Tartuffe

 

Acte III scène 3

 

 

Introduction

Tartuffe est entré en scène à la scène précédente (une entrée plutôt tardive !) ; cette entrevue avec Elmire est très attendue par le spectateur qui se demande comment la femme d'Orgon va réagir en face du personnage.

Dans la scène précédente, Dorine a révélé au spectateur combien Tartuffe est ridicule et nous voyons qu'elle a très bien compris la raison véritable pour laquelle il souhaite rencontrer Elmire.

 

 

I) Le comique de la scène

Tartuffe n'est guère un personnage plaisant. Le spectateur éprouve plutôt du dégoût à sa vue

Pourtant, la situation du personnage est source de ridicule : il essaie vainement de concilier les marques de dévotion et un comportement libertin. Mais est-ce suffisant pour nous faire rire ?

 

Par ailleurs, la situation n'est pas tragique : une femme essaie de duper un homme qui est amoureux d'elle ; le spectateur sait qu'un personnage caché (Damis), assiste à l'entrevue : c'est un procédé courant dans la comédie.

 

On ne rit donc pas franchement dans la scène, mais on sourit, parce que rien n'y est réellement inquiétant. Certains vers sont même réellement comiques : au vers 899, Tartuffe tombe naïvement dans le piège que lui tend Elmire ; au vers 901, il affirme même bénéficier de la complicité du ciel. Les jeux de scène à partir du vers 915 provoquent le rire du spectateur aux dépens de Tartuffe, certes, mais aussi d'Elmire, prise à son propre piège.

 

 

II) La progression de la scène

 

1. La première déclaration de Tartuffe : vers 933-960

Mélange des tons : humilité, galanterie, mysticisme, pathétique : le langage dévot au service de la passion amoureuse : un mélange détonnant ! Mais Tartuffe s'oublie, peu à peu, et la passion l'emporte à la fin de la tirade (lyrisme des derniers vers).

L'amour de Tartuffe, sans doute sincère, n'en est que plus pitoyable.

 

2. La surprise d'Elmire : vers 960-965

Cette surprise comporte une part de feinte : elle devait s'attendre à cette déclaration de Tartuffe. Le terme "dévot" permet à Tartuffe de reprendre la parole et de développer une argumentation totalement opposée à ce qu'il a enseigné à son disciple Orgon.

 

3. Bas les masques : vers 966-1000

Tartuffe dévoile son vrai visage. Un ton de préciosité galante. Il oublie son personnage de pêcheur repentant pour essayer de séduire Elmire par des moyens plus traditionnels et plus humains. Le premier vers (vers 966) fait écho à la scène du mouchoir (avec Dorine, III 2), mais autant Tartuffe jouait la comédie devant la servante, autant il semble sincère devant Elmire.

Un point important dans son discours : seule compte la réputation, selon les règles de la morale mondaine : celle d'Elmire n'aura rien à souffrir : elle peut donc céder aux avances de Tartuffe.

 

 

Conclusion

Le marché que propose Elmire à Tartuffe à la fin de la scène ne doit pas surprendre le spectateur : il lui permet de renouer avec son intention première, celle qui avait motivé son entrevue avec Tartuffe ; il lui permet également de clore la scène de manière inconfortable pour Tartuffe, ce qui ne manque pas de satisfaire le spectateur.

 

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