Extrait du livre de Liliane Crété : la traite des nègres sous l'ancien Régime, Perrin, 1989
Page 35 : La période pré-révolutionnaire fut donc particulièrement importante dans l'histoire du trafic négrier, ce qui montre à quel point la propagande anti-esclavagiste, pourtant ardente, avait peu d'effet sur les armateurs.
De 18.000 captifs introduits aux îles entre 1763 et 1777, on passa à 37.000 entre 1783 et 1892. Les négriers nantais à eux seuls en débarquèrent aux Antilles 12 à 13.000 en 1789. Les Chambres de commerce avaient prédit que l'arrêt du 30 août 1784 sonnerait le glas du trafic colonial. Il n'en fut rien. Le commerce maritime, à la veille de la Révolution, présentait une brillante façade. le sucre, le café, l'indigo, le coton affluaient dans les ports du royaume.
Page 36 : On pouvait nommer ses navires, Jean-Jacques, Nouvelle-écosse, Contrat Social, Huron ou Benjamin Franklin, avoir même la fibre républicaine et défendre avec véhémence l'esclavage colonial.
Page 60 : Il fallait à un roulier une quarantaine de jours pour traverser l'Atlantique et six à huit semaines pour revenir des Indes occidentales, alors que le voyage circuiteux, avec ses nombreuses escales africaines, la vente des Noirs aux îles, l'achat des denrées coloniales et le retour en France ne s'effectuait guère en moins de 15 ou 20 mois.
Page 70 : Les responsabilités du chirurgien major étaient particulièrement grandes sur un négrier, en raison de la longueur du voyage et du climat malsain des lieux de traite. En mer, il avait la haute main sur l'hygiène et la santé de tous ; à terre, il était responsable du bon choix des captifs. Il participait aux conseils de bord que le capitaine convoquait chaque fois qu'il était obligé, pour une cause grave, d'enfreindre les instructions de l'armateur... Il faisait office de bourreau et sa présence était requise près du maître tonnelier lors de la marque des captifs.
Page 73 : Un captif mâle adulte en bonne santé, ce que les Espagnols avaient appelé une "pièce d'Inde", s'échangeait contre des marchandises d'une valeur d'environ 250 livres.
Pour traiter 300 captifs sur la côte, il fallait embarquer jusqu'à 800 pièces d'étoffe.
Page 81 : De l'Afrique occidentale, seules les côtes étaient bien connues des Européens. Peu s'aventuraient à l'intérieur des terres et, quand ils s'y risquaient, tout au plus remontaient-ils les rivières pour traiter dans les villages en amont. Aucun désir de conquête territoriale ne les animait ; ils ne voyaient dans l'Afrique qu'un vaste marché lucratif.
Ils passaient des traités avec les potentats locaux. Bien rares furent les cas où les Européens durent recourir à la force pour obtenir des esclaves, de l'or, de l'ivoire.
Page 107 : Dans les années 1730, les Français achetaient un cinquième de leurs esclaves sur la "côte d'Angole" ; à la fin de l'Ancien Régime, plus de la moitié. Les peuples de la forêt et les peuples de la mer étaient associés dans le commerce des esclaves ; les premiers chassaient, les seconds traitaient.
Page 110 : De 1728 à 1760, 723 navires firent la traite et apportèrent aux îles "la quantité de 203.529 têtes de nègres vendus 201.944.306 1.4s.1 d.". Entre 1750 et 1756, 263 navires apportèrent aux îles 73 222 nègres.
Page 113 : Les captiveries (en attendant d'être achetés et embarqués, les captifs y étaient rassemblés) de Gorée sont décrites comme des "ruelles étroites, véritables couloirs... où n'arrivaient qu'un peu d'air et encore moins de lumière". Durant la journée, les esclaves circulaient sur l'île, attachés deux par deux par une chaîne de fer de cinq à six pieds de long partant d'un collier de fer plat. On les occupait à casser des pierres, à les transporter, à rouler des barriques, à décharger des canots et des chaloupes.
Page 123 : Beaucoup de navires restaient sur la côte cinq mois et plus et quelques capitaines, visiblement, levaient l'ancre avec des entreponts remplis aux deux tiers ou aux trois quarts. Plus le séjour se prolongeait, plus grande était la mortalité parmi l'équipage et les captifs, surtout ceux traités au cours des premières semaines qui connaissaient l'horreur de la prison flottante avec sa promiscuité et son manque d'hygiène, bien avant que le navire fît voile pour l'Amérique.
