À propos du roman

Citations

Hugo : Les Rayons et les Ombres (1840) ; préface

"Le roman n'est autre chose que le drame développé en dehors des proportions du théâtre,

tantôt par la pensée, tantôt par le coeur."

Baudelaire : Théophile Gautier (1859)

Jugement célèbre sur Balzac : "chacun, chez Balzac, même les portières, a du génie."

Autre expression célèbre de Baudelaire sur Balzac : "un visionnaire passionné".

Flaubert : Correspondance

"Ce que je voudrais faire, c'est un livre sur rien, un livre sans attache extérieur (...), un livre qui

n'aurait presque pas de sujet, où du moins le sujet serait presque invisible."

Huet : Traité sur l'origine du roman ; XVIIme siècle

Suppose l'existence d'une inclination naturelle aux fables chez les hommes ; le roman, pour lui,

est le fruit de la seule imagination.

Zola : Le naturalisme au théâtre (1880)

"Le roman naturaliste (est) simplement une enquête sur la nature, les êtres et les choses.

"L'oeuvre devient un procès-verbal, rien de plus."

"Le romancier n'est plus qu'un greffier, qui se défend de juger et de conclure... Il disparaît donc, il

garde pour lui son émotion, il expose simplement ce qu'il a vu."

"Nous enseignons l'amère science de la vie, nous donnons la hautaine leçon du réel. (...) Je ne

connais pas d'école plus morale, plus austère."

Maupassant : Pierre et Jean (1887) ; préface

Pour le romancier objectif, "la psychologie doit être cachée dans le livre comme elle est cachée

en réalité sous les faits dans l'existence. Le roman conçu de cette manière y gagne de l'intérêt,

du mouvement dans le récit, de la couleur, de la vie remonte."

Le roman présente un "groupement adroit de petits faits constants."

"Le peintre qui fait notre portrait ne montre pas notre squelette."

"C'est toujours nous que nous montrons dans le corps d'un roi, d'un assassin, d'un voleur ou d'un

honnête homme."

Bourget : Taine romancier (1909)

Il accorde sa préférence au roman dans lequel l'auteur intervient.

"Un roman n'est pas de la vie représentée. C'est de la vie racontée (...) ; c'est, si l'on veut, un

témoignage, et qui implique deux choses : une réalité que l'on atteste et un témoin qui l'atteste."

"Un témoin n'est pas un miroir impassible, il est un regard qui s'émeut, et l'expression même de

ce regard fait partie de ce témoignage."

Thibaudet : L'esthétique du roman (1912)

Il accorde sa préférence au roman "objectif".

"Le roman objectif exige impérieusement la qualité du style. La probité de la matière et celle de la

forme n'en font qu'une."

Sand : Histoire de ma vie (1854)

"Le roman serait une oeuvre de poésie autant que d'analyse."

Elle prône la nécessité de "l'idéalisation du sentiment qui fait le sujet" (qui peut être sacrifiée "à la

vérité de la peinture, à la critique de la société et de l'humanité même").

Camus : L'homme révolté (1951)

Il affirme le désir d'unité des hommes et pense que le roman permet de trouver cette unité.

"Le monde romanesque n'est que la correction de ce monde-ci, suivant le désir profond de

l'homme."

"Le roman a sa logique : une belle histoire ne va jamais sans cette continuité imperturbable qui

n'est jamais dans les situations vécues, mais qu'on trouve dans la démarche de la rêverie, à

partir de la réalité."

"Le roman fabrique du destin sur mesure."

Roger Vailland : La loi du romancier (1957)

"Un récit ou un reportage, c'est la réponse directe de l'écrivain à l'événement qu'il raconte. Le

roman, c'est une réponse globale, (...) une espèce de réponse totale à tout ce qui, dans

l'ensemble de l'univers, agit à ce moment-là sur l'écrivain, réponse totale et indirecte."

"L'artiste répond au second degré, il répond en créant un monde intermédiaire."

Balzac : La Comédie Humaine (1842) ; avant-propos

"Le hasard est le plus grand romancier du monde : pour être fécond, il n'y a qu'à l'étudier. La

Société française allait être l'historien, je ne devais être que le secrétaire."

Son projet : écrire l'histoire des moeurs et "étudier les raisons ou la raison de ces effets sociaux,

surprendre le sens caché dans cet immense assemblage de figures, de passions et

d'événements."

"Ainsi dépeinte, la Société devait porter avec elle la raison de son mouvement."

Malraux : Malraux par lui-même (1953)

Le romancier "doit créer un monde cohérent et particulier, comme tout autre artiste. Non faire

concurrence à l'état civil, mais faire concurrence à la réalité qui lui est imposée, celle de "la vie"."

