Les grandes lignes de l'histoire romaine
Première partie
De la guerre de Troie à la chute de la royauté
I) La guerre de Troie et la légende d'Énée
A) La guerre de Troie
Tout commence par une histoire de pomme jetée par la déesse Discorde au milieu d'une assemblée de dieux et de déesses. Cette pomme étant destinée "à la plus belle", trois déesses se la disputent, Junon, Vénus et Minerve. La dispute s'éternise ; il faut s'en remettre au jugement d'un tiers et ce sera Pâris, jeune prince troyen qui sera désigné par le sort pour cette redoutable tâche. Chacune des déesses lui promet un merveilleux cadeau, mais Vénus l'emporte, puisqu'elle offre au jeune homme d'aimer "la plus belle femme du monde"...
Quelque temps plus tard, Pâris rencontre la merveilleuse Hélène, femme de Ménélas, un roi d'une cité grecque, celle de Sparte. Hélène part bientôt pour Troie, de plein gré ou enlevée par Pâris, selon les légendes. Un drame de la vie privée du roi Ménélas va se transformer rapidement en guerre nationale : la guerre des Grecs contre les Troyens.
Ménélas appelle en effet à la vengeance ; son frère Agamemnon, roi de Mycènes, puis tous les chefs des autres cités grecques, accourent et forment bientôt une armée qui s'élance contre Troie et dont Agamemnon prend la tête. En son sein se trouvent de prestigieux noms : Achille, fils de Thétis et de Pélée ; Patrocle, son ami ; Ulysse, roi d'Ithaque, époux de la fidèle Pénélope et père de Télémaque... Dans le camp troyen figurent également des personnalités : le vieux roi Priam, époux d'Hécube ; son fils aîné Hector, chef de l'armée troyenne, époux d'Andromaque et père du petit Astyanax ; la jeune Cassandre, malheureuse prophétesse que personne n'écoute ; Énée, le fils du vieil Anchise, qui participa à la fondation de la cité...
La guerre de Troie va durer dix années ; dix ans de souffrance pour chacun des deux camps ; dix ans de lutte acharnée mais sans victoire franche ni pour les uns, ni pour les autres ; dix ans au cours desquels la mort fauche bien des vies, dont celles de Patrocle, d'Hector ou encore d'Achille. Ce n'est pas la force mais la ruse qui triomphe finalement : le cheval d'Ulysse va permettre aux Grecs de créer un effet de surprise et de massacrer les Troyens dans leur sommeil. Troie est en flammes et tous les habitants périssent. Du moins presque tous...
B) La fuite d'Énée
Quelques survivants de l'incendie de Troie parviennent jusqu'au rivage : ce sont Énée, son père Anchise, son jeune fils Ascagne et leurs fidèles compagnons. Ils construisent à la hâte une flotte de 20 vaisseaux et s'en vont, ballottés par les flots, obéissant à l'injonction de Vénus d'aller construire "une nouvelle Troie" quelque part, sur un lointain rivage.
Le voyage sera parsemé d'embûches. Le vieil Anchise meurt ; Énée longe la côte africaine et connaît le vertige de l'amour auprès de la reine de Carthage, Didon ; la malheureuse n'y survivra pas. Puis, aux abords de l'Italie, il doit descendre aux Enfers connaître son destin. Enfin, dès son arrivée sur les rives du Tibre, il lui faut combattre Turnus et ses alliés.
La cité de Lavinium est fondée. Ascagne succède à son père, mort lors d'un ultime combat contre les peuples Étrusques et rutules, et fonde à son tour Albe la Longue.
