Première partie
I) Le théâtre
Dominante : Notions clés
Les paroles rapportées
Il existe quatre manières de citer des paroles qui ont été prononcées dans une autre situation d'énonciation que celle dans laquelle se trouve le locuteur (ou le narrateur) : le discours direct, le discours indirect, le discours indirect libre et le discours narrativisé.
I) Le discours direct
Dans cette forme de discours, les paroles prononcées sont rapportées telles qu'elles ont été dites, sans aucune déformation.
La ponctuation obéit à des lois précises : il faut encadrer les paroles rapportées de guillemets. S'il s'agit d'un dialogue, il faut employer un tiret de dialogue à chaque changement de locuteur.
Le verbe introducteur ("dire" ou un équivalent) peut être placé avant les paroles rapportées. Dans ce cas, on utilise souvent les deux-points pour présenter les propos entre guillemets. Ce verbe introducteur peut également se trouver à l'intérieur des paroles rapportées, entre virgules ; on dit alors qu'il est en incise. Attention : dans ce cas, le sujet de ce verbe introducteur est inversé.
Exemples :
a) L'enfant chuchota à son voisin : "Je ne comprends rien à cette leçon. Pourvu que je ne me
fasse pas interroger !"
b) "Je ne comprends rien à cette leçon, chuchota l'enfant à son voisin. Pourvu que je ne me
fasse pas interroger !"
Dans le discours direct, les propos sont ancrés dans la situation d'énonciation dans laquelle ils ont été prononcés. Les personnes, les temps et les modes verbaux sont donc ceux qui ont été employés au moment où les paroles ont été prononcées. Les indications spatio-temporelles renvoient à cette situation d'énonciation (point de référence temporel : "maintenant", "aujourd'hui" ; point de référence spatial : "ici", "ceci" ; point de référence concernant les personnes : "je") ; on appelle ces termes des déictiques).
L'utilisation du discours direct permet de restituer fidèlement les paroles prononcées par quelqu'un : c'est un gage d'authenticité et d'honnêteté de la part de celui qui reproduit ces paroles (un point important par exemple, dans la relation de propos de portée historique).
L'emploi du discours direct dans des textes de fiction donne également plus de vie aux propos prononcés par les personnages. Le lecteur participe davantage à la conversation et se laisse prendre à l'illusion d'une conversation réelle ; l'auteur peut en outre multiplier les nuances de ton, les niveaux de langage, les effets de style, pour mieux caractériser les personnages dont un narrateur rapporte les paroles.
II) Le discours indirect
Dans cette forme de discours, les paroles prononcées ne sont pas rapportées dans leur intégralité : un narrateur en relate le contenu dans une situation d'énonciation différente de celles dans laquelle elles ont été dites. On dit donc que le discours indirect est coupé de la situation d'énonciation dans laquelle ont été prononcées les paroles. De plus, le lecteur ne lit donc pas les mots réels qui ont été prononcés.
Dans le discours indirect, le verbe introducteur se trouve en général dans une proposition principale dont va dépendre une proposition subordonnée complétive ou interrogative indirecte. La ponctuation finale de la phrase ne dépend pas du contenu des paroles rapportées, mais du sens de la proposition qui les introduit.
Exemples :
a) Il affirma qu'il n'avait pas triché lors du contrôle. (phrase assertive, forme affirmative).
b) N'affirma-t-il pas qu'il n'avait pas triché lors du contrôle ? (phrase interrogative ; forme
négative).
Attention : une phrase introduite par "est-ce que" dans le discours direct devient une proposition subordonnée interrogative indirecte introduite par "si" dans le discours indirect. Il ne faut en aucun cas confondre ce mot subordonnant "si" avec le mot subordonnant "si" qui introduit des propositions subordonnées conditionnelles.
Exemples :
a) Je me demande si tu viens. (Une question est posée : est-ce que tu viens ? proposition
subordonnée interrogative indirecte).
b) Si tu viens, nous irons au cinéma. (La condition est que tu viennes : proposition
subordonnée conditionnelle).
Employer le discours indirect permet de ne pas rompre le fil de la narration. On peut également de cette manière éviter les détails inutiles ou fastidieux qui ralentissent la lecture, en particulier dans les passages de suspense. Enfin, cette forme de discours permet au narrateur de glisser des marques de jugement, par exemple en utilisant des verbes introducteurs significatifs.
Exemples : Il dit qu'il avait fini son travail (aucune marque de jugement). Il prétendit
qu'il avait fini son travail (jugement implicite du narrateur : peut-être ment-il).
III) Le discours indirect libre
Dans cette forme de discours, les paroles ne sont pas rapportées telles qu'elles ont été prononcées, tout comme dans le discours indirect. De même, le narrateur est coupé de la situation d'énonciation initiale en ce qui concerne l'emploi des temps et des personnes (la troisième personne est la personne de référence ; le temps de référence est en général le passé).
Toutefois, ces paroles ne sont pas rapportées à l'intérieur d'un système de propositions subordonnées, mais dans des propositions indépendantes ou principales, tout comme dans le discours direct. De même, la ponctuation finale des phrases est la même que celle qui serait employée si les propos étaient relatés dans un discours direct. Enfin, les repères spatio-temporels restent ancrés dans la situation d'énonciation: ce sont des déictiques qui sont employés.
Exemple : Hélène se mit à songer. Tout allait bien aujourd'hui. Tout irait bien ici
désormais. Mais serait-ce la même chose demain ? Serait-ce la même chose
ailleurs ? C'était difficile à savoir...
Utiliser cette forme de discours permet de gagner en légèreté, du fait de l'absence du système de propositions subordonnées. Mais c'est une forme de discours délicate à manier, car le discours indirect libre peut facilement être confondu avec une narration. Toutefois, la présence de verbes comme "dire" ou un équivalant permet en général de reconnaître qu'il s'agit de la pensée ou des propos d'un personnage, et non d'un commentaire du narrateur à son sujet.
IV) Le discours narrativisé
Cette forme de discours se rencontre toujours à l'intérieur d'un récit. Le lecteur n'a pas accès aux propos qui ont été prononcés, mais prend seulement connaissance de leur contenu de manière très condensée, par l'intermédiaire d'un verbe et éventuellement d'un ou plusieurs compléments.
Exemple : Samira alla voir son frère et lui raconta toute l'histoire. Tous deux se
réconcilièrent alors et la vie reprit son cours.
Utiliser le discours narrativisé permet de ne garder que l'essentiel des propos échangés (une atmosphère, un contenu, un but, etc.), sans ralentir le rythme général de la narration ; le lecteur peut ensuite imaginer la conversation comme il le veut : elle n'a été que suggérée.
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