrogative ; forme négative).
Attention : une phrase introduite par "est-ce que" dans le discours direct devient une proposition subordonnée interrogative indirecte introduite par "si" dans le discours indirect. Il ne faut en aucun cas confondre ce mot subordonnant "si" avec le mot subordonnant "si" qui introduit des propositions subordonnées conditionnelles.
Exemples :
a) Je me demande si tu viens. (Une question est posée : est-ce que tu viens ? proposition subordonnée interrogative indirecte).
b) Si tu viens, nous irons au cinéma. (La condition est que tu viennes : proposition subordonnée conditionnelle).
Employer le discours indirect permet de ne pas rompre le fil de la narration. On peut également de cette manière éviter les détails inutiles ou fastidieux qui ralentissent la lecture, en particulier dans les passages de suspense. Enfin, cette forme de discours permet au narrateur de glisser des marques de jugement, par exemple en utilisant des verbes introducteurs significatifs.
Exemples : Il dit qu'il avait fini son travail (aucune marque de jugement). Il prétendit qu'il avait fini son travail (jugement implicite du narrateur : peut-être ment-il).
III) Le discours indirect libre
Dans cette forme de discours, qu'on ne rencontre qu'à l'écrit, les paroles ne sont pas rapportées telles qu'elles ont été prononcées, tout comme dans le discours indirect. De même, le narrateur est coupé de la situation d'énonciation initiale en ce qui concerne l'emploi des temps et des personnes (la troisième personne est la personne de référence ; le temps de référence est en général le passé).
Toutefois, ces paroles ne sont pas rapportées à l'intérieur d'un système de propositions subordonnées, mais dans des propositions indépendantes ou principales, tout comme dans le discours direct. De même, la ponctuation finale des phrases est la même que celle qui serait employée si les propos étaient relatés dans un discours direct. Enfin, les repères spatio-temporels restent ancrés dans la situation d'énonciation: ce sont des déictiques qui sont employés.
Exemple : Alors, Nana lâcha tout ce qui lui vint à la bouche. Oui, oui, elle n'était pas bête, elle voyait clair. On s'était fichu d'elle pendant le dîner, on avait dit des horreurs pour montrer qu'on la méprisait. (...) Et la rage l'étranglant, sa voix se brisa dans des sanglots. (Zola, Nana)
Utiliser cette forme de discours permet de gagner en légèreté, du fait de l'absence du système de propositions subordonnées. Mais c'est une forme de discours délicate à manier, car le discours indirect libre peut facilement être confondu avec une narration. Toutefois, la présence de verbes comme "dire" ou un équivalant permet en général de reconnaître qu'il s'agit de la pensée ou des propos d'un personnage, et non d'un commentaire du narrateur à son sujet. Le changement de point de vue est en général identifiable grâce à différents indices (lexique, ponctuation, sens du texte, etc.).
Dans un texte argumentatif, utiliser le discours indirect libre permet au locuteur de s'identifier à la personne dont il rapporte les propos : ce sont les arguments d'autrui, mais il les fait siens.
IV) Le discours narrativisé
Cette forme de discours se rencontre toujours à l'intérieur d'un récit. Le lecteur n'a pas accès aux propos qui ont été prononcés, mais prend seulement connaissance de leur contenu de manière très condensée, par l'intermédiaire d'un verbe et éventuellement d'un ou plusieurs compléments. Le discours rapporté crée donc un effet d'ellipse, sans toutefois nuire au sens du texte.
Exemple : Samira alla voir son frère et lui raconta toute l'histoire. Tous deux se réconcilièrent alors et la vie reprit son cours.
Utiliser le discours narrativisé permet de ne garder que l'essentiel des propos échangés (une atmosphère, un contenu, un but, etc.), sans ralentir le rythme général de la narration ; le lecteur peut ensuite imaginer la conversation comme il le veut : elle n'a été que suggérée.
V) Annexe
Voici une liste de verbes introducteurs possibles, selon l'acte de parole envisagé.
La requête : demander, interroger, prier de, supplier.
Le refus : refuser, s'opposer à.
La proposition : proposer, offrir de (faire quelque chose), soumettre (une idée).
L'interdiction : interdire, défendre de.
L'autorisation : autoriser, permettre, consentir à.
Le conseil : conseiller, recommander, suggérer.
L'avertissement : avertir, prévenir, informer, aviser.
Le jugement : juger que, féliciter, reprocher, condamner, approuver, accuser.
La promesse : promettre, jurer, s'engager à.
La déclaration : déclarer dire, confier, révéler, affirmer, avouer.
L'intensité vocale : hurler, crier, vociférer, murmurer, chuchoter.
Le jugement porté par celui qui rapporte les propos : prétendre, s'imaginer, croire, avouer.