Les grandes lignes de l'histoire romaine

Troisième partie

Les guerres puniques

 

Sommaire de cette page

I) Les guerres puniques

II) Fiche sur la cité de Carthage

III) Fiche sur Hannibal

 

I) Les guerres puniques

Schéma général

Trois phases actives :

1) 264-241 : lutte pour la domination de la Sicile.

2) 219-201 : essai de revanche des Carthaginois.

3) 149-146 : destruction de Carthage.

I) Situation de départ

A) Rome

Jusqu'alors, elle connaît un désir d'expansion coloniale assez limité. Ses relations avec les peuples d'Italie sont celles d'une cité élargie. Elle ne possède pas de flotte militaire et n'entretient pas de relations diplomatiques avec l'Outre-mer. Par contre, des liens se sont tissés avec la Campanie (région au sud de Rome), qui se montre plus ouverte que Rome sur le plan commercial. De là naît un désir de conquérir la Sicile et même de contrôler l'ensemble du bassin méditerranéen.

B) Carthage

Elle fut fondée en 814, selon la tradition. Sa situation géographique excellente lui assure un monopole commercial maritime qui atteint son apogée au VIme siècle. En revanche, au Vme siècle, elle connaît un mouvement de repli qui l'amène à se tourner plutôt vers le sol africain.

Carthage doit faire face à deux handicaps : d'une part, l'empire carthaginois n'a pas la solidité de la confédération romano-italique ; d'autre part, sa force militaire est très limitée : elle possède une bonne flotte, mais mal entraînée et son armée est essentiellement composée de mercenaires, peu animés par un esprit patriotique.

II) La première guerre punique

A) Déclenchement des opérations

En 264, Rome s'empare de la ville sicilienne de Messine (dans la partie est de l'île), dont le roi se nomme Hiéron ; la Sicile est dès lors coupée en deux : Messine et sa région sont aux mains des Romains, tandis qu'Agrigente (à l'ouest) est sous domination carthaginoise.

B) Première période

En 260, Rome s'est constitué une flotte de cent quinquérèmes et de vingt trirèmes. La tactique envisagée est la fixation de grappins, appelés également "corbeaux", sur les bateaux ennemis et de mener, sur les ponts des navires, un combat de fantassins. Le consul Duilius remporte cette année-là une première victoire à Myles.

En 256, c'est la victoire d'Ecnome, par le consul Regulus, d'où naît l'idée d'un débarquement en Afrique.

C) Deuxième période

Le consul Regulus connaît une défaite et devient prisonnier des Carthaginois en Afrique. C'est le chef carthaginois Xanthippe qui a remporté la victoire. En 249, une nouvelle défaite romaine à Drépane prive Rome presque totalement de navires ; malheureusement pour elle, Carthage n'exploite pas la situation.

D) Troisième période

A Carthage, Hamilcar prend la tête de l'armée. Pendant ce temps, à Rome, un emprunt forcé sur les citoyens permet de reconstruire la flotte ; l'opération est achevée en 241.

En 241, Rome connaît de nouveau la victoire aux îles Egates, sous le commandement du consul Catulus. Carthage, dont la flotte est détruite, n'a pas les moyens de la reconstruire et demande la paix.

E) Conditions du traité de paix

Les Romains acquièrent la Sicile qui devient dès lors la première province romaine. Carthage doit également verser une indemnité de 3200 talents sur un espace de dix années.

III) L'entre guerre

A) Rome

Rome se tourne vers l'Adriatique et la Gaule cisalpine pour y établir ses conquêtes. Elle s'empare de la Sardaigne et de la Corse, par une interprétation quelque peu abusive du traité de paix avec Carthage.

B) Carthage

Carthage doit faire face au soulèvement des prolétaires et des mercenaires : c'est la guerre dite "inexpiable" qui s'achèvera en 237 par l'extermination de tous les rebelles mercenaires au défilé de la Scie, sous le commandement d'Hamilcar de la famille des Barca. En 227, celui-ci fonde Carthagène, ou "nouvelle Carthage".

A la mort d'Hamilcar son gendre, Hasdrubal, puis, après l'assassinat de ce dernier en 221, son fils Hannibal, âgé de 26 ans, prennent le pouvoir. Carthage conquiert progressivement toute l'Espagne.

