À propos du théâtre
Citations
P.A. Touchard : L'amateur de théâtre (1952)
"La fatalité du théâtre est "dans la situation." "Le destin (de l'homme) demeure le jouet des
événements (...). Le personnage de théâtre lutte contre les autres ou contre une fatalité
extérieure."
"Au lieu de ne me préoccuper que de moi par rapport à moi-même, je me préoccupe de moi par
rapport à autrui. L'intrusion d'autrui est en soi une libération ; je ne suis plus enfermé dans moi."
Giraudoux : L'auteur au théâtre (1941)
"L'essentiel du théâtre n'est pas l'auteur, mais le théâtre."
"Il n'y a pas de plagiat en art dramatique, et il n'y a pas de plagiat parce qu'il n'y a pas de
propriété."
Seul titre de l'auteur dramatique : "celui qui vous donne le privilège de l'intimité avec les
personnages dramatiques."
Rôle de l'auteur : "le rôle de l'acteur qui ne joue pas".
L'auteur ressemble au magicien, parce qu'il crée, mais il n'a plus aucune prise sur ses créatures.
A. Salacrou : Notes sur le théâtre (1941)
"Le poète écrit son oeuvre pour lui. (...) Le dramaturge a un collaborateur que l'on oublie toujours,
qui a peut-être autant d'importance que lui, C'EST LE PUBLIC."
"Pour créer une pièce, il faut être deux : l'auteur et la salle."
Claudel : L'Échange (1894)
"L'homme veut voir des yeux et connaître des oreilles
Ce qu'il porte dans son esprit - l'en ayant fait sortir.
Et c'est ainsi que je me montre sur la scène."
Diderot : Paradoxe sur le comédien (1778)
Le vrai au théâtre : "c'est la conformité des actions, des discours, de la figure, de la voix, du
mouvement, du geste, avec un modèle idéal imaginé par le poète, et souvent exagéré par le
comédien;"
"Nous voulons qu'au plus fort des tourments l'homme garde le caractère d'homme, la dignité de
son espèce."
"Il en est du spectacle comme d'une société bien ordonnée, où chacun sacrifie ses droits pour le
bien de l'ensemble et du tout. (...) Votre scène des rues est à la scène dramatique comme une
horde sauvage à une assemblée d'hommes civilisés."
"Portez au théâtre votre ton familier, votre expression simple, votre maintien domestique, votre
geste naturel, et vous verrez combien vous serez pauvre et faible."
Antoine : Conferencia (1923)
Définition de la mise en scène : "réaliser l'histoire dans son milieu et son atmosphère jusqu'en
ses moindres détails."
Dullin : Correspondance (1928)
"La scène est un monde hors du monde (...). Elle ne sera jamais la reproduction d'un intérieur
bourgeois pas plus que ne l'est le palais de fer d'un grand magasin où l'on vend des salons tout
prêts."
Racine : Bérénice (1970) Préface
"Ce n'est point nécessaire qu'il y ait du sang et des morts dans une tragédie ; il suffit que l'action
en soit grande, que les acteurs en soient héroïques, que les passions y soient excitées et que
tout s'y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie."
"Il n'y a que le vraisemblable qui touche dans une tragédie."
J. Scherer : La dramaturgie classique en France (1952)
"Ce qui fait l'originalité et la grandeur du théâtre classique, c'est qui rassemble d'une part un
public populaire, exigeant, ardent, amoureux de toutes les formes de la vie, et d'autre part les
acteurs les plus épris de rigueur qui aient jamais été."
Deux tendances unies dans le classicisme :
- "celle qui exige des règles, de la vraisemblance, de l'ordre logique, des raffinements de style,
tout ce qu'apportent les écrivains professionnels et les théoriciens."
- "la vie, la violence, la luxuriance, la passion, et aussi le contact avec la réalité et la société, l'art
de plaire sans lequel le classicisme n'est qu'une forme vide."
Alain : Système des Beaux-Arts (1920)
Il faut "que le drame soit terminé déjà dans le fait au moment où le poète nous le présente."
Le temps : le personnage principal : "cette avance du temps qui, sans tenir compte de nos désirs
ni de nos craintes, accomplit enfin (les passions) est sans doute ce qui tient le tragique en place."
"On pourrait dire que les passions sont la matière et le temps la forme de toute tragédie."
Bergson : Le rire, essai sur la signification du comique (1900)
L'effet comique de répétition : "Dans une répétition comique de mots, il y a généralement deux
termes en présence, un sentiment comprimé qui se détend comme un ressort, et une idée qui
s'amuse à comprimer de nouveau le sentiment."
L'effet comique : "du mécanique plaqué dans du vivant."
"Le comique est ce côté de la personne par lequel elle ressemble à une chose, cet aspect des
événements humains qui imite (...) le mouvement sans la vie."
"La comédie commence quand la personne sociale cesse de nous émouvoir."
"une anesthésie momentanée du coeur". Le comique s'adresse à l'intelligence pure.
Molière : Critique de l'école des Femmes (1663)
Dorante : "Je trouve qu'il est bien plus aisé de se guinder sur de grands sentiments (...) que
d'entrer comme il faut dans le ridicule des hommes et de rendre agréablement sur le théâtre des
défauts de tout le monde. (...) Lorsque vous peignez des hommes, il faut peindre d'après nature.
On veut que ces portraits ressemblent. (...) C'est une étrange entreprise que celle de faire rire les
honnêtes gens."