Jugement sur Balzac : "C'est la puissance transfiguratrice du réel, la qualité atteinte par cette

transfiguration, qui font son talent ; il est évidemment un poète."

"Je crois que pour un grand nombre de romanciers et de tragiques, le personnage est suscité par

le drame et non le drame par le personnage ; et que les héros d'Eschyle, comme de

Shakespeare, de Dostoïevski, comme de Stendhal, sont des "virtualités" de leur auteur."

Mauriac : Le romancier et ses personnages

La mission du romancier : "étreindre (...) ce tissu vivant où s'entrecroisent des millions de fils,

qu'est une destinée humaine."

"Aucun homme n'existe isolément, nous sommes tous engagés profondément dans la pâte

humaine. L'individu, tel que l'étudie le romancier, est une fiction."

P. H. Simon : article extrait des Nouvelles Littéraires (1954)

"Le roman a pour objet la vie même, spontanée et fluide, mystérieuse et uniforme.

cf. Mauriac : "Il s'agit de laisser à nos héros l'illogisme, l'indétermination, la complexité des êtres

vivants."

"Le personnage de roman n'échappe pas beaucoup plus que le personnage de théâtre à

l'obligation d'être un caractère."

Le personnage, "c'est un état de la conscience de l'auteur, qui se prolonge, par un miracle de

poésie, dans la sympathie d'innombrables lecteurs."

Ch. Plisnier : Roman

"Je tiens que la substance royale des grands romans (...), c'est la vie ordinaire."

J. Rivière : Nouvelles études (1922)

"Nous ne donnons jamais le vertige de l'âme humaine. C'est Dostoïevski le premier, qui m'a fait

sentir notre insuffisance sur ce point."

Paul Bourget : Notes sur le roman français (1921)

La réalité "ne peut être peinte que si elle est connue. Elle n'est connue que si elle a un témoin, et

ce témoin lui donne une unité par le seul fait qu'il ne saurait la constater sans se placer à un point

de vue, celui de son esprit."

"Composer, c'est donc, pour l'écrivain, se conformer à la marche même de la vie."

L'analyse psychologique : "une dissection lucide des états de conscience" ; "le procédé par

excellence pour ce dégagement des vérités profondes." (Cf. Balzac)

Hugo : Sur Walter Scott (1823)

L'intention du romancier : "exprimer, dans une fable intéressante, une vérité utile."

Le meilleur roman : "Le roman dramatique, dans lequel l'action imaginaire se déroule en tableaux

vrais et variés, comme se déroulent les événements réels de la vie."

Alain : Système des Beaux-Arts (1920)

"Le héros de roman n'accuse pas les dieux : il a choisi son destin (...). Le roman serait donc le

poème du libre-arbitre."

"Le thème de tout roman, c'est le conflit d'un personnage romanesque avec des choses et des

hommes qu'il découvre en perspective à mesure qu'il avance, qu'il connaît d'abord mal, et qu'il ne

comprend jamais tout à fait."

A. Touchard : L'amateur de théâtre (1952)

"Le personnage de roman est un personnage qui s'accomplit contre vents et marées, et tend à

prouver que tout homme porte en soi son destin, les événements extérieurs étant impuissants à

l'en détourner. (...) La fatalité du roman est dans le personnage. (...) Le personnage de roman

lutte contre lui-même, contre ses tendances."

Le roman : "un art inquiet"

"Analysant mon mal à travers autrui, je le juge de plus haut, mais c'est toujours mon mal qui me

préoccupe."

Équipe de Roman (1953)

"Le simple thème d'un roman, avant toute écriture, a tendance à s'étendre. (...) Le thème de la

nouvelle n'est pas générateur d'un monde.

"Ce qui se présente au romancier (...), c'est un personnage et son destin (...). Une nouvelle (...)

part d'un rien, du moindre brin de vie."

Le monde du roman, "c'est un monde essentiellement libre. Tandis que nous voyons dans la

structure de la nouvelle (...) une sorte de nécessité."

La nouvelle : "un rapport dynamique entre les éléments"

Le roman : "un lent rapprochement de durée", "d'installation dans le temps."

Julien Gracq : Lettrines (1967)

"Dans un grand roman, contrairement au monde imparfaitement cohérent du réel, rien ne reste

en marge. La juxtaposition n'a de place nulle part, la connexion s'installe partout. (...) Un roman

vit d'échanges multipliés. IL vit d'une entrée en résonances universelles. (...) Un monde qui n'est

pas celui de la vie, mais qui lui ressemble seulement, dans la mesure à la fois très importante et

très incomplète où une cloche ressemble à un chaudron."

 

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