IV) La deuxième guerre punique

A) Déclenchement

En 219, Hannibal s'empare de Sagonte, ville espagnole alliée des Romains. Son but est de dissoudre la confédération italienne et de neutraliser ainsi l'armée romaine. Sa tactique est la suivante : il veut passer en Gaule par l'Espagne, pour obtenir des renforts en hommes chez les Gaulois et les Celtes. Il compte créer un effet de surprise qui palliera au manque d'effectifs : en effet il dispose seulement de 80.000 hommes, face à près de 250.000 Romains. Il emmène finalement avec lui 37 éléphants de huerre et réussit à composer une armée de 50.000 fantassins et 9.000 cavaliers. Mais après des combats acharnés en Gaule, seuls 26.000 hommes parviennent en Italie du Nord.

B) Première période

Au printemps 218, Hannibal se met en marche contre Rome tandis que son frère Hasdrubal protège l'Espagne. Il remporte de nombreuses victoires : en 218 au Tessin, contre le consul Scipion et à la Trébie contre le consul Sempronius ; en 217, au lac Trasimène contre le consul Flaminius ; en 216 à Cannes, contre le consul Aemilius Paulus ; 50.000 Romains sur un ensemble de 80.000 sont tués lors de cette dernière bataille.

De nombreuses cités se rallient alors à Carthage : Capoue, Tarente et Syracuse par exemple.

C) Deuxième période

Hannibal s'attarde à Capoue (au sud de Rome) où il attend des renforts et dans l'attente, doit renoncer à s'emparer immédiatement de Rome. Rome en profite pour reconstituer ses armées et réussit à maintenir dans son camps l'essentiel de l'Italie centrale.

En 211, Rome reprend Syracuse et l'ensemble de la Sicile ; c'est à cette occasion que meurt Archimède, tué par un soldat romain. La famille des Scipion intervient en Espagne et provoque l'écroulement de l'empire espagnol. Hasdrubal parvient à s'échapper et veut apporter son aide à Hannibal en passant, lui aussi, par la Gaule. Mais il se fait tuer en 207, lors de la bataille du Métaure. Dès lors, Hannibal est isolé dans la région du Bruttium après que Capoue a été repirise par les Romains.

D) Troisième période

En 204, le jeune Scipion, âgé de 25 ans, débarque à Utique, en Afrique et obtient l'appui du roi des Numides, Massinissa. Hannibal est rappelé d'urgence d'Italie mais il ne peut empêcher en 202 la victoire définitive des Romains à Zama, sur le sol africain. Hannibal s'enfuit et conseille la paix.

E) Les conditions du traité de paix

Carthage doit livrer ses éléphants et sa flotte à Rome ; elle s'engage à payer 10.000 talents en dix années et ne peut plus désormais engager de guerre contre qui que ce soit sans l'autorisation préalable des Romains.

Hannibal est exilé en Orient et la cité fait maintenant partie du royaume de Massinissa. En 183, Hannibal se suicide.

V) L'entre guerre

Tandis que Carthage connaît un redressement économique progressif, Rome, victorieuse, se trouve épuisée : les terres sont très abîmées par le passage des troupes ou parce qu'elles ont été laissées trop longtemps en jachère. Les pertes humaines sont très élevées.

Rome conquiert néanmoins la Macédoine en trois guerres mÉnées contre Philippe V puis contre Persée. En 168, Paul-Emile remporte une victoire définitive.

En 153, le censeur Caton effectue un voyage à Carthage ; à son retour, son parti et lui-même ne cessent de répéter : "Delenda est Carthago" : Carthage doit être détruite.

 

VI) La troisième guerre punique

A) Déclenchement des opérations

En 150, éclate une guerre entre Carthage ýet Massinissa malgré l'interdiction du traité de paix. Rome saisit ce prétexte pour en finir avec Carthage.

B) Déroulement des opérations

En 149, Carthage est sommée de livrer ses armes et 300 otages. Rome exige en outre l'évacuation de la ville et sa reconstruction loin de la mer. La population résiste désespérément et parvient même à reconstituer une armée. Rome entreprend donc le siège de la ville, durant trois ans, au prix de beaucoup de dépenses.

En 146, Scipion s'empare définitivement de la ville, après un très dur combat de rues, pendant sept jours. La ville est rasée ; le site de Carthage fait, depuis, partie de la province d'Afrique. Les survivants carthaginois sont vendus comme esclaves.

 

II) La cité de Carthage

La cité de Carthage était située dans la Tunisie actuelle, non loin du rivage méditerranéen. C'est une fondation occidentale due aux Phéniciens, à la fin du IXme siècle sous le nom de Qart Hadasht. La date de 814 est la plus probable. La Phénicie n'avait pas d'ambition impérialiste, mais commerciale et elle exerçait une véritable thalassocratie en Méditerranée grâce à l'habileté de ses navigateurs, qui pouvaient se diriger même de nuit (le terme phénicien vient du nom de la Grande Ourse, appelée Phoinikè et qui guidait les marins de nuit).