Page 127 : Quel que fût le navire, le processus était le même. Pour augmenter la capacité des entreponts, on construisait tout autour, à mi-hauteur, une galerie circulaire. Déduction faite de l'épaisseur des planches, on peut estimer que les captifs n'avaient pour se tenir qu'un espace ne dépassant pas 80 centimètres de hauteur. Un homme de petite taille pouvait s'asseoir ; un grand était condamné à rester allongé et tous devaient gagner leur place à quatre pattes. Une cloison solide séparait le "parc à hommes" du "parc aux femmes'", nettement plus petit ; mais comme celles-ci n'étaient pas enferrées, elles avaient du moins la possibilité de changer de position, de même que les enfants.
Page 129 ; Quand, après des heures de marchandages, le marché était conclu, on passait au marquage. C'était là encore l'affaire du chirurgien. Généralement, il chauffait une mince lame d'argent portant les initiales des armateurs ou du navire, frottait avec du suif l'endroit du corps qu'il voulait marquer - poitrine, cuisse ou épaule -, posait dessus du papier graissé et y appliquait la marque : "la chair gonfle, les lettres paraissent en relief et ne s'effacent jamais".
Le soir venu, on menait les Noirs traités dans la journée au rivage et on les transportait en pirogue à bord du navire; Moment dangereux pour les marins, dramatique pour les captifs. Beaucoup, originaires des forêts de l'intérieur, n'avaient jamais vu ni la mer ni un Blanc. Ce n'était point tant la servitude qu'ils redoutaient - après tout, en Afrique, elle faisait partie du quotidien - que le saut dans un univers inconnu et terrifiant. Et leur désespoir était d'autant plus grand qu'ils s'imaginaient que les Blancs se nourrissaient de chair humaine. En montant à bord, ils étaient persuadés qu'on allait les manger et qu'on ferait avec leurs peaux des chaussures. La terreur poussa plus d'un à se jeter à la mer au moment de l'embarquement, préférant la noyade ou les dents du requin au sort qui les attendait.
Page 132 : La vérité nous oblige à dire que les captifs étaient dans l'ensemble traités aussi bien que les conditions à bord le permettaient et que la peur et non la cruauté amenait les capitaines négriers à garder les hommes aux fers.
Page 133 : Exemple de punition : A 8 heures, les plus coupables sont amenés sur le pont et couchés sur le ventre : "nous les avons fait fouetter et en outre leur avons scarifié les fesses pour mieux leur faire sentir leurs fautes. Une fois en sang par les coups de fouet, nous les frottons avec de la poudre à canon, du jus de citron, et de la saumure de piment pilés ensemble avec une autre drogue ajoutée par le chirurgien. Cette préparation empêche la gangrène, et de plus, elle a l'avantage de leur cuire sur les fesses".
Page 137 : Tandis que sur le pont les marins relevaient les ancres et hissaient les voiles, dans l'entrepont, serrés les uns contre les autres, les captifs, terrorisés, désespérés, écoutaient les bruits, attentifs au moindre craquement, au moindre mouvement du navire. Pour eux commençait la traversée sans retour vers l'Amérique à laquelle les Anglais ont donné le nom de Middle Passage parce qu'elle correspond au deuxième côté du triangle. L'horreur du Middle Passage, qui frappa tant les imaginations, réside moins dans le traitement réservé aux Noirs que dans les conditions de la vie quotidienne et plus précisément de l'entassement. Quelques négrillons, quelques femmes jouissaient d'un statut de "faveur". Les premiers aidaient l'équipage à de menus travaux ; les secondes servaient, semble-t-il, à satisfaire les besoins des hommes blancs.
Page 142 : Le renouvellement de l'air étant déjà, en ces temps lointains, un des principes de santé, tous les jours ou tous les deux jours, pendant que les captifs étaient sur le pont, on mettait des manches à vent en action pour faire "pleuvoir dans les entreponts un air frais et nouveau"... Deux fois par semaine au moins, quand le temps le permettait, on faisait laver les hommes en les passant "tous par bandes et les arrosant sur le pont".