II) La légende de Romulus et la fondation de Rome
A) Naissance de Romulus et Rémus
Plusieurs générations se sont succédé. Le vieux roi Procas, sur son lit de mort, demande à ses fils de se partager son héritage : le bon Numitor obtient le pouvoir ; le rusé Amulius s'empare des richesses. Rapidement, c'est Amulius qui dicte la loi ; il fait tuer le fils de son frère et oblige la jeune Rhéa Silvia, sa nièce, à devenir Vestale pour l'empêcher de mettre au monde un future héritier du trône. Mais Rhéa Silvia s'éprend d'un beau jeune homme qui ressemble à s'y méprendre au dieu Mars...
Lorsque Amulius apprend que sa nièce est enceinte, il la condamne d'autant plus facilement à être emmurée vivante qu'elle a laissé s'éteindre le feu sacré de la cité, en s'endormant au lieu de le surveiller. La sentence est exécutée. Heureusement, Amulius avait lui-même une fille, Antô, très proche de sa cousine. Elle délivre Rhéa Silvia et la cache jusqu'à ce qu'elle mette au monde des jumeaux.
Amulius ne peut plus tuer sa nièce, mais il dispose de la vie des nouveaux-nés dont il ordonne à un vieux chasseur de les mettre à mort. Pris de pitié, l'homme se contente de les abandonner au bord du Tibre. Le destin veille : une louve passant par là adopte les bébés et les allaite jusqu'à ce qu'ils soient pris en charge par un couple de porchers qui les élèvent comme leurs fils.
B) La fondation de Rome
Devenus adolescents, les jumeaux, nommés Romulus et Rémus, se font rapidement respecter de tous leurs camarades et agissent déjà en petits rois. Un incident mène Rémus auprès du roi qui se trouble à sa vue, tant le jeune homme ressemble au fils de Numitor, tué il y a bien longtemps... Numitor s'informe et apprend bientôt la vérité en même temps que ses petits fils : Amulius est chassé, voire tué selon certaines versions de la légende et Numitor veut que ses petits fils règnent sur Albe.
Mais les jeunes gens ont d'autres ambitions. Ils souhaitent créer leur propre cité. Toutefois, ils ne parviennent pas à s'entendre sur le choix de l'emplacement de la future ville. Rémus préfère la construire sur une colline, pour mieux résister à d'éventuels ennemis ; Romulus veut la bâtir au bord du Tibre, essentiel pour les relations commerciales. La situation s'envenime rapidement malgré la prise des augures ; on en vient aux mains. Dans la bagarre, Romulus tue son frère, accidentellement ou volontairement, selon les versions.
Romulus devient ainsi le premier roi de la nouvelle ville, nommée Rome et fondée en 753 avant J.C. L'année de la fondation de Rome devient le point de départ du calendrier romain.
III) Le règne de Romulus
A) L'enlèvement des Sabines
Dès la fondation de la ville, de nombreux hommes choisirent de s'y installer ; certains y furent attirés par le droit d'asile qu'y avait instauré Romulus : tout esclave devenait homme libre ; tout étranger y acquérait le titre de citoyen. Mais très peu de femmes habitaient la ville. Le problème devint rapidement crucial mais les peuples voisins ne voulaient pas céder leurs filles à des hommes qu'ils considéraient comme des bandits. Romulus décida donc d'employer la force. Il fit organiser une immense fête à laquelle il convia toutes les cités voisines. Les invités arrivèrent en masse. Au cours de la fête, à un signal donné par Romulus lui-même, de jeunes cavaliers romains s'élancèrent parmi les spectateurs et arrachèrent aux bras des leurs toutes les jeunes filles qu'ils trouvaient. C'est l'épisode cruel de l'enlèvement des Sabines.
B) La trahison de Tarpéia
Pour venger cet enlèvement, les Sabins déclarent la guerre aux Romains. Romulus triomphe et le peuple Sabin ne semble pas capable de remporter à son tour la victoire. Pour y parvenir, un chef décide d'employer la ruse : il soudoie la fille du gardien de la citadelle romaine, Tarpéia, en lui promettant de nombreux bijoux si elle accepte d'ouvrir la porte à ses hommes. Tarpéia se laisse séduire et trahit son père et son peuple ; Tarpéius est massacré, ainsi que sa garde. Tarpéia elle-même sera assassinée par les soldats sabins dès qu'ils seront entrés dans la place.
