Cicéron

Les Tusculanes

Troisième extrait : paragraphes 47 et 48

Quod (relatif de liaison : il est sujet du verbe "persuasum est") si (dans le sens de "s'il est vrai que") tibi persuasum est (principio enim dixisti (suivi d'une proposition infinitive) plus (comparatif irrégulier de "multum") in dedecore mali (complément de "plus") tibi videri quam (introduit le complément du comparatif) in dolore), reliquum est (formule impersonnelle, donc accord au neutre), ut tute (équivalent de "tu", avec un suffixe d'insistance) tibi imperes (subjonctif présent, dépendant de "ut") ; quamquam (plutôt ici adverbe que conjonction de subordination) hoc (pronom démonstratif sujet de "dicatur") nescio (attention : négation de "scio") quo modo (peut s'écrire en deux mots ou en un seul) dicatur (subjonctif parce qu'il se trouve dans une interrogative indirecte). Quasi duo simus (idée de potentiel, d'où le subjonctif), ut (développe le "duo" qui précède) alter (lorsqu'il y a seulement deux éléments, on emploie "alter" et non "alius") imperet, alter pareat ! Non inscite (la négation porte sur "inscite" et non sur le verbe, d'où sa place dans la phrase) tamen dicitur (le sujet est toujours "hoc" : ces propos, mes propos). Est enim animus in partes tributus (participe passé passif de "tribuo") duas (attention à la déclinaison de ce terme), quarum (génitif ; antécédent : "partes") altera rationis est particeps, altera expers (sous-entendre "rationis"). Cum igitur praecipitur (passif sans sujet défini : le sujet est, en quelque sorte, la subordonnée qui suit), ut (développe et définit l'idée contenue dans "praecipitur") nobismet (la particule "met" renforce le pronom personnel) ipsis imperemus, hoc (annonce la subordonnée introduite par "ut") praecipitur, ut ratio coerceat temeritatem. Est in animis omnium (complément du nom "animis") fere (attention : rien à voir avec le verbe "fero" !) natura (ablatif) molle quiddam (pronom neutre sujet du verbe en tête de phrase), demissum (cet adjectif et les trois qui suivent s'accordent avec "quiddam"), humile, enervatum quodam modo (ablatif) et languidum. Si nihil esset (subjonctif imparfait : système d'irréel du présent) aliud, nihil esset homine (complément du comparatif "deformius") deformius ; sed praesto est domina (attribut du sujet) omnium et regina (autre attribut du sujet) ratio (sujet et antécédent de "quae"), quae conixa (participe passé de sens actif : verbe déponent) per se (réfléchi : renvoie au sujet "ratio") et progressa (même remarque qu'au participe précédent) longius (comparatif sans complément : trois sens possibles : assez, particulièrement, trop) fit (trois sens possibles : être fait ; devenir ; se produire) perfecta virtus (attribut du sujet). Haec (pronom démonstratif sujet de la subordonnée qui suit ; il est au féminin car il reprend le terme "ratio") ut (développe "id" qui se trouve dans la principale) imperet illi (opposition entre "hic" et "ille") parti (datif) animi (génitif), quae oboedire debet, id videndum (adjectif verbal au neutre, car il s'accorde avec son sujet, "id") est viro (le "complément d'agent" d'un adjectif verbal se met au datif).