On les faisait régulièrement chanter et danser ; on les y forçait même lorsque le coeur n'y était pas.
Page 145 : Tous les matins, sauf en cas de tempête, ou après une révolte, les Noirs montaient sur le pont, les hommes deux par deux. Le charpentier vérifiait les chaînes et le chirurgien les corps. Il s'informait de l'état de santé des captifs et leur faisait laver la bouche à l'eau fraîche mêlée de citron ou de vinaigre afin de lutter contre le scorbut ; s'il découvrait que certains d'entre eux l'avaient "échauffée", il touchait les petits chancres avec la pierre à vitriol. On les autorisait ensuite à se rendre aux "commodités" ; puis, on leur apportait à manger. Ils avaient droit à deux repas par jour : le premier était servi vers 9 heures, le second vers 4 heures et demie. On leur donnait à boire trois fois par jour.
Page 185 : Il y avait au XVIIème siècle deux classes d'émigrants pour les îles : celle des colons libres et celle des pauvres qui, faute de ressources et de crédit, s'engageaient par un contrat en bonne forme, généralement de trois ans, à servir un colon ou un recruteur de main-d'oeuvre coloniale qui payait leur passage. Le créancier devenait le maître de l'engagé et, pendant la durée du contrat, celui-ci n'avait pas le droit de disposer de son travail ; il pouvait être cédé à un tiers qui, lui-même, pouvait le vendre. C'était un esclavage temporaire ; et bien que sur certains contrats le maître s'engageât à traiter l'engagé "humainement, comme il appartient", il n'était guère ménagé. Au terme de son contrat, il recevait pour salaire de ses services 300 à 330 livres de tabac et il était libre de retourner en Europe ou de demeurer aux Antilles. Après l'accomplissement de la révolution sucrière, tous les engagés furent payés en sucre.
Page 195 : A Saint-Domingue : "Comment peut-on voir sans indignation, dit Girod de Chantrans, l'avilissement des hommes que l'on y emploie, leurs souffrances, leur extrême misère, et les chaînes énormes qu'ils traînent après eux pour des fautes légères, comme si leurs travaux journaliers n'étaient pas assez accablants ; ces colliers de fer hérissés de longues branches que l'on attache à des négresses soupçonnées de s'être avortées, et qu'elles ne quittent ni le jour ni la nuit jusqu'à ce qu'elles aient donné un enfant à leur maître, comme si ce n'était pas le maître qu'il faudrait punir lorsque les esclaves craignent de perpétuer leur espèce ?"
Quelques supplices : Noirs jetés vivants dans des fours ou sur des bûchers, certains disposés au-dessus du feu de telle manière que seuls les pieds, les jambes et les cuisses étaient atteints ; Noirs qu'on "remplit" de poudre comme des bombardes pour les faire crever à l'aide d'une mèche - on appelait cela "brûler un peu de poudre au cul d'un nègre" ; femmes dont on brûle avec des tisons ardents les "parties honteuses" ; Noirs encore dont on asperge de cire brûlante les bras, les mains, les reins, sur qui on déverse avec de grandes cuillères de sucrerie la bouillie brûlante des cannes ; Noirs mutilés, enterrés vivants après avoir creusé eux-mêmes leur tombe, attachés nus auprès d'une fourmilière, enfermés dans des cages ou des tonneaux, "amarrés à des chevaux, les pieds attachés sous le ventre et les mains attachées à la queue du cheval". Cas extrêmes et sans doute exceptionnels, mais réels.
l'usage du fouet, avec ses variantes, semble avoir été fréquent, et plus encore le port des fers, des chaînes, du collier. L'usage du fouet fut reconnu par le Code noir de 1685 mais son application devait rester limitée.
Page 200 : Le bout du tunnel, pour quelques-uns, c'était l'affranchissement. Le concubinage fut à l'origine de la plupart des émancipations : le maître libérait ses enfants naturels du servage.
L'autre moyen d'échapper au servage était le marronnage. Le délit de fuite fut très sévèrement réprimé par le Code noir : oreilles coupées et marqué de la fleur de lis à la première tentative ; jarret coupé à la deuxième ; la mort à la troisième. En 1741, la loi fut adoucie et la peine de mort commuée en "peine de la chaîne publique avec marque de la fleur de lis sur la joue".
