Techniques littéraires

Valeur des temps

 

I) Cours

 

1. Rappel de conjugaison

- Temps du présent : présent (forme simple)

- Temps du passé : formes simples : imparfait, passé simple ; formes composées : passé composé, plus-que-parfait, passé antérieur.

- Temps du futur : futur simple (forme simple) ; futur antérieur (forme composée).

De manière générale, les formes simples d'un verbe traduisent l'aspect inachevé du fait évoqué, alors que les formes composées le présentent sous un aspect accompli.

 

2. Le présent

Il est au centre du système verbal et sépare le passé du futur. Il se trouve ainsi à une position intermédiaire qui lui permet d'exprimer :

- le futur proche ;

Exemple : J'arrive dans un instant.

- le passé proche

Exemple : J'arrive à temps pour vous écouter.

 

Le présent peut être utilisé pour rapporter des faits passés lointains. Il s'agit alors de présent historique ou de présent de narration.

Exemple : C'est en 1431 que Jeanne d'Arc monte sur le bûcher à Rouen.

 

Le présent caractérise également des énoncés de portée générale, par exemple dans des proverbes ou des maximes.

Exemple : Rien ne sert de courir, il faut partir à point. (La Fontaine)

 

3. L'imparfait et le passé simple

L'imparfait est avant tout le temps de la description au passé. On peut l'utiliser pour mentionner des faits dont les limites dans le temps ne sont pas précisément définies. Il peut également indiquer la répétition dans le passé.

Exemple : Il se levait le matin à 7 heures.

 

Dans les subordonnées de condition, il traduit l'éventualité d'un fait (potentiel) ou l'impossibilité de sa réalisation (irréel du présent).

Exemple : Si tu travaillais davantage, tu réussirais tes examens !

 

Le passé simple rapporte un fait ponctuel dans le passé.

Exemple : Quand le réveil sonna, il bondit de son lit.

Il souligne également un fait inhabituel.

Exemple : Ce soir-là, il fit nuit plus tôt que les autres.

 

4. Le futur

En général, il évoque l'avenir.

Dans un récit au passé, il permet d'anticiper par rapport au moment où l'on est arrivé.

Exemple : En 1598, Henri IV fit promulguer l'Édit de Nantes, qui sera aboli en 1685.

 

Il peut également exprimer un ordre.

Exemple : Tu fermeras la porte en sortant.

 

5. Les autres temps

Ils sont utilisés en relation avec des temps simples, pour situer des actions dans le passé ou le futur, par rapport à un moment donné.

Le passé composé, à l'écrit, insiste sur l'achèvement d'une action dans un contexte au présent. (Note : à l'oral, il remplace très souvent le passé simple).

Exemple : J'ai fini mon devoir. Je peux me reposer.

Le plus-que-parfait mentionne un événement du passé antérieur à un autre événement du passé.

Le passé antérieur joue le même rôle que le temps précédent.

Le futur antérieur mentionne un événement antérieur à un autre événement dans le futur.

 

6. Les autres indices temporels

Lorsqu'on étudie la temporalité d'un texte (c'est-à-dire les temps utilisés dans le texte), on doit aussi s'intéresser à des indices temporels :

- les adverbes de temps qui définissent un moment par rapport à celui où l'on parle ou bien par rapport au moment initial du récit (maintenant, auparavant, plus tard, ensuite, soudain...) ;

- les compléments circonstanciels de temps et les propositions subordonnées circonstancielles de temps ;

- le sens de certains adjectifs qui insistent sur la date ou sur la durée (lent, rapide, matinal, éternel...).

 

7. Le temps romanesque

Dans un texte romanesque, l'écrivain peut choisir d'inscrire son récit dans une période réelle de l'histoire. C'est ce qu'on appelle le temps réel ou temps historique.

Le temps de la narration est le temps nécessaire pour raconter un événement : quelques lignes, une page, un chapitre entier...

Le temps de la fiction est celui de la durée de l'intrigue. Il peut varier entre quelques heures et l'espace de plusieurs générations. La chronologie des événements peut être indiquée de manière très précise ou au contraire très floue.

La narration peut être ultérieure à la fiction (le narrateur raconte une histoire déroulée antérieurement au récit) ; elle peut être simultanée (elle s'accomplit en même temps que l'histoire racontée) ; elle peut être antérieure, dans les cas rares de prédiction ; elle peut enfin être intercalée (par exemple dans les romans par lettres ou dans les journaux intimes où la relation d'événements passés alterne avec des réflexions sur le moment présent. Le récit autobiographique présente également aussi des narrations intercalées).

