Les grandes lignes de l'histoire romaine
Deuxième partie
Les premiers temps de la République
509-264
À l'intérieur de la ville de Rome, ces deux siècles sont surtout marqués par la lutte entre plébéiens et patriciens et par l'instauration progressive d'institutions politiques et militaires.
À l'extérieur, c'est l'expansion de la domination romaine qui caractérise essentiellement cette période.
I) Les luttes sociales et l'instauration des institutions politiques
1. Qui sont les patriciens et les plébéiens ?
Un clivage purement ethnique semble erroné : les patriciens ne sont pas les descendants des compagnons d'Énée, ni les plébéiens les fils des occupants des premiers occupants du sol italien. Mais on constate une unité de caste entre les gentes des patriciens, liées par un même culte possédant la plupart des terres et des troupeaux. Ces gentes détiennent le monopole des magistratures politiques et des sacerdoces, et refusent tout mariage mixte avec des plébéiens.
Les Plébéiens, eux, forment une masse indistincte, sans unité, dont seules les familles les plus riches jouent un certain rôle sur le plan économique (ils possèdent des terres) et au sein de l'armée.
2. Les dernières secousses de la révolution de 509
Le roi étrusque Porsenna essaie de rétablir le roi Tarquin, mais après une guerre meurtrière, le camp romain l'emporte. Des épisodes célèbres chantent la valeur des héros et héroïnes romains, prêts à se sacrifier ou à se dépasser pour servir leur idéal. Ce sont les épisodes d'Horatius Coclès, de Mucius Scaevola ou encore de Clélie, mentionnés en particulier par Tite-Live.
Après la création du consulat en 507 est instaurée la dictature en 501 : en cas de crise, un chef unique remplace les deux consuls pour une durée limitée. Ces deux magistratures restent réservées aux seuls patriciens. En temps ordinaire, les deux consuls sont élus pour un an : ils sont les chefs suprêmes de l'armée et de la vie politique : ils président les assemblées et font exécuter leurs décisions. Pour symboliser leur pouvoir, on a pris l'habitude de nommer chaque année du nom du consul qui était élu.
3. La première sécession des plébéiens
En 494 se manifeste la première révolte importante des plébéiens qui se retirent sur le mont Sacré (colline de l'Aventin), considéré comme leur bastion. Ils menacent les patriciens de pousser jusqu'au bout la séparation, en refusant en particulier de servir sous les armes à leurs côtés.
Selon la tradition, Menenius Agrippa apaisa les esprits en racontant la fable des membres et de l'estomac pour montrer l'importance de l'unité du populus romanus ; en échange d'un retour au calme, la plèbe obtient la création de magistrats plébéiens : les édiles et les tribuns. Plus exactement, ces hommes sont davantage des médiateurs que des magistrats, puisqu'ils sont chargés de défendre les intérêts du peuple contre des décisions publiques ou privées éventuellement iniques. Ils sont sacrosancti (inviolables), c'est-à-dire que porter atteinte à leur personne relève du sacrilège ; mais ils ne sont investis d'aucun pouvoir religieux ou politique, contrairement aux autres magistrats.
4. La Loi des XII Tables
Jusqu'alors, seuls les patriciens avaient accès aux formulae, qui pemettaient de connaître le droit des gens. Les plébéiens réclamèrent la publication du principe des droits ; deux commissions de decemvirs, en 451 et 449, rédigèrent alors la Loi des XII Tables, dont le succès fut entaché pour deux raisons : d'une part les decemvirs inclurent dans les lois l'interdiction du mariage mixte entre patriciens et plébéiens, qui n'était encore qu'une simple tradition ; d'autre part, ils se comportèrent en tyrans. L'épisode de Virginie, également raconté par Tite-Live, témoigne de leur violence : la virtus des Romains devait à nouveau se révéler, dans un climat de terreur.
Du fait de leur comportement, les decemvirs furent chassés par le peuple et, en 445, le tribun Canuleius obtint, grâce à ses convaincants plaidoyers, que soit abrogée la loi d'interdiction des mariages mixtes.
5. Les dernières conquêtes des plébéiens
Dès lors, la conquête des magistratures par la plèbe ne cesse de se poursuivre.
En 443, sont institués des tribuns militaires et des censeurs ; le tribunat militaire tendra à remplacer le consulat jusqu'en 367, date à laquelle le consulat fut rétabli et où les plébéiens purent accéder à cette charge. Les censeurs, eux, sont chargés de répartir les citoyens dans les cinq classes censitaires établies à Rome, et de dresser la liste des chevaliers.
De 367 à 334, la plèbe accède aussi à l'édilité, à la préture et à la dictature. Les édiles s'occupent des affaires municipales, et en particulier de l'organisation des Jeux publics, du ravitaillement et de la police urbaine. Quant aux préteurs, leurs attributions sont essentiellement d'ordre judiciaire.
À la fin du IVme siècle, l'égalité civile entre patriciens et plébéiens est donc réalisée. Mais un autre clivage apparaît : tandis que les riches plébéiens s'allient aux patriciens, et constituent avec eux la nobilitas (formée de patriciens et d'homines novi), les plus pauvres des citoyens, très endettés, forment le premier mouvement démocratique romain.