A Saint-Domingue, toutes les conditions étaient réunies pour en faire une poudrière ; le 11 août 1791, elle explosa.
Page 256 à 271 : La vague anti-esclavagiste vint d'Amérique et d'Angleterre. En 1680, un clergyman, Morgan Dodwyn dédia à l'archevêque de Canterbury un ouvrage intitulé $L'Avocat $des $nègres $et $des $Indiens. Neuf ans plus tard, le philosophe Locke, dans son $Traité $du $gouvernement $civil, proclamait : "L'esclavage est un état de l'homme si vil et si misérable... qu'on ne peut concevoir qu'un Anglais, et moins encore un gentleman, puisse plaider pour lui".
L'esclavage et la doctrine quaker n'entrèrent véritablement en conflit qu'au début du XVIIIème siècle.
En 1788, la question de l'esclavage fut soumise par le jeune Pitt, partisan déclaré de l'abolition, à un premier examen à la Chambre des Communes. l'année suivante s'ouvrit le débat. Mais il fallut attendre 1807 pour qu'à la Chambre des Lords, par 100 voix contre 36, la loi sur l'abolition de l'esclavage fût adoptée.
En France, Montesquieu, dans $De $l'esprit $des $lois (1748) avait consacré tout un livre à l'esclavage. Il le condamnait avec sursis. La manière très personnelle avec laquelle il l'attaquait suscita parmi ses contemporains une vive émulation. Jaucourt, Rousseau, Diderot, Voltaire, Condorcet s'élevèrent avec vigueur contre l'esclavage. "Mes amis, dit Condorcet, quoique je ne sois pas de la même couleur que vous, je vous ai toujours regardés comme mes frères."
Au contraire, le théologien Bellon de Saint-Quentin fit paraître en 1765 une dissertation sur la traite et le commerce des nègres dans laquelle il reprenait l'argument cher aux religieux du XVIIème siècle : "Le plus grand malheur qui puisse arriver à ces pauvres Africains serait la cessation de ce trafic. Il s n'auraient alors aucune ressource pour parvenir à la connaissance de la vraie religion, dont on les instruit à l'Amérique, où plusieurs se font chrétiens".
Linguet, dans sa $Théorie $des $lois $civiles (1767), soutint que l'esclavage était basé sur le droit de la guerre et démontra que le sort des esclaves était meilleur que celui des ouvriers libres ; et il semble que Voltaire, malgré ses belles paroles sur les méfaits de l'esclavage, ait pris des parts dans une société négrière nantaise.
L'abbé Raynal condamnait sans réserve l'esclavage, réfutant avec indignation les arguments classiques avancés par ses défenseurs :
"Mais ces esclaves avaient été pris à la guerre et sans nous on les aurait égorgés.
- Sans vous, y aurait-il eu des combats ? Les dissensions de ces peuples ne sont-elles pas votre ouvrage ? Ne leur portez-vous pas des armes meurtrières ? Ne leur inspirez-vous pas l'aveugle désir d'en faire usage ?...
- Mais c'étaient des criminels dignes de mort ou des plus grands supplices et condamnés dans leur propre pays à l'esclavage ?
- Etes-vous les bourreaux des peuples d'Afrique ? D'ailleurs, qui les avait jugés ? Ignorez-vous que dans un Etat despotique, il n'y a de coupable que le despote ?
- Mais ils sont plus heureux en Amérique qu'ils ne l'étaient en Afrique.
- Pourquoi donc ces esclaves soupirent-ils sans cesse après leur Patrie ? Pourquoi reprennent-ils leur liberté dès qu'ils le peuvent... Lorsque vous nous parlez de la félicité de vos esclaves, vous vous mentez à vous-mêmes ou vous nous trompez".
L'argument religieux l'indignait : "O débonnaire Jésus, eussiez-vous prévu qu'on ferait servir vos douces maximes à la justification de tant d'horreur ! Si la religion chrétienne autorisait ainsi l'avarice des empires, il faudrait proscrire à jamais ses dogmes sanguinaires."
Raynal était en faveur d'une libération progressive (pour prendre le temps d'éduquer les gens) et, avant tout, de l'abolition de la traite.