 

Le rapport entre le temps de la narration et le temps de la fiction permet de mieux discerner les choix de l'auteur en ce qui concerne l'ordre et le rythme de la narration.

 

8. Le temps théâtral

Une pièce de théâtre ne connaît pas de narration, puisque tout y est représenté. On distingue au théâtre le temps de l'histoire et le temps de la représentation.

Le temps de l'histoire s'écoule pendant la représentation mais aussi dans l'intervalle des actes, pendant les entractes ou même parfois dans l'intervalle entre deux scènes. Ces espaces de temps non représentés sont rapportés sous forme de récits par les personnages au fil de la pièce.

Le temps de la représentation ne peut être ni allongé ni réduit : c'est le temps exactement nécessaire pour que la pièce soit jouée. Il correspond à une durée réelle.

 

 

 

 

 

II) Application

 

1. Dans le texte suivant, étudiez les différentes valeurs de chacun des temps utilisés.

 

La rencontre de Nadja

 

Le 4 octobre dernier, à la fin d'un de ces après-midi tout à fait désoeuvrés et très mornes, comme j'ai le secret d'en passer, je me trouvais rue Lafayette. Les bureaux, les ateliers commençaient à se vider, du haut en bas des maisons des portes se fermaient, des gens sur le trottoir se serraient la main, il commençait tout de même à y avoir plus de monde. J'observais sans le vouloir des visages, des comportements, des allures.

Tout à coup, alors qu'elle est peut-être à dix pas de moi, venant en sens inverse, je vois une jeune femme, très pauvrement vêtue, qui, elle aussi, me voit ou m'a vu. Elle va la tête haute contrairement à tous les autres passants. Si frêle qu'elle se pose à peine en marchant.

André Breton, Nadja

 

2. Même exercice que le précédent

 

La bohémienne dansait. Elle faisait tourner son tambourin à la pointe de son doigt, et le jetait en l'air en dansant des sarabandes provençales, agile, légère, joyeuse et ne sentant pas le poids du regard redoutable qui tombait à plomb sur sa tête.

La foule fourmillait autour d'elle ; de temps en temps, un homme accoutré d'une casaque jaune et rouge faisait faire le cercle, puis revenait s'asseoir sur une chaise à quelques pas de la danseuse, et prenait la tête de la chèvre sur ses genoux. Cet homme semblait être le compagnon de la bohémienne. Claude Frollo, du point élevé où il était placé, ne pouvait distinguer ses traits.

Du moment où l'archidiacre eut aperçu cet inconnu, son attention sembla se partager entre la danseuse et lui, et son visage devint de plus en plus sombre. (...)

Alors il se replongea sous la voûte tortueuse de l'escalier en spirale, et redescendit. En passant devant la porte de la sonnerie qui était entrouverte, il vit une chose qui le frappa, il vit Quasimodo qui, penché à une ouverture de ces auvents d'ardoises qui ressemblent à d'énormes jalousies, regardait aussi lui, dans la place. Il était en proie à une contemplation si profonde qu'il ne prit pas garde au passage de son père adoptif.

 

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris

 

3.Retrouvez l'ordre chronologique des événements racontés dans l'article de journal qui suit, puis justifiez l'ordre choisi par l'auteur de l'article.

 

"Tout le monde est resté calme à bord de l'avion. Nous avons maintenant l'habitude de nous crasher." Il fallait le flegme tout britannique d'un passager anglais pour commenter ainsi l'accident (sans victime) survenu, dimanche 19 septembre, à un avion moyen-courrier, au décollage de l'aéroport de Troyes-Barberey (Aube). L'appareil devait en effet rapatrier à Londres les rescapés d'un accident d'autocar qui avait fait deux tués et trois blessés graves (Le Monde daté 19-20 septembre). Mais il a manqué son décollage, vraisemblablement à la suite d'une panne de réacteur, et a terminé sa course sur le ventre, dans un champ labouré. Cinq passagers ont été contusionnés, et certains ont refusé de regagner Londres par la route ou par avion. Il ne leur reste plus qu'à implorer les dieux marins.

Le Monde, 21 septembre 1993

 

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