Cicéron

Les Tusculanes

Deuxième extrait : paragraphes 27 et 28

27. Sed videsne (ne : particule interrogative : question sans réponse particulière attendue ; à différencier de nonne et de num), poetae (sujet de la subordonnée qui suit, placé avant mot subordonnant) quid (pronom interrogatif neutre, COD de adferant ; à différencier de l'adjectif interrogatif, dont la déclinaison est exactement similaire à celle du pronom relatif) mali (génitif : expression toute faite, comme en français "quoi de mal") adferant (subjonctif car il s'agit d'une interrogation indirecte) ? Lamentantes (participe présent, se rapportant à viros, COD dont il est attribut) inducunt fortissimos (superlatif régulier : suffixe issimus ajouté au radical) viros (attention à ne pas confondre ce terme avec vis, troisième déclinaison, signifiant "la force"), molliunt animos nostros (adjectif ou pronom possessif, selon le contexte), ita (corrélatif annonçant la proposition de conséquence introduite par ut) sunt deinde dulces, ut non (dans une subordonnée de conséquence, la négation est "ut non", contrairement à une subordonnée de but où on aurait la négation "ne") legantur (forme passive : sujet non répété "poetae" ; subjonctif obligatoire dans une subordonnée de conséquence) modo (variante de non solum set etiam), sed etiam ediscantur (verbe dépendant de "ut non" comme legantur). Sic ad (préposition toujours suivie de l'accusatif) malam domesticam disciplinam vitamque (particule équivalant à "et", reliant ici "vitam" à "disciplinam) umbratilem et delicatam cum (mot subordonnant ici suivi de l'indicatif : subordonnée de temps) accesserunt (parfait de l'indicatif : attention pour ce temps les désinences sont particulières ; pour comprendre la subordonnée, il faut inclure les termes "ad... delicatam" dans cette subordonnée) etiam poetae (attention : ce mot est de la première déclinaison, mais il est masculin ; la langue latine emploie une forme concrète : "les poètes", là où le français préfère un terme abstrait : "la poésie"), nervos omnes virtutis elidunt (sujet : les poètes). Recte (adverbe) igitur a Platone (complément d'agent) ejiciuntur (forme de présent passif) ex (préposition marquant l'éloignement, le point de départ ; toujours suivie de l'ablatif) ea (is ea id : attention à la déclinaison ; ici, il n'a pas d'autre valeur que d'annoncer la relative) civitate (antécédent de la relative), quam (COD de "finxit") finxit ille (sens emphatique du démonstratif qui désigne ici Platon), cum (suivi ici du subjonctif : quatre valeurs possibles : comme, alors que, puisque, bien que) optimos (superlatif irrégulier de "bonus", dont le comparatif est "melior) mores et optimum rei publicae (attention les deux termes de ce mot se déclinent, chacun selon son propre modèle ; on peut le trouver sous la graphie respublica) statum exquireret (subjonctif imparfait dépendant de "cum"). At vero nos (forme de nominatif employé ici pour insister), docti (participe passé passif, apposé à "nos") scilicet a Graecia (complément d'agent de "docti"), haec (pronom démonstratif accusatif neutre pluriel, COD des deux verbes qui suivent) a pueritia (expression figée : dès l'enfance) legimus, ediscimus, hanc (pronom démonstratif qui devrait être au neutre : "ceci", mais qui se met au féminin par attraction avec le genre des attributs "eruditionem et "doctrinam", noms de genre féminin) eruditionem liberalem et doctrinam (ces deux expressions sont donc attributs de "hanc") putamus.

