Tartuffe
Acte II scène 2
Introduction
Une scène qui se situe juste après la nouvelle foudroyante du mariage prévu par Orgon entre sa fille et Tartuffe.
Trois formes de comique s'y mêlent : comique de situation ; comique de geste (surtout à la fin de la scène) ; comique de caractère.
1. Le personnage d'Orgon
C'est un homme changeant et assez versatile.
a) l'homme autoritaire du début (vers 165), qui cherche ainsi à masquer sa faiblesse ;
b) le coléreux, qui s'emporte assez facilement (vers 471), mais qui choisit pourtant son vocabulaire ("courroux" : un terme recherché, vers 471 ; ton du vers 551 également).
c) l'homme bien élevé qui vouvoie sa servante et doit jouer un rôle en tant qu'homme de bien ; d'où l'efficacité du vers 552 : Orgon est à la recherche d'une vie exemplaire ; or la colère est l'un des sept péchés capitaux : Dorine paralyse Orgon par ses propos et Orgon ne peut que reconnaître sa défaite à la fin de la scène : il a l'air d'un sage (vers 473) mais il n'est qu'un sot ! C'est un homme qui manque de force et se démonte facilement.
d) le vaniteux, fier de faire la charité (cf. vers 490) : les actes de dévotion lui permettent de réaliser son rêve et de se donner bonne conscience. Lui seul sait comment il faut vivre (vers 518, vers 521). Au-delà de la vanité du comportement, l'idée de salut devient pour lui une obsession : c'est pour cela qu'il veut marier sa fille à Tartuffe, pour assurer son salut et le sien (cf. vers 529).
e) le dévot caricatural : comme tous les personnages de Molière, Orgon est hanté par une passion qui devient ridicule parce qu'il n'en comprend que les marques extérieures : perdant tout sens de la réalité, il devient persuadé que pour éviter la tentation du mal, il faut passer son temps à l'église. C'est ainsi qu'il juge autrui (cf. vers 525).
2. Les tons de Dorine
Au fil de la scène, elle change de ton, pour mieux démonter son adversaire.
a) l'assurance du début : champ lexical de l'incrédulité : bagatelle, incroyable, histoire, railler ; nombreuses négations sur le verbe croire. Devant l'insuccès de cette tactique, elle prend brusquement le contre-pied de cette tactique au vers 472 : Orgon ne comprend certainement pas le persiflage qui perce dans ses propos.
b) Après la raillerie du début et le rythme rapide de la stychomythie, c'est un ton et un rythme plus posés, plus raisonnables et qui s'amplifient jusqu'à la tirade des vers 495-517. Dorine s'y autorise à employer des impératifs (vers 506), des interrogations oratoires (vers 504), à user du verbe devoir, alors qu'elle s'adresse à son maître. Orgon devient ici son élève !
c) C'est la réaction d'Orgon qui va provoquer un nouveau changement de ton : il ignore Dorine au vers 519 et se tourne délibérément vers Mariane pour mieux marquer son mépris. Dorine va donc se montrer d'autant plus agressive et incisive. Elle se fait insolente et cherche désormais à indigner Orgon en l'interrompant sans cesse. Un comique de mots qui s'accompagnera de comique de geste lorsque son maître lui ordonnera le silence.
d) Enfin, à la fin de la scène, Dorine s'adresse autant au public qu'aux autres personnages (vers 576-79), retrouvant toute l'insolence des servantes qui peuplent les pièces de Molière.
Conclusion
Une scène qui s'inscrit dans la tradition comique de Molière : une servante plus raisonnable que son maître, qui n'hésite pas à se montrer insolente et qui dame le pion au maître de maison ; des procédés comiques également habituels (les interruptions de paroles, les apartés, le soufflet).
On peut se demander si, dans cette scène, Molière ne fait pas un peu trop l'apologie des mariages d'argent : n'oublions pas que tous les moyens sont bons pour que Dorine essaie de convaincre Orgon de renoncer à marier sa fille à Tartuffe. Et puis, Molière lui-même était habitué à un certain train de vie !
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