Cicéron

Les Tusculanes II

Premier extrait : paragraphes 1 et 2

TEXTE LATIN

et aide grammaticale

1. NeoptoIemus (Pyrrhus, fils d'Achille) quidem (certes) apud Ennium (poète : auteur d'une tragédie qui mettait en scène Néoptolème : référence littéraire : poids des poètes dans la pensée de Cicéron) philosophari (verbe déponent) sibi (datif ; réfléchi) ait (verbe défectif : dire) necesse esse (verbe impersonnel), sed paucis (pluriel neutre) ; nam omnino (complètement) haud (négation souvent employée à la place de "non" devant un verbe) placere (dépend de "ait", comme "necesse esse"). Ego (emploi du pronom personnel sujet : marque d'insistance) autem (mot de liaison assez faible), Brute (interlocuteur de ce dialogue fictif ; futur assassin de César), necesse mihi (datif) quidem esse arbitror (verbe déponent) philosophari; nam quid (pronom interrogatif neutre) possum (savoir conjuguer ce verbe), praesertim (surtout : adverbe) nihil (pronom indéfini neutre, à savoir décliner) agens (participe présent ; sens de "ago" par rapport à la situation présente de Cicéron), agere (sens plus général : "faire quelque chose") melius (comparatif neutre irrégulier de "bonus") ? sed non paucis, ut ("ut" sans verbe, ou avec un verbe à l'indicatif : comparaison) ille (pronom démonstratif : éloignement ou sens emphatique). Difficile est (forme impersonnelle, donc adjectif au neutre singulier) enim in philosophia pauca (adjectif substantivé au neutre pluriel : sujet de "nota esse") esse ei (datif : équivaut à un complément d'agent ; le datif est employé d'ordinaire lorsqu'il s'agit d'un verbe de connaissance ; "ei" est antécédent de "cui") nota ("nota esse" : infinitif passé passif) cui (attention à la déclinaison du relatif : datif) non sint (relative au subjonctif : ici, nuance consécutive) aut ("aut"... "aut" : soit... soit) pleraque ("plerique" : la plupart) aut omnia. Nam nec ("nec... nec" : ni... ni ; d'une part... ne... pas, d'autre part... ne... pas) pauca (neutre pluriel sujet de "possunt") nisi (si ce n'est, sauf si ; il n'est pas obligatoire de mettre un verbe conjugué : il peut être sous-entendu) e ("e" ou "ex" marqe l'origine, l'extraction, le point de départ ; ici : à partir de, en se séparant de) multis (neutre pluriel, à l'ablatif : régime obligatoire après "ex") eligi (infinitif présent passif) possunt nec, qui (relatif sans antécédent : celui qui, repris ensuite par "idem" : celui qui..., cette même personne) pauca (neutre pluriel, COD) perceperit (futur antérieur), non (deux négations se détruisent en latin : il n'est pas possible que... ne pas : il est obligatoire que) idem (démonstratif dont le suffixe "dem" est indéclinable) reliqua (neutre pluriel : le reste de ; ce qui reste) eodem studio (ablatif : complément de manière) persequetur (verbe déponent).