La Bruyère : Caractères I : Des ouvrages de l'esprit (1688)
"D'où vient que l'on rit si librement au théâtre alors qu'on a honte d'y pleurer ?"
La Fontaine : Les Amours de Psyché et de Cupidon (1669)
Ariste : la pitié : "un ravissement, une extase." La comédie parle de la médiocrité ; la pitié : un
mouvement charitable et généreux, qui nous place au-dessus des rois.
Gélaste : "Y a-t-il rien qui nous convienne mieux que le rire ?" "Le rire a quelque chose de vif et
de plus sensible." Nous ne sommes pas touchés par la tragédie ; la comédie nous rend de belle
humeur.
Diderot : Entretiens sur le fils naturel (1757)
Principes de la "tragédie domestique" : "Négligez les coups de théâtre (...). Rapprochez-vous de
la vie réelle. (...) Je crois qu'il ne faut ni montrer ni réciter au spectateur un fait sans
vraisemblance. (...) Lorsqu'une action est simple, je crois qu'il faut plutôt la représenter que la
réciter."
Beaumarchais : Essai sur le genre dramatique (1767)
"La gaieté légère nous distrait. (...) Si le rire bruyant est ennemi de la réflexion, l'attendrissement,
au contraire, est silencieux ; il nous réveille, il nous isole de tout. Je sors du spectacle meilleur
que je n'y suis rentré par cela seul que j'ai été attendri."
"Il est de l'essence du genre sérieux d'offrir un intérêt plus pressant, une moralité plus directe que
la tragédie héroïque, et plus profonde que la comédie plaisante."
Rousseau : La Nouvelle Héloïse, Lettre XVII (1761)
"En peignant le ridicule des états qui servent d'exemple aux autres, on le répand plutôt que de
l'éteindre, et le peuple, toujours singe et imitateur des riches, va moins au théâtre pour rire de
leur folie que pour les étudier, et devenir plus fou qu'eux en les imitant."
"Molière corrigea la cour en infectant la ville ; et ses petits marquis furent le modèle des petits
maîtres bourgeois qui leur succédèrent."
Le Français "ne se soucie pas d'être séduit pourvu qu'on l'amuse. Personne ne va au spectacle
pour le plaisir du spectacle, mais pour voir l'assemblée, pour être vu."
Hugo : Cromwell (1827), Préface
"Faire comme la nature, mêler (...) le grotesque au sublime, le corps à l'âme, la bête à l'esprit."
"Dans le drame, tout s'enchaîne et se déduit ainsi que dans la réalité."
Contre l'unité de lieu : "Au lieu de scènes, nous avons des récits, au lieu de tableaux, des
descriptions (...). La localité exacte est un des premiers éléments de la réalité."
Contre l'unité de temps : "Toute action a sa durée propre comme son lieu particulier."
L'unité d'action : "La seule admise par tous parce qu'elle résulte d'un fait : l'oeil ni l'esprit humain
ne sauraient saisir plus d'un ensemble à la fois."
"Tout ce qui est dans la nature est dans l'art." Toutefois, il existe "une limite infranchissable qui
sépare la réalité selon l'art de la réalité selon la nature." (Cf. Vigny : "L'art est la vérité choisie.")
Musset : De la tragédie (1838)
"Loin d'être des entraves, (les règles) sont des armes, des recettes, des secrets, des leviers."
J'appelle vraie tragédie, non celle de Racine, mais celle de Sophocle, dans toute sa simplicité,
avec la stricte observation des règles."
Prendre pour devise le vers de Chénier :
"Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques."
Stendhal : Racine et Shakespeare (1823)
L'illusion : "L'action d'un homme qui croit véritablement existantes les choses qui se passent sur
la scène." (Exemple du soldat dans Othello).
Rousseau : Lettre à d'Alembert (1758)
"Le ridicule est l'arme favorite du vice. C'est par elle qu'attaquant au fond des coeurs le respect
dû à la vertu, il éteint enfin l'amour qu'on lui porte."
Molière : Tartuffe (1669), préface
"L'emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes. (...) On veut bien être méchant,
mais on ne veut point être ridicule."
La comédie : "un poème ingénieux qui, par des leçons agréables, reprend les défauts des
hommes."
Beaumarchais : Le mariage de Figaro (1785), préface
"Je pense (...) qu'on n'obtient ni grand pathétique, ni profonde moralité, ni bon et vrai comique au
théâtre, sans des situations fortes et qui naissent toujours d'une disconvenance sociale dans le
sujet."
Principe de la comédie : "Corriger sans blesser."
P. A. Touchard : Dionysos (1949)
"Le dieu de l'art dramatique est avant tout un dieu du dépassement."
Vision d'un univers "où l'homme pourrait enfin se révéler à soi-même."
Le spectacle théâtral : Une "purgation totale" obtenue par le "spectacle vécu d'une action
accomplie par des hommes vivants, en chair et en os."
L'art dramatique "permet à l'individu de retrouver cette part de liberté qu'il doit sacrifier aux
exigences de la vie en société."
Anouilh : Antigone (1944)
La tragédie : "On dirait un film dont le son s'est enrayé, toutes ces bouches ouvertes dont il ne
sort rien, toute cette clameur qui n'est qu'un image, et le vainqueur, déjà vaincu, seul au milieu de
son silence..."
"Dans le drame, on se débat parce qu'on espère en sortir. C'est ignoble, c'est utilitaire. Là, c'est
gratuit. C'est pour les rois. Et il n'y a plus rien à tenter, enfin !"
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