28. Sed quid (pronom neutre interrogatif, dans le sens français de "pourquoi") poetis (COI du verbe suivant) irascimur (verbe déponent) ? Virtutis magistri, philosophi, inventi sunt (forme de parfait passif), qui summum malum (attribut du COD "dolorem) dolorem dicerent (ce verbe est au subjonctif comme le réclame l'expression "sunt qui" : on trouve des gens qui). At tu (emploi du pronom personnel pour insister ; ici, au vocatif), adulescens (terme au vocatif, apposé à "tu"), cum (mot subordonné suivi, ici, du subjonctif) id (démonstratif neutre à l'accusatif : sujet de la proposition infinitive dont leverbe est "videri") tibi paulo ante dixisses videri (attention aux sens de ce verbe au passif : être vu, sembler, sembler bon), rogatus (participe passé apposé au sujet de la proposition principale) a me (complément d'agent de "rogatus), etiamne (la particule "ne" introduit ici une interrogation indirecte dépendant de "rogatus" ; son sujet et son verbe sont sous-entendus : id ; sit) majus (comparatif neutre de "magnus") quam (introduit le complément du comparatif) dedecus, verbo de sententia destitisti. Roga (forme d'impératif singulier ; le verbe "rogo" est construit avec un double accusatif : accusatif de la personne et de l'objet demandé) hoc idem (ne pas confondre ce démonstratif avec "ipse", qui sert à insister) Epicurum : majus (épithète de "malum") dicet (forme de futur de l'indicatif ; ce verbe introduit une proposition infinitive) esse malum (attribut de l'infinitif "esse") mediocrem dolorem (sujet de l'infinitive) quam maximum (superlatif de "magnus") dedecus ; in ipso enim dedecore mali nihil esse (verbe à l'infinitif, car il dépend lui aussi de "dicet", non répété ; il s'agit donc encore d'une proposition infinitive), nisi (mot subordonnant : négation de "si") sequantur (verbe déponent, ici au subjonctif) dolores. Quis (pronom interrogatif, ici considéré comme adjectif) igitur Epicurum sequitur dolor, cum (ici, suivi de l'indicatif : attention aux différents sens, suivant le mode) hic (sujet ; reprend "Epicurus) ipsum (neutre singulier, développé par la proposition infinitive qui suit) dicit, summum malum (attribut du sujet "dolorem") esse dolorem (sujet de l'infinitive) ? quo (ablatif, complément du comparatif "majus" ; relatif de liaison, qui reprend "dedecore" et que l'on traduit par un démonstratif ou un pronom personnel en français) dedecus majus a philosopho nullum (épithète de "dedecus) exspecto. Quare satis mihi dedisti, cum respondisti majus tibi videri malum dedecus quam dolorem. Hoc ipsum (COD du verbe "tenebis" placé avant le mot subordonnant) enim si tenebis (futur de l'indicatif : système hypothétique de l'éventuel), intelleges quam (subordonnée interrogative indirecte, au subjonctif) sit obsistendum (adjectif verbal au neutre, sans sujet exprimé : valeur d'obligation mais, ici, voix active) dolori ; nec (négation de "et" : et... ne pas) tam (en corrélation avec "quam" : ici : subordonnée de comparaison) quaerendum (adjectif verbal comme le précédent) est, dolor malumne (autre subordonnée interrogative indirecte) sit, quam firmandus (adjectif verbal avec sujet : obligation et voix passive) animus ad dolorem ferendum (gérondif employé avec "ad" : expression du but).

 

Commentaire du passage

Introduction : situation de l'extrait

Après avoir montré l'utilité de l'enseignement de la philosophie, Cicéron pose un postulat : la douleur est le plus grand des maux. Il procède ensuite à la démonstration de cette affirmation et veut prouver que les autres philosophes (stoïciens et épicuriens) se contredisent dans leurs positions.

Ce passage fait immédiatement suite à une série d'exemples empruntés aux poètes : trois héros qui souffrent et leurs attitudes : Philoctète, Hercule et Prométhée. Cicéron va maintenant conclure provisoirement sur la question des rapports entre douleur et déshonneur.

I) L'aspect pédagogique du passage

- la présence marquée du disciple

- rappel de l'évolution de la pensée de Brutus : sa position initiale et le pouvoir de persuasion de Cicéron.

- le rôle du maître vis-à-vis du disciple : Cicéron cherche à détourner son disciple d'autres chemins philosophiques (argumentation un peu fallacieuse : Cicéron fait les questions et les réponses : il prête à Épicure des propos qu'il n'a évidemment aucun mal à contrecarrer).

II) Du poète au philosophe : la critique de l'épicurisme

- la remise en cause des exemples des poètes : des exemples pernicieux pour les lecteurs.

- l'allusion à Platon : cf. sa vision de la République idéale. Cicéron ne cherche pourtant pas à chasser les poètes : il les cite de manière privilégiée dans son oeuvre !

- Pire que les poètes : les philosophes : en particulier Épicure pour qui la douleur est plus importante que le déshonneur ; pour contredire Épicure, Cicéron pose comme principe que le déshonneur est pire que la douleur : rien ne le prouve !!!

Conclusion

Cicéron termine ce passage en montrant quel sera désormais l'axe principal de sa réflexion : ne pas chercher si la douleur est ou n'est pas un mal (discussion stérile des stoïciens par exemple) mais chercher à lutter efficacement contre la douleur et, ainsi, à en triompher.

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