En 1784, Necker écrivait : "Les colonies de la France contiennent près de 500.000 esclaves ; et c'est seulement par le nombre de ces malheureux qu'on y mesure la fortune... Nous prêchons l'humanité et tous les ans nous allons porter les fers à 20.000 habitants de l'Afrique."
En 1790, un honorable armateur rochelais, Samuel de Missy, s'affiliait à la société des Amis des Noirs ; un geste qui souleva une tempête parmi ses pairs.
La Société des Amis des Noirs avait été fondée en 1788 par Jean-Pierre Brissot et quelques amis à la prière du comité de Londres. Son but était de faire abolir légalement "l'horrible trafic des nègres". Parmi ses membres : La Fayette et sa femme, Condorcet, Soufflot, Lavoisier, Lacépède, les frères Lameth, Mirabeau, l'abbé Grégoire...
Mais cette société montra son impuissance politique puisqu'aucune référence ne fut faite aux esclaves dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789. L'esclave n'étant pas considéré comme un "citoyen", il ne pouvait jouir des droits qui étaient maintenant garantis à tous les Français.
A l'Assemblée Constituante, le mouvement esclavagiste perdit peu à peu du terrain. Les Amis des Noirs se défendaient d'avoir jamais réclamé l'affranchissement immédiat des esclaves. Ils voulaient seulement abolir la traite et améliorer le sort des Noirs. Le ton était à la conciliation.
Le 15 mai 1791, l'Assemblée décida que tous les hommes de couleur nés de père et mère libres seraient admis dans les assemblées paroissiales et coloniales futures "s'ils ont d'ailleurs les conditions requises". D'où la consternation parmi les députés des colonies qui déclarèrent qu'ils s'abstiendraient désormais.
A Saint-Domingue, éclate une révolte le 20 août 1791 : pendant trois semaines des milliers d'esclaves, conduits par Boukman, incendièrent, tuèrent, pillèrent, violèrent, torturèrent. En septembre, l'affranchissement des esclaves fut proclamé, mais l'île n'était plus qu'un champ de ruines.
Sur la proposition du député Lacroix, l'abolition de l'esclavage fut enfin votée le 16 pluviôse an II (4 février 1794).Il n'y eut pas de débat. La Convention, en vérité, ne faisait que sanctionner un fait accompli en ce qui concerne le commerce négrier. Considérablement ralentie dès 1792, la traite des Noirs avait pris fin avec la déclaration de guerre de la France à l'Angleterre et à la Hollande, le premier février 1793. Quelques semaines plus tard, le dernier négrier partait de France.
Page 173 : Les débats sur l'esclavage font ressortir l'importance de la traite dans l'économie nationale et la faiblesse de l'idéologie. La guerre avec l'Angleterre, non la Révolution, provoqua l'effondrement du trafic négrier.
Par la paix d'Amiens (27 mars 1802) la France recouvra ses colonies et Bonaparte, soucieux de leur rendre leur éclat, rétablit l'esclavage et la traite. La loi fut votée le 20 mai par 215 voix contre 63. Les orateurs du gouvernement avaient exhorté leurs collègues à ne pas céder au mouvement de leur âme, "excusable aux yeux de l'homme privé", mais pas à ceux d'un magistrat : "Vous sacrifieriez aux Noirs les intérêts de votre pays en détruisant une institution nécessaire aux colonies, devenues elles-mêmes nécessaires à notre existence".
En vérité, le rétablissement de l'esclavage ne toucha que la Guyane et la Guadeloupe.
Des voix s'élevèrent pour dénoncer le scandale : Mme de Staël ; Benjamin Constant...
Page 279 : Les partisans de l'abolition se faisaient chaque jour plus nombreux. Des débats sur l'esclavage eurent lieu aux deux Chambres en mars et en avril 1847, à la suite d'une pétition signée par plusieurs membres de l'église.
Sous la pression de Victor Schoelcher, abolitionniste passionné, le gouvernement provisoire de la République, dès le 4 mars 1848, nommait une commission pour préparer l'acte d'émancipation immédiate dans toutes les colonies et, le 27 avril 1848, le décret abolissant définitivement l'esclavage était publié.
Bibliographie : voir Deschamps : Histoire de la traite des Noirs, paris 1972.