Le personnage de Didon, également nommée Elissa est peut-être historique. Selon la légende, et selon certains témoignages, une querelle opposa Pygmalion, roi de Tyr et Acherbas, assassiné par la suite. La soeur de Pygmalion et épouse d'Acherbas, Elissa, s'exila alors volontairement avec des notables et le trésor du temple dont Acherbas était le grand-prêtre. Après une escale à Chypre, où ils seraient emparés du prêtre de Junon, de sa famille et de quatre-vingt vierges, les exilés connurent une période d'errance, d'où vient l'autre nom d'Elissa, Dido, l'"errante". Après un pacte d'amitié scellé avec les indigènes de l'actuelle Tunisie, Didon eut le droit de s'approprier un lopin de terre "égal à la superficie qu'occupe une peau de vache". La tradition veut que la peau de l'animal ait été découpée en très fines lanières afin que le territoire soit d'une taille conséquente.

Le règne de Didon nous est ensuite inconnu. Seule nous en est relatée la fin, avec l'arrivée d'un autre exilé, Énée fuyant Troie en flammes. Il s'agit totalement là d'une légende : la guerre de Troie aurait eu lieu au XIIme siècle, tandis que la fondation de Carthage est datée de 814 ! Mais les Romains, par l'intermédiaire de la légende, justifiaient ainsi la rivalité entre Carthage et Rome, et se prétendait héritière des Grecs, bien plus que sa rivale. La légende des amours de Didon et Énée ne trompa personne : Grecs et Latins savaient qu'elle n'a rien d'historique, mais elle semblait tellement vraie, grâce à l'art avec lequel elle était contée, qu'elle a fini par supplanter la réalité, dont nous ne savons plus rien actuellement. Ces amours, ainsi que le départ d'Énée et le suicide de Didon, sont relatés en particulier par Virgile dans l'Enéide, qui insiste sur l'aspect passionnel des liens entre les deux héros, et par les chrétiens Tertullien ýet Saint-Jérôme qui préfèrent mettre l'accent sur la fidélité conjugale de Didon à son premier mari, nommé Sychée par les Latins.

Dès le siècle suivant: la cité connaît la prospérité, mais n'entretient pas encore de liens avec les autres cités, en dehors des régions côtières proches. Elle reste encore une cité très orientale, comme en témoigne sa culture matérielle : le travail de l'ivoire, typiquement phénicien, est très important à cette époque. Toutefois, Carthage s'ouvre à la Grèce (en adoptant par exemple la coutume de consommer du vin dans les banquets) et à l'Andalousie, avec les comptoirs phéniciens dans cette région de l'Espagne.

Entre le VIIeme et le Vme siècles, elle conclut des alliances diverses avec les Etrusques, commerciales et même militaires. Elle entretient également des rapports étroits avec la Sardaigne, et d'autres, plus complexes, avec la Sicile : celle-ci a été très vraisemblablement occupée par les Carthaginois bien avant l'arrivée des Grecs, puis Grecs et Phéniciens se sont mélangés au sein de l'île.

Peu à peu, les rapports avec la péninsule ibérique croissent en importance, surtout avec la ville d'Ibiza, et l'influence égyptienne diminue au profit de celle des Grecs.

Au IVme siècle, Carthage devient un "melting-pot" culturel ; elle est plus réceptrice qu'émettrice. Elle accepte toutes sortes de cultures et de cultes. Ainsi, en 396 sont intronisés les deux divinités siciliennes, Démeter et Korè, en réparation du pillage d'un temple. De plus, les habitants montrent une curiosité réelle pour les importations et manifestent de l'appétence pour leur reproduction, comme pour la céramique d'origine grecque : de nombreux ateliers carthaginois reproduisent les formes grecques, avec un réel talent.

La seule originalité (et le seul problème) de la cité réside dans l'existence possible, mais contestée par certains historiens et archéologues, du tophet (infanticides officiels).

Au IIIme siècle, Strabon évalue la population à 700.000 habitants. Sans doute le chiffre est-il un peu surestimé. Le système politique est à peu près celui d'une oligarchie : à la tête se trouvent les suffètes qui exercent un rôle religieux et politique, mais n'ont pas de pouvoir militaire. Il existe parallèlement une assemblée populaire qui élit les généraux. Pour former l'infanterie, beaucoup de recrues sont des mercenaires, surtout libyens et Numides ; ceci entraîne de nombreuses révoltes, dont la plus célèbre est appelée "guerre inexpiable", entre 241 et 238 (on peut se reporter au roman de Flaubert, Salambô).