L'année 287 marque la dernière sécession de la plèbe qui, grâce au dictateur Hortensius, se trouve satisfaite sur le plan économique et politique : l'assemblée tribute obtient en effet un réel pouvoir législatif.
II) L'expansion de la domination romaine
Ces deux siècles constituent une période de guerres incessantes, souvent mal connues, signes d'une conquête très lente et difficile à réaliser.
1. La fin du Vme siècle
Durant plusieurs décennies furent menées des guerres contre les #èques, les Sabins et les Volsques ; à partir de 440, les Romains y obtinrent des succès constants. C'est au cours de ces guerres que se situent les épisodes célèbres de Coriolan (en 489) et de Cincinnatus (en 458).
Parallèlement, Rome est alors en guerre contre les Étrusques de 405 à 396. Cette guerre s'achève en 396 par la prise et la destruction de Véies, ville étrusque située au nord du Tibre. C'est Camille qui assura la victoire aux Romains.
2. L'invasion gauloise
Elle commence en 390 avec la prise de Clusium par les Gaulois, et la défaite romaine de l'Allia. Peu après, en 387, les Gaulois descendent sur Rome et s'emparent, par surprise, de la ville, à l'exception toutefois du Capitole dont les célèbres oies consacrées à Junon donnent l'alerte par leurs cris perçants. Les Romains reprennent alors courage, mais pour se libérer du siège gaulois, il leur faut payer un lourd tribut.
3. Les guerres contre les Samnites
Ce peuple, habitant au sud de Rome, possédait des alliés tout autour de Rome. La première guerre dura d 342 à 338 et se conclut par la création d'un état romano-capouan qui avantageait les Romains.
En 327, la lutte reprend contre les montagnards samnites. Les Romains subissent alors une humiliante défaite aux Fourches Caudines, en 321 : il s'ensuivit leur capitulation et l'arrêt de toute opération militaire pendant cinq ans.
Aux Samnites s'allient alors les Étrusques et la plupart des cités voisines de Rome à partir de 311. Mais Rome se réorganise et en 304, ce sont les Samnites qui doivent traiter selon la volonté des Romains.
Une vaste coalition contre Rome donne enfin naissance à la troisième guerre samnite. La bataille décisive se déroule en 295, à Sentinum, dans le territoire des Ombriens, au nord-est de l'Italie.
4. La conquête du sud de l'Italie
Après la conquête du nord et du centre de l'Italie, dont elle à présent maîtresse, Rome se tourne vers le sud de la péninsule et surtout vers la cité de Tarente. Les Tarentins menacés demandent de l'aide à Pyrrhus, roi d'Épire.
L'armée romaine subit d'abord une série de défaites contre l'armée grecque : à Héraclée en 280 et à Ausculum en 279. Mais ce sont des victoires "à la Pyrrhus" qui provoquent de lourdes pertes dans les rangs grecs. En 275, à Bénévent, sur la côte sud-ouest, Pyrrhus essuie une défaite qui l'oblige à regagner l'Épire. Tarente est alors prise en 272.
De ce fait, Rome domine peu après l'ensemble de la péninsule italienne.
5. Le statut des Italiens
Il est alors assez complexe. Le territoire romain couvre un cinquième de l'Italie et comprend 35 tribus. Une seule cité, Rome, jouit d'une existence politique réelle et autonome. Les autres, les municipes, n'ont droit qu'à une autonomie administrative locale. Les habitants sont toutefois, en principe, considérés comme citoyens romains.
Le territoire allié est quatre fois plus grand. Les habitants ne sont plus des citoyens mais des socii ou pérégrins. Ils n'ont ni les droits civils ni les droits politiques des citoyens, mais ils conservent leur autonomie administrative et se gouvernent selon leurs lois propres.
Le statut intermédiaire des Latins s'applique à quelques villes non réduites en municipes. Ils n'ont pas la civitas intégrale, mais peuvent, de passage dans la ville, voter dans une tribu tirée au sort.
6. L'armée
C'est à cette époque un organe très puissant. Les soldats ne sont pas des soldats de métier, mais des citoyens appelés à défendre leur terre avec leurs propres armes. En 264, Rome dispose d'environ 292 000 hommes mobilisables, y compris les soldats de réserve.
Quatre légions de 4 500 hommes environ, épaulée souvent par des contingents alliés d'effectifs à peu près équivalents, sont encadrées par des centurions : chaque centurion commande une centurie ; il y a quelque 60 centuries par légion.
La discipline est très rigoureuse. Le général a droit de vie et de mort sur ses soldats. Mais il existe aussi des récompenses, dont la principale se nomme le triomphe : c'est la montée triomphale au Capitole, à la tête du butin et des prisonniers.
Ce désir de conquête ne s'arrêtera pas à la soumission du territoire italien : bientôt vont se déclencher de nouvelles guerres, très meurtrières et très célèbres, qui vont opposer Rome à un redoutable adversaire, Carthage.
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