Techniques littéraires

 

Le théâtre (1)

Historique

 

Dans l'Antiquité grecque, rôle très important de la tragédie : valeur sociale et religieuse (liée au culte de Dionysos). Le poète dramatique est reconnu dans la cité ; nombreux concours à l'issue desquels le gagnant est très valorisé. Public nombreux et populaire (gratuité des places pour les plus démunis). Sujets des pièces : les grands mythes : chacun connaît le sujet traité (donc aucune difficulté à suivre le déroulement de la pièce) : rôle cathartique du théâtre mis en avant. Existence de la comédie (Aristophane) moins prestigieuse toutefois que la tragédie. Une pièce comporte bien sûr un texte dit par un ou plusieurs acteurs, mais aussi de la musique et de la danse. Le geste théâtral a en général une valeur symbolique. Rôle important des masques.

Quelques grands noms : Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane ; Térence, Plaute ; un théoricien très important pour le théâtre classique français : Aristote : définition du théâtre selon lui : "l'imitation d'une action de caractère élevé et complète, faite par des personnages en action et non au moyen d'un récit, et qui, suscitant pitié et crainte, opère la purgation (catharsis) propre à de pareilles émotions".

 

Au Moyen-Âge : théâtre religieux (les mystères) et théâtre profane (la farce). La farce n'a pas de prétention psychologique : caricature, jeux de scène et jeux de mots. Personnages types (valet rusé, soldat fanfaron, avare…).

 

Au XVIIème siècle: siècle du classicisme (Molière, Corneille, Racine) : élaboration des règles de la tragédie classique, avec comme référence principale Aristote.

L'héritage grec et romain fournit les sujets, mythiques ou historiques : ces sujets deviennent comme une grille de lecture pour des problèmes contemporains. Exemple : Bérénice (Racine) : conflit entre raison d'État et intérêts privés.

Structure type : trois ou cinq actes, séparés par des entractes. À l'intérieur d'un acte, découpage en scènes (entrée ou sortie d'un ou plusieurs personnages) : les scènes doivent être liées entre elles pour éviter toute rupture de l'action.

Obligation d'une unité de temps (une journée), de lieu (un palais, un carrefour, une place), d'action (une seule action principale) et de ton (pas de mélange comique-tragique).

Définition de la tragédie : l'action est placée sous le signe du destin (fatum en latin) qui dépasse l'homme : il est inéluctable et sacré. C'est une fatalité extérieure (éléments extérieurs) ou intérieure (combat intérieur du héros). Le destin se joue du héros pour mieux le prendre au piège : c'est l'ironie tragique. Le héros lutte contre la force du destin : confrontation tragique parce que l'issue en est en général la mort, qu'elle soit acceptée ou subie.

Le héros est enfermé dans un dilemme : deux exigences contradictoires dont il est obligé de choisir l'une. C'est cette obligation de choisir qui fait sa grandeur. Le héros a conscience du pouvoir du destin; Exemple : Oreste : "Je me livre en aveugle au destin qui m'entraîne" (Andromaque). Le dernier acte est en général celui de la catastrophe : la crise se dénoue violemment.

La grandeur du héros impose la noblesse du ton : une tragédie est écrite en alexandrins.

Le respect des bienséances interdit de représenter des scènes choquantes, en particulier des meurtres ou des suicides : ceux-ci ont lieu en dehors de la scène et font l'objet de récits par un personnage, après coup.

 

La comédie offre au contraire le spectacle de la vie ordinaire. Elle est en général composée de trois ou cinq actes. Son dénouement est heureux : ses héros (nobles ou roturiers) parviennent à résoudre les conflits auxquels ils sont confrontés.

Le premier but de la comédie est de faire rire. Utilisation de divers procédés : comique de mots, de gestes, de situation, de caractère. Elle a également une valeur satirique et pédagogique : satire des travers humains ou des abus sociaux.

Distance nécessaire du public vis-à-vis du personnage ; au contraire, connivence entre l'auteur et son public (clins d'śil, interpellation sur scène, apartés…)

 

 

Au XVIIIème siècle apparaît le drame bourgeois (Voltaire, Diderot) : volonté d'atteindre le vrai et d'imiter la nature. Refus des conventions en usage dans la tragédie et dans la comédie (règle des unités, personnages caricaturaux, recours à l'alexandrin, sujets mythologiques ou historiques). Les personnages sont empruntés à la vie de tous les jours et s'expriment en langage ordinaire. Le spectateur doit s'identifier à eux et éprouver de l'émotion pour eux. Volonté d'unir ainsi les hommes entre eux et de les rendre meilleurs.

En marge de ce théâtre : Marivaux, dans la tradition de la comédie classique : analyses psychologiques toutefois plus fines (subtilité des sentiments et analyse très fine par le langage : le marivaudage). Les obstacles à la naissance de l'amour (thème privilégié) sont intérieurs et le personnage est amené à découvrir progressivement ce qui se trouve au fond de lui.

Beaumarchais : un drame bourgeois (Eugénie) et deux comédies : attaques contre l'aristocratie et l'ordre social tout entier. Immense succès malgré la coalition menée par la reine et le frère du roi.

 

 

Au XIXème siècle : apparition du drame romantique. Remise en cause totale du théâtre tragique : dans la vie, il n'y a pas d'opposition entre tragique et comique, qui se côtoient et s'entremêlent. Le tragique qui met en scène dans un style élevé des héros aux grandes passions et le comique qui représente les défauts de l'humanité moyenne ne se distinguent pas non plus ainsi. Il faut mêler sublime et grotesque. Il faut rompre avec le rythme de l'alexandrin classique ; il faut prendre des sujets modernes ou exotiques ; il faut rompre aussi avec l'invraisemblance des unités de temps et de lieu. La seule unité valable est celle de l'action (pour que le spectateur puisse comprendre la pièce).

Fondateur de ce mouvement : Hugo ; texte essentiel : la préface de Cromwell.

Quelques phrases :

"Tout ce qui est dans la nature est dans l'art".

"La poésie de notre temps est donc le drame ; le caractère du drame est le réel; le réel résulte de la combinaison toute naturelle de deux types, le sublime et le grotesque, qui se croisent dans le drame comme ils se croisent dans la vie et dans la création. Car la poésie vraie, la poésie complète, est dans l'harmonie des contraires."

 

 

Au XXème siècle

Bouleversement dans le théâtre contemporain entre les différents genres. Parodie de la tragédie (théâtre de l'absurde: Beckett, Ionesco : interrogation assez désespérée sur la condition humaine) ; théâtre d'idées (Sartre) ; nombreuses expériences théâtrales qui font participer le public : théâtre créé sur scène (improvisations), reprise du théâtre de rue…

 

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