2. Sed tamen (deux marques d'opposition par rapport au premier paragraphe : Cicéron va revenir sur ses propos, en concédant un intérêt relatif à la notion de "pauca") in (plus ablatif : pas de changement de lieu) vita occupata (participe passé passif ; accord avec "vita") atque (coordonnant, un peu plus fort que "et"), ut (comparaison) Neoptolemi (génitif : complément de "vita") tum erat (sujet non réexprimé : "vita"), militari (accord avec "vita" : adjectif de la deuxième classe, type "fortis" : ablatif en "i", quel que soit le genre), pauca ipsa (démonstratif neutre pluriel ; employé ici, parce qu'il se réfère à ce qu'il a dit au premier paragraphe) multum (antithèse entre ce terme et le précédent : effet de surprise) saepe (souvent ; et non "semper" : la concession n'est pas complète !) prosunt (composé de "sum" à savoir conjugué : attention à l'alternance de radical : pro, prod) et ferunt (attention : verbe irrégulier) fructus (quatrième déclinaison : attention : accusatif pluriel ici), si (proposition de condition, proche ici d'une valeur concessive : même si) non tantos quanti (proposition de comparaison : tantus quantus : aussi grand que ; sous-entendre "fructus", non réexprimé, car il est très proche ; le sujet et le verbe de la subordonnée de comparaison ne sont pas exprimés : sous-entendre : "ferunt fructus",à nouveau) ex universa philosophia percipi (infinitif présent passif) possunt (verbe de la subordonnée de comparaison, dont le sujet est alors "fructus"), tamen (marque une opposition par rapport à "si", ce qui donne à la subordonnée de condition sa valeur concessive) eos (accusatif pluriel de l'anaphorique "is" ; reprend ici "fructus" ; il est COD de "ferunt", non répété) quibus (relatif ; ablatif complément d'agent de "liberemur", qui est à la voix passive) aliqua ex parte (ordre des mots fréquents : on peut lire "ex aliqua parte" ; "aliqua" : indéfini) interdum (quelquefois, de temps en temps : Cicéron prend ses précautions en accumulant les restrictions !) aut cupiditate (autre série d'ablatifs compléments du verbe "liberemur" ; cette fois, ils marquent l'éloignement : libérer de...) aut aegritudine aut metu (quatrième déclinaison) liberemur (subjonctif présent : valeur consécutive de la relative) ; velut (introduit une comparaison ; ici : ainsi) ex ea disputatione quae (relatif féminin singulier au nominatif) mihi (datif ; équivaut ici à un complément d'agent qui serait normalement introduit par "ab" plus ablatif) nuper (récemment : ici : hier) habita est (parfait passif) in Tusculano (la villa de Tusculum ; ablatif : pas de changement de lieu), magna (épithète de "contemptio" mis en valeur ici par sa place dans la phrase) videbatur ("video" au passif a trois sens possibles : être vu, avoir l'air, sembler bon ; ici : deuxième sens) mortis (génitif, complément de "contemptio") effecta (participe passé passif de "efficio" : réaliser ; ici, sous-entendre l'auxiliaire "esse") contemptio, quae non minimum (litote : équivaut à "maximum") valet ad animum metu liberandum ("ad" suivi d'un gérondif : expression du but). Nam qui (relatif dont l'antécédent est "is", placé après) id quod vitari (infinitif présent passif) non potest (verbe dépendant de "quod") metuit (verbe dépendant de "qui"), is vivere animo quieto (ablatif complément de qualité ou de manière) nullo modo potest ; sed qui (antécédent : "is",placé après) non modo (non seulement) quia (proposition subordonnée de cause : parce que) necesse est mori (infinitif de verbe déponent), verum etiam (mais encore) quia nihil (accusatif, antécédent du relatif "quod) habet mors quod sit (subjonctif : nuance de conséquence) horrendum (adjectif verbal : voix passive et valeur d'obligation : devant être...), mortem non timet (verbe de la proposition relative introduite par "qui"), magnum (même place privilégiée que "magna" dans la phrase précédente) is (antécédent de la relative) sibi (datif ; réfléchi) praesidium ad ("ad" a ici le sens de "pour") beatam vitam comparat (préparer).

 

Commentaire du passage

Introduction

Présentation rapide des Tusculanes

Situation du passage : il s'agit ici d'introduire le sujet qui sera traité dans cette deuxième Tusculane ; comme dans une dissertation, Cicéron n'entre pas tout de suite dans le vif du sujet, mais aborde ici un sujet plus vaste pour commencer, celui de l'intérêt de la réflexion philosophique : ceci lui permet d'établir un lien entre la discussion précédente et celle qui va avoir lieu maintenant.

1. Le mouvement du texte

une discussion libre, qui reflète l'évolution de la pensée et qui n'obéit apparemment pas à une construction rigoureuse

la présence de l'interlocuteur (Brutus) ; le vocabulaire simple ; l'importance des connecteurs logiques pour souligner les étapes de la pensée : affirmation d'abord sans concession, puis retour à une pensée plus nuancée (tamen).

2. La toute-puissance de la philosophie

Opposition entre Cicéron et les autres, ceux qui ne philosophent pas ; utilité pratique (image des fruits : la délivrance de craintes aussi pesantes que celle de la mort) ; d'où l'utilité de conférences comme celles des Tusculanes, véritable médicament pour l'âme, surtout lorsqu'elle souffre (cf. la situation personnelle de Cicéron à cette époque). Universalité de la philosophie qui permet d'aborder toutes les questions, quel que soit l'aspect qu'on aborde en premier.

3. Un premier regard sur les Tusculanes

Aspect didactique du discours : recours aux exemples connus (mythologiques ou historiques : ils sont d'égale valeur pour Cicéron et pour le lecteur de l'époque). Volonté de partir du concret (l'exemple) pour que naisse la dialectique ; recours aux images, certes banales, mais très parlantes : les fruits. Les grandes notions sont mises en place : elles servent de pilier pour la suite du discours : la passion ; la délivrance ; la vie heureuse (but de toute recherche philosophique dans l'antiquité ; but avoué des épicuriens et des stoïciens).

Conclusion

Un début qui montre déjà la tonalité de la suite de la conférence ; un début très construit, malgré l'apparente spontanéité et qui va mener progressivement au sujet central de la deuxième Tusculane : la définition de la douleur et sa place dans la vie humaine.

 

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