Le peuple romain cède à la panique et aurait abandonné la cité tout entière si Romulus ne s'était interposé juste à temps : sa voix et sa prestance suffirent à calmer les esprits ; ses hommes reprirent courage et vainquirent à nouveau leurs ennemis.
C) La fin du règne de Romulus
Au bout de plusieurs années, selon la légende, les jeunes filles devenues épouses de leurs ravisseurs et qui avaient appris à aimer leurs maris, réussirent à réconcilier leurs parents, leurs frères et leurs époux qui ne cessaient de s'entretuer. Elles descendirent dans les rues de Rome, leurs enfants dans les bras, et s'interposèrent entre les combattants. Un accord de paix fut trouvé par l'alternance du pouvoir entre Sabins et Romains. Mais peu après, le sabin Tatius meurt assassiné : Romulus gouverne seul.
Peut-être céda-t-il alors à une sorte de vertige : il semble qu'il n'écouta plus guère ses conseillers qui, dès lors, conspirèrent contre lui. Un jour d'été de l'année 715, lors d'un orage accompagné vraisemblablement d'une éclipse, le roi disparut. On dit au peuple qu'il était monté au ciel et qu'il fallait désormais l'honorer sous le nom du dieu Quirinus. Le peuple le crut...
IV) Les autres rois de Rome
Numa Pompilius : il régna de 715 à 672. C'est un roi sabin très vertueux, pieux et pacifique. Il organisa la vie religieuse des Romains et divisa l'année en 12 mois, en établissant un premier calendrier.
Tullius Hostilius : il régna de 672 à 640. C'est également un roi sabin, mais très belliqueux. Sous son règne eut lieu le combat mémorable entre les Horaces et les Curiaces, marqué par la victoire d'Horace, contre ses trois adversaires blessés à des degrés divers, après la mort des deux frères d'Horace. #à la mort de ce roi, la ville d'Albe fut rasée et ses habitants déportés à Rome.
Ancus Martius : il régna de 640 à 616. Sabin lui aussi, il élargit l'enceinte de Rome en y incluant la colline du Janicule, de l'autre côté du Tibre. Il créa également le port d'Ostie, étendant ainsi l'influence commerciale de Rome. Son règne n'est toutefois pas toujours paisible : il fit bâtir la prison du Tullianum et fit déporter sur la colline de l'Aventin les Latins qu'il avait vaincus.
Tarquin l'Ancien : il régna de 616 à 578. C'est un Étrusque poussé à venir à Rome par son ambitieuse épouse, Tanaquil. Il introduisit à Rome la civilisation étrusque et fit construire de grands monuments, dont le Grand Cirque. Il fit construire également les égouts de la ville, Cloaqua Maxima.
Servius Tullius : il régna de 578 à 534. C'est sous ce roi que fut établie la première constitution politique de Rome ; la ville fut divisée en quartiers ; chacun dût déclarer ses biens et ses revenus et les habitants furent recensés selon leur fortune. L'armée fut recrutée plus systématiquement. Enfin, de grands travaux furent ordonnés et la ville agrandie : trois collines furent enfermées dans la nouvelle enceinte, le Quirinal, le Viminal et l'Esquilin.
Tarquin le Superbe : il régna de 534 à 509. Ce roi acheva les grands travaux entrepris par son prédécesseur, mais fut surtout célèbre par ses violences : il abolit la constitution qui venait d'être mise en place, ne cessa de guerroyer contre les Latins et fut finalement chassé par le peuple, soulevé à l'instigation d'un certain Brutus, parent du roi qui feignit la folie en attendant le moment propice pour déclencher la révolution.
La république est ainsi proclamée en 509. Elle durera cinq cents ans.
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