Structure de La Chute

 

Introduction

Nom donné en général : récit.

Difficultés : la structure proprement dite (intrigue principale et intrigues secondaires, ordre narratif) ; le genre (roman, récit, monologue théâtral) ; les techniques narratives.

 

I) La structure du texte

1. Les intrigues

Trois intrigues tout au long du roman :

a) une intrigue "policière" : le vol du tableau ; le voile sera levé à la fin du livre. Cette intrigue était plus importante dans les premières versions de la Chute (l'interlocuteur était policier).

b) une intrigue concernant l'identité de l'interlocuteur de Clamence : seules les réponses de Clamence nous renseignent (partiellement) à son sujet.

c) une intrigue psychologique : quelles sont les intentions de Clamence ? Que signifie "juge-pénitent" ? Pourquoi ce voeu de ne jamais passer sur un pont la nuit ?

Seule la dernière intrigue est réellement importante et signifiante : le tableau volé n'est que le signe concret d'une culpabilité générale (et concernant l'humanité tout entière) ; l'identité du personnage est en partie révélée à la fin du livre (il est avocat lui aussi) et cet interlocuteur devient donc un double de Clamence.

 

2. L'ordre narratif

La narration repose sur un récit rétrospectif , ponctué d'allusions précises (géographiques, temporelles, reflexives) au moment où se fait le récit. Va et vient constant entre le passé (les souvenirs) et le présent (qui suscite les souvenirs).

L'ordre narratif est plutôt logique (ou démonstratif) dans la première partie (jusqu'à la noyade) et chronologique par la suite, jusqu'à une anticipation de l'avenir (Que fera l'interlocuteur de Clamence ? Avouera-t-il lui aussi sa vie ?). La première partie parle de l'époque heureuse où Clamence était respecté et "honnête" ; l'autre montre les attitudes qu'il a adoptées après la prise de conscience de sa vanité. Deux "crimes" sont au centre de chacune des deux parties : la noyade et la mort de son compagnon de captivité.

Jeu sur le fonctionnement de la mémoire : occultation des souvenirs les plus pénibles par d'autres de même ordre, mais avouables.

 

II) Le genre

1. L'apparence autobiographique

Autobiographie : récit à la première personne où il y a identification totale entre l'auteur, le narrateur et le personnage principal. Ce n'est pas exact ici, mais la part réelle de Camus dans la création du personnage de Clamence est difficile à déceler.

 

2. Une nouvelle devenue récit

Projet initial : une nouvelle insérée dans le recueil l'Exil et le Royaume. Mais elle a pris de l'importance ; d'où son nom de récit ; ce texte est classé dans les oeuvres romanesques de Camus.

Pas d'épaisseur romanesque réelle : trop de silences sur le personnage de Clamence. Action trop ramassée également. Mais certains romanciers américains écrivent ainsi (exemple : Hemingway, dont Camus se réclame).

 

3. L'influence théâtrale

Exclusivité de l'oral au détriment du récit. Utilisation très sobre du décor. Indications sur le contexte qui ressemblent à des didascalies. Les six parties correspondent à des découpages en actes. Les scènes, à l'intérieur de ces actes, correspondraient à des changements de sujets (et non de personnages, puisque ce sont toujours les mêmes.) D'où une adaptation théâtrale assez facile.

Moins qu'une confession de type psychanalytique, pénible et aboutissant à une délivrance, il s'agit plus d'un numéro bien rôdé : "Je m'accuse en long et en large. Ce n'est pas difficile"...(page 151). Tous les exemples du début renvoient à cette fin, comme des motifs musicaux. Unité d'action.

Découverte du tableau à la fin du livre : sorte de deus ex machina pour assurer un dénouement possible.

 

III) Les techniques narratives

1. L'emploi du je

C'est de Clamence que nous tenons toutes nos informations. Focalisation toujours interne. D'où une certaine méfiance possible de la part du lecteur : la spontanéité de Clamence semble assez calculée ; mais une autre réaction, de sympathie et d'adhésion cette fois, est aussi tout à fait possible.

 

2. L'emploi du vous

Fausses questions ; exclamations ; reprise des répliques présumées : le locuteur est présent dans le discours de Clamence, mais jamais présent par lui-même. Vous peut être un personnage ; vous peut-être aussi le lecteur.

 

3. Une connivence entre le narrateur et son interlocuteur

Culture commune ; maîtrise commune du langage. Clamence peut se permettre des ellipses ou de simples allusions qui seront comprises de son interlocuteur. Exemple : page 11 (les imparfaits du subjonctif) et page 12 (les Ecritures).

 

Conclusion

Jugement de Camus lui-même :

Question posée quelques jours avant sa mort : La Chute peut-elle être assimilée aux expériences du nouveau roman ?

"Le goût des histoires ne mourra qu'avec l'homme lui-même. Cela n'empêche pas de chercher toujours de nouvelles manières de raconter, et les romanciers dont vous parlez ont raison de défricher de nouveaux chemins. Personnellement, toutes les techniques m'intéressent et aucune ne m'intéresse en elle-même. Si, par exemple, l'œuvre que je veux écrire l'exigeait, je n'hésiterais pas à utiliser l'une ou l'autre des techniques dont vous parlez, ou les deux ensemble. L'erreur est presque toujours de faire passer le moyen avant la fin, la forme avant le fond, la technique avant le sujet. Si les techniques d'art me passionnent et si je cherche à les posséder toutes c'est que je veux pouvoir m'en servir librement, les réduire au rang d'outils. Je ne crois pas en tout cas que La Chute puisse rejoindre les recherches dont vous parlez. C'est beaucoup plus simple. J'y ai utilisé une technique de théâtre (le monologue dramatique et le dialogue implicite) pour décrire un comédien tragique. J'ai adapté la forme au fond, voilà tout.

 

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