Quonam (la particule "nam" renforce seulement l'adectif interrogatif) modo ? inquies. Vel (annonce un balancement : soit... soit) ut (subordonnées elliptiques de comparaison) dominus servo (au datif : le verbe sous-entendu est le verbe "imperare") vel ut imperator militi vel ut parens filio. Si turpissime (adverbe au superlatif) se (réfléchi : renvoie au sujet "illa pars") illa pars animi geret (futur simple : système éventuel), quam (antécédent : "illa pars") dixi esse mollem (attribut du sujet de la proposition infinitive dont le sujet est le pronom relatif), si se lamentis muliebriter (adverbe de manière) lacrimisque dedet (changement de système hypothétique : subjonctif présent : potentiel ; le sujet est toujours "illa pars"), vinciatur (on peut comprendre ce subjonctif comme un potentiel ou comme un ordre) et constringatur amicorum propinquorumque custodiis (ablatif : complément "d'agent" des passifs qui précèdent) ; saepe enim videmus fractos (participe passé à l'accusatif : on se trouve en présence d'une proposition infinitive dont l'auxiliaire "esse" est sous-entendu, ainsi que le sujet "viros", antécédent, évident par le sens, de la relative) pudore (complément "d'agent" de "fractos"), qui ratione nulla vincerentur (subjonctif à valeur concessive : "qui pourtant..."). Ergo hos (effet de balancement : "hos... hos... " : les uns... les autres qui... ; ces deux pronoms sont sujets de la proposition infinitive dont le verbe est "tueri") quidem (mot invariable à ne pas confondre avec "quidam") ut (introduit une comparaison) famulos vinclis prope ac custodia (deux ablatifs, compléments de moyen de l'expression "dignitatem tueri"), qui (relatif qui suit son antécédent "hos") autem erunt firmiores (comparatif sans complément) nec tamen robustissimi (superlatif sans complément), hos admonitu (complément de moyen sur le même plan que le précédent) oportebit (verbe impersonnel de la principale) ut (introduit une seconde comparaison) bonos milites revocatos dignitatem tueri (cette expression constitue le groupe verbal de la proposition infinitive).

 

 

Commentaire du passage

Introduction

Situation du passage

Après avoir critiqué les attitudes des philosophes épicuriens et stoïciens, après avoir également donné un certain nombre d'exemples concrets (dont celui des enfants lacédémoniens), Cicéron veut montrer à son disciple comment parvenir à la maîtrise de soi.

I) La dichotomie de l'âme humaine

Un postulat : l'âme humaine est partagée en deux parties très inégales ; nombre "duo" balancements (alternance : hic... hic) ; ces deux parties ne doivent pas du tout jouer un rôle égal : l'une est faite pour commander et l'autre pour obéir (être attentif aux champs lexicaux exprimant l'une et l'autre idées).

D'où la nécessité d'une sorte de combat intérieur en presque tous les hommes (noter la présence de "fere", "presque" : certains hommes seraient parfaits et seule la raison existerait en eux). L'acquisition de la sagesse, et donc l'accès au bonheur ne peut se faire sans ce combat intérieur.

Conséquence de ce raisonnement : nous pouvons tous (ou presque !) venir à bout de cette partie faible de notre âme, si nous acceptons de lutter ; nous sommes libres de le faire (rien ne nous y oblige, sinon l'impression de honte : le "dedecus", qui nous est en général insupportable).

II) L'aspect pédagogique de ce passage

Un passage très structuré : rappel des conclusions auxquelles est parvenu Brutus ; une interrogation oratoire, immédiatement suivie de la réponse du maître ; de nombreux connecteurs logiques (subordonnants ou coordonnants) ; les balancements permettent également de mieux suivre le raisonnement logique de Cicéron.

Un passage très concret : de nombreuses images, par l'intermédiaire de comparaisons. Des images empruntées à la hiérarchie sociale (maîtres et esclaves), à la vie familiale (parents et enfants) ou encore à la vie militaire (soldats et généraux). Une image récurrente, celle des chaînes : toute la société romaine (la société antique en général et, pour une grande part, notre société actuelle), quel que soit l'aspect envisagé, est fondée sur un rapport de domination des uns sur les autres. Loin de remettre en cause ce principe , Cicéron y voit un gage de cohérence et de stabilité.

Conclusion

Un passage important, parce que Cicéron y révèle sa conception de l'âme humaine ; plus loin, il nous montrera que pour certains hommes, il est difficile de soumettre la partie faible de son âme à celle qui doit commander, mais qu'au contraire, le philosophe est celui qui saura vraiment reconnaître la suprématie de la raison en lui : à lui, donc, ensuite, de jouer le rôle de parent auprès des disciples : le philosophe doit être actif au sein de la cité.

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