Techniques littéraire

Valeur des modes

I) Cours

Le mode indique de quelle façon est envisagé le fait exprimé par le verbe : fait réel, irréel, possible, souhaitable...

 

1. L'indicatif

C'est le mode du réel. Il insiste sur la réalité des faits et les situe à une époque déterminée.

Exemple : Actuellement, nous lisons un cours de français.

Attention : pour obéir aux règles de concordance des temps, on utilise le conditionnel lorsqu'on veut évoquer une action future dans un contexte passé. Le conditionnel, dans ce cas, a la même valeur modale que l'indicatif.

Exemple : Il pensait qu'il réussirait son examen.

 

2. Le conditionnel

C'est le mode du souhait, de l'imaginaire. Il présente des faits susceptibles de se réaliser sous certaines conditions, ou des faits qui n'ont pas pu se réaliser parce que certaines conditions n'ont pas été remplies.

Dans le système conditionnel, il faut distinguer :

- l'éventuel : une action pourra avoir lieu à certaines conditions ;

Exemple : Si tu viens, nous irons au cinéma.

- le potentiel : une action pourrait avoir lieu à certaines conditions, mais sa réalisation paraît moins probable que dans le cas précédent ;

Exemple : Si tu venais, nous irions au cinéma.

- L'irréel du présent : une action ne peut se dérouler au moment où l'on parle, parce qu'une condition de sa réalisation n'est pas remplie ;

Exemple : Si tu étais là, nous irions au cinéma (mais tu n'es pas là).

- L'irréel du passé : une action n'a pas pu se dérouler dans le passé, parce qu'une condition de sa réalisation n'a pas été remplie ;

Exemple : Si tu avais été là, nous serions allés au cinéma (mais tu n'étais pas là).

 

3. Le subjonctif

C'est le mode de la volonté, du doute, du souhait. Il permet d'interpréter les faits en indiquant qu'il convient de souhaiter, de craindre, de douter qu'ils se réalisent. On trouve ce mode en particulier dans les propositions subordonnées conjonctives.

Le subjonctif peut être employé dans une proposition indépendante pour exprimer un ordre à la troisième personne.

Exemple : Qu'il entre !

Attention : dans les subordonnées de temps introduites par "avant que", on emploie le subjonctif. Mais, dans les subordonnées de temps introduites par "après que", on emploie l'indicatif.

Exemple : Nous avons dîné avant qu'il soit rentré. Nous avons dîné après qu'il est rentré.

 

4. L'impératif

C'est le mode de l'ordre et de la défense.

Exemple : Va ranger ta chambre !

Il existe d'autres moyens d'exprimer un ordre : le subjonctif, l'infinitif, un nom isolé ou même le futur de l'indicatif.

Exemples : Qu'ils viennent tout de suite ! Ne pas marcher sur les pelouses. Silence ! Tu m'apporteras ta copie dans cinq minutes.

 

5. L'infinitif

C'est un mode non personnel (c'est-à-dire qui ne se conjugue pas). Il sert à exprimer des idées générales et abstraites. Il peut aussi remplacer l'impératif (voir le paragraphe précédent) ou l'indicatif ; dans ce dernier cas, on parle d'infinitif de narration.

Exemples : Partir, c'est mourir un peu (proverbe).

Et grenouilles de sauter dans la mare. (La Fontaine)

 

 

 

6. Le participe

Le participe présent ou passé qualifie un nom ou un pronom à la manière d'un adjectif ou d'une proposition relative.

Exemple : Les enfants ayant fini leur devoirs peuvent sortir.

Le gérondif (participe présent précédé de la préposition en représente une circonstance de l'action exprimée par un verbe. En d'autres termes, il évoque une action simultanée à l'action exprimée par le verbe conjugué.

Exemple : C'est en forgeant qu'on devient forgeron !

 

II) Application

1. Étudier la valeur des modes dans le texte suivant

"Horrible dissimulation ! m'écriai-je, je vois mieux que jamais que tu n'es qu'une coquine et une perfide. C'est à présent que je connais ton misérable caractère. Adieu, lâche créaturd, continuai-je en me levant ; j'aime mieux mourir mille fois que j'avoir, désormais, le moindre commerce avec toi. Que le Ciel me punisse moi-même si je t'honore jamais du moindre regard ! Demeure avec ton nouvel amant, aime-le, déteste-moi, renonce à l'honneur, au bon sens ; je m'en ris, tout m'est égal."

Prévost, Manon Lescaut

2. Même exercice

Étienne Lantier;, s'interroge sur l'avenir du mouvement ouvrier dont la grève vient de connaître une issue désastreuse..

Darwin avait-il donc raison, le monde ne serait-il qu'une bataille, les forts mangeant les faibles, pour la beauté et la continuité de l'espèce ? Cette question le troublait, bien qu'il tranchât en homme content de sa science. (...) S'il fallait qu'une classe fût mangée, n'était-ce pas le peuple, vivace, neuf encore, qui mangerait la bourgeoisie épuisée de jouissance ? Du sang nouveau ferait la société nouvelle. Et, dans cette attente d'un envahissement des barbares, régénérant les vieilles nations caduques, reparaissait sa foi absolue en une révolution prochaine, la vraie, celle des travailleurs, dont l'incendie embraserait la fin du siècle de cette pourpre du soleil levant, qu'il regardait saigner au ciel.

Zola, Germinal

3. Même exercice

Ils rêvaient de vivre à la campagne, à l'abri de toute tentation. Leur vie serait frugale et limpide. Ils auraient une maison de pierres blanches, à l'entrée d'un village, de chauds pantalons de velours côtelé, de gros souliers, un anorak, une canne à bout ferré, un chapeau, et ils feraient chaque jour de longues promenades dans les forêts. Puis, ils rentreraient, ils se prépareraient du thé et des toasts, comme les Anglais, ils mettraient de grosses bûches dans la cheminée ; (...) ils liraient les grands romans qu'ils n'avaient jamais eu le temps de lire, ils recevraient leurs amis.

Georges Pérec, Les Choses

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