Carthage est alors connue pour ses remarquables connaissances agricoles : Magon, un agronome très célèbre, écrivit un traité d'agronomie traduit en grec et en latin. Les principaux domaines de compétence concernent la vigne et l'arboriculture. L'industrie la plus répandue reste la céramique, mais la métallurgie et la verrerie sont également des industries développées.

Peu à peu, Carthage a connu une fusion culturelle avec les peuples voisins d'Afrique. Hamilcar développe un véritable empire en Espagne, continué ensuite par son fils Hannibal.

La religion carthaginoise reste mal connue, même à cette époque, car nous n'en avons des témoignages que par l'intermédiaire des Grecs et des Romains ; aucune source écrite carthaginoise ne nous est parvenue. Signe de l'ancienneté de ses rapports avec l'Égypte, de nombreux scarabées, sous forme d'amulettes, sont retrouvés dans les sites archéologiques, mais la religion carthaginoise montre sa spécificité, en particulier avec le "signe de Tanit", un triangle surmonté d'un trapèze non fermé, puis d'un cercle barré en son centre d'une croix. Il semble qu'il y ait une rupture entre la religion et les cultes privés, marqués par des croyances superstitieuses. Les divinités les plus populaires sont Baal Hamman et Tanit, avec une préséance de cette dernière.

À la même époque, Rome manifeste un net désir d'expansion vers le sud ; l'affrontement avec Carthage se révèle inévitable et débutera en 264, malgré des relations d'amitié de longue date et un traité d'alliance établi en 280, dont on ne connaît pas les clauses exactes. En 264, il existait quatre empires sur la Méditerranée : Carthage, la Macédoine, l'Égypte et la Syrie. En 146, Rome sera la seule maîtresse de l'ensemble du bassin méditerranéen.

Pour connaître la fin du destin de la cité de Carthage, se reporter à la fiche sur les guerres Puniques.

 

 

 

 

 

 

III) Hannibal

Hannibal (ou Annibal) est né en 247 avant J.C. à Carthage ; son père, Hamilcar Barca, venait d'être chargé d'un important commandement en Sicile où Carthage luttait contre Rome depuis 264, date du début des Guerres Puniques. Selon la tradition, en 237, il prêta serment de haine éternelle à Rome devant son père qui accepta à cette condition de l'emmener avec lui en Espagne où il a été chargé d'un commandement.

Hannibal passa ainsi sa jeunesse en Espagne avec ses deux frères, Hasdrubal II et Magon. Il reçut une éducation soignée et participa très jeune au combat, et en particulier à l'expédition au cours de laquelle mourut son père. Son oncle, Hasdrubal Ier reçoit alors le commandement. En 221, ce dernier est assassiné et Hannibal prend le commandement des troupes. De nombreuses pièces de monnaie à son effigie sont alors frappées et nous montrent son aspect physique. Beaucoup d'historiens, en particulier Polybe et Tite-Live, soulignent son intelligence et son extraordinaire faculté d'adaptation aux situations les plus difficiles. Sa tactique de guerre est très originale : non seulement il utilise des éléphants de guerre comme des chars d'assaut, mais il entraîne de véritables troupes de choc, peu nombreuses mais très efficaces.

Il fut toute sa vie hanté par l'idée d'une revanche sur Rome. Il étudia pour cela les faiblesses de la confédération italique que Rome avait constituée depuis le milieu du IVme siècle et chercha à s'allier des cités Celtes, puis campaniennes (au sud de Rome). Mais même après la défection d'un certain nombre de cités, l'unité de la confédération ne fut pas entamée et sa vitalité resta intacte. Devant l'échec de ses espoirs, Hannibal chercha à entraîner à sa suite le monde grec en concluant une alliance avec le roi de Macédoine. Mais ce succès diplomatique fut sans effet sur l'évolution de la guerre.

Peu à peu, Hannibal perdit l'initiative des opérations, jusqu'à la défaite de Zama en 202.

Une fois la paix signée, Hannibal parvint à se faire élire suffète, en étant chef du parti démocratique. Mais Rome exige son élimination en 195. Il quitte alors précipitamment sa patrie et tente de reprendre la lutte sur un autre terrain, avec l'aide de cités helléniques. Mais ses plans échouent et il assiste, impuissant, à la victoire de Rome en Asie Mineure. Pour échapper aux Romains, il cherche à trouver refuge chez le roi de Bithynie, Prusias, qui n'ose pas refuser de le livrer aux Romains. Hannibal n'a pas alors d'autre choix